L’affiche du film marocain candidat aux Oscars.

Le Centre cinématographique marocain (CCM) a finalement jeté son dévolu sur « The Mother of all lies », produit et réalisé par Asmae El Moudir, pour représenter le Maroc à la prochaine édition des oscars, dans la section « Meilleur Film International ».

Ce documentaire, qui a obtenu le Prix de la Mise en Scène dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023, et qui est une coproduction maroco-germano-qatarie, retrace l’histoire d’Asmae, cinéaste marocaine de 28 ans, qui n’a de son enfance qu’une seule photo, une photo qui n’est même pas d’elle. Selon la réalisatrice : « En menant l’enquête autour de mes histoires d’enfance, j’interagis avec ma mère, mon père et ma grand-mère. Cela me permet d’interroger mes souvenirs, coincés entre fiction et réalité, entre vérité et mensonges. Et je montre à quel point il est difficile de construire sa propre identité lorsqu’aucun des souvenirs que nous possédons n’est fiable ». Asmae décide de fabriquer une maquette de son ancien quartier, avec son père, et tous deux se rendent sur le plateau de tournage où elle est reconstituée. Asmae commence à questionner les membres de sa famille pour lever le voile sur son passé à travers les confidences de sa famille, sur fond de faits politiques et historiques déterminants en cette époque, dont on peut citer les « émeutes du pain » de 1981. Elle dit à ce propos : « Petit à petit, ce choix narratif me donnera l’opportunité de questionner mes parents sur les « émeutes de la faim » de 1981 et la manière dont ils ont vécu ce chapitre sombre et méconnu de l’Histoire marocaine. Mon objectif n’est pas tant de tenter de documenter la véritable histoire de cette période mais de réaliser un film sur la multiplicité des points de vue et la pluralité des interprétations qui coexistent, qu’il s’agisse d’histoire familiale ou nationale ». Un conseil : il faut le voir.

A l’unanimité !

Dans un communiqué, le CCM a indiqué que parmi les cinq films inscrits pour représenter le Maroc aux Oscars, trois seulement répondaient aux critères requis par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, en l’occurrence, outre « The Mother of all lies », les films « Queens » (de Yasmine Benkiran) et « Animalia » (de Sofia Alaoui). Le jury désigné par le CCM était composé d’une brochette de personnalités marocaines du monde du cinéma, à savoir Narjiss Nejjar, réalisatrice et directrice de la cinémathèque marocaine, Latefa Ahrrare, comédienne, réalisatrice et directrice de l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC), Mohamed Ahed Bensouda et Hakim Belabbes, tous deux réalisateurs et producteurs, Mohamed Khouna, distributeur de films, Khalil Demmoun et Ali Hassan, critiques de cinéma, et, finalement, Hassan Belkady, exploitant de salles de cinéma. Le choix de «The Mother of all lies» a été effectué à l’unanimité.

Le réalisateur Hakim Belabbes nous livre  ses impressions : « C’est la troisième œuvre d’Asmae que je regarde. C’est une œuvre très touchante et très aboutie, une exploration très intelligente qui nous amène  à nous questionner sur nos propres questions. Je pense que The Mother of all lies est une thérapie par l’art. Asmae y explore sa vie, son entourage… Elle cherche des réponses au sujet de questions qu’on ne devrait pas poser et arrive subtilement à dire des choses qu’on ne devrait pas dire. C’est une sorte de confession dont on a besoin ne serait-ce que pour définir ce qu’on voudrait comprendre, ce qu’on voudrait savoir. Dans ses mains, ce processus de reconstruction a une originalité assez marocaine, c’est nouveau dans le cinéma marocain. C’est… beau!»

Quid des Oscars ?

Quant à savoir si The Mother of all lies a ses chances aux Oscars, Hakim Belabbes a un avis très inspiré et assez tranché, sans pour autant se départir de son optimisme: « Normalement, on ne réalise pas un travail comme ça pour avoir des prix. C’est une sorte d’exorcisme. Et quand les gens s’identifient à des œuvres comme ça, cela devrait s’arrêter là. De par sa sincérité, son authenticité et son partage, Asmae a déjà fait son travail. Le reste, comme les prix ou la reconnaissance, est le bienvenu mais n’est pas une fin en soi. Mais le film a certes ses chances, au même titre que les autres films en lice, et j’espère qu’il touchera le maximum des votants. Ce serait une bonne chose et pour Asmae et pour les Marocains ».

Pour les Oscars, une short-list de 15 films sera annoncée en décembre. Quant aux finalistes, ils seront révélés en début d’année prochaine, en janvier. Et c’est en mars 2024 qu’aura lieu finalement la 96e cérémonie des Oscars, lors de laquelle le nom du Meilleur Film International sera annoncé.

Asmae El Moudir est réalisatrice, scénariste et productrice, basée à Paris et Rabat. Elle a auparavant réalisé des courts métrages documentaires pour Al Jazeera Documentary, la SNRT, BBC et Al Araby TV. Elle travaille dans le cinéma et l’audiovisuel depuis 2010. Son premier long-métrage, en 2020, titré La Carte postale, a été sélectionné entre autres à IDFA 2020, à Visions du Réel 2021, à Durban IFF 2021 et à MAAF 2021.  

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