Une atteinte flagrante à la vie privée des employés.

L’article intitulé « Big Brother à Comdata », paru dans l’édition n° 621, a valu au Canard une petite mise au point...

L'article intitulé « Big Brother à Comdata », paru dans l’édition n° 621, a valu au Canard une  petite mise au point verbale de  la responsable communication de ce groupe qui gère plusieurs centres d’appel au Maroc. Notre interlocutrice, qui n’a pas jugé pertinent de nous adresser un droit de réponse écrit ( !)  considère cependant que « la mesure (l’installation des caméras de vidéosurveillance sur les plates-formes de travail Comdata) n’a qu’un seul objectif : freiner les contaminations via cas contact sur et aux abords de nos sites » tout en ajoutant que « l’usage des caméras est strictement réglementé et répond aux exigences des autorités». Mais de quelles exigences s’agit-il ?! Les gérants de cette multinationale  n’ignorent-ils que l’installation des caméras au-dessus du poste de travail d’un employé au nom du respect des mesures barrières (port du masque et distanciation sociale) qu’ils invoquent est une atteinte à sa vie privée protégée par la Constitution et les conventions collectives de manière claire et sans équivoque? Cela dit, la loi donne à l’employeur le droit d’installer des caméras sur le lieu de travail dans des cas bien précis. Quand il s’agit de garantir la sécurité de ses employés et de ses locaux, dissuader les voleurs de passer à l’acte et identifier en cas d’infractions les auteurs de dégradations ou d'agressions… En dehors de ces objectifs de sécurité des biens et des personnes, l’entreprise se retrouve automatiquement en infraction avec la loi.

En n’hésitant pas à placer son personnel sous surveillance constante et permanente en excipant de la protection de son personnel contre la pandémie du Covid-19, Comdata a agi en violation des règles édictées dans ce domaine par la Commission nationale de contrôle de protection des données à caractère personnel (CNDP). «Consciente de l’importance des systèmes de vidéosurveillance dans la protection des biens et des personnes et de la violation qu’ils peuvent porter au droit à la vie privée des individus », cette commission est allée jusqu’à définir les emplacements des caméras : « aux entrées et sorties des bâtiments; sur les voies de circulation, dans les entrepôts de marchandises, dans les parkings, face à des coffre-fort … » Mais pas pour « surveiller un ou plusieurs employés » comme l’a fait Comdata. Plus grave encore, Comdata qui a diffusé un communiqué interne intitulé « Covid-19», annonçant la mise en place de caméras de surveillance en temps réel sur ses sites professionnels a décrété dans ce même communiqué que « le non-respect des gestes barrières (…) est passible d’un licenciement immédiat ».

Imaginez un instant l’enfer au quotidien vécu dans cette ambiance de flicage non-stop par les employés de Comdata qui doivent en plus porter une bavette pendant 8 ou 10 heures tout en parlant au téléphone pour tenter de fourguer tel ou tel produit aux clients au bout du fil ? Comment être à l’aise dans un tel environnement déjà très stressant et étouffant sans caméras de surveillance? Bonjour le confort et l’épanouissement au travail ! Voilà l’emploi version centres d’appel au cours de ce siècle de toutes les dérives…En fait, les patrons de Comdata se foutent comme de leur premier téléphone de la santé de leurs collaborateurs.  

Derrière cette mesure illégale se cache une arrière-pensée bassement matérielle. La crainte de voir les autorités décréter la fermeture de leurs sites qui deviendraient des foyers de contamination. Cette perspective, qui rejaillirait sur « les performances économiques de l’entreprises », selon une note interne destinée aux directeurs et aux managers,  met ces derniers sur les dents et les pousse à fliquer les forçats du combiné en jouant les omnicontrôleurs. Au fait, pourquoi les dirigeants de Comdata France, qui possède des calls center dans plusieurs régions hexagonales, n’ont-ils pas soumis leurs téléopérateurs aux mêmes mesures que leurs collègues marocains ? Un tel diktat déclencherait illico les hostilités des syndicats et les sanctions sans appel de la part de l’équivalent de la CNDP en France qu’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). Au Maroc, les enseignes de l’offshoring semblables à Comdata se considèrent en terrain conquis où elles peuvent commettre les forfaits qu’elles veulent. Et les employés et les syndicats ? Ils n’ont pas de voix au chapitre ?

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