CANETON FOUINEUR

Le Parlement veut réglementer les pesticides à usage agricole

Ces lobbys qui cultivent la nocivité...
Ahmed Zoubaïr
8/4/2021 12:03
Les pesticides affectent la santé et l'environnement...

Nécessaires à l’agriculture, les antiparasitaires chimiques à usage agricole contiennent souvent des substances toxiques...

Nécessaires à l’agriculture, les antiparasitaires chimiques à usage agricole contiennent souvent des substances toxiques jugées néfastes pour la santé et l’environnement. Le Maroc figure parmi les clients de ce lobby des pesticides sans scrupules dont le business génère des milliards de dollars...

Le Parlement a enfin décidé de se pencher sur le sujet sensible des pesticides. Dans le sillage du rapport de la Cour des comptes qui a pointé en septembre 2019 la pagaille qui règne dans ce secteur en raison notamment de la faiblesse des dispositifs de contrôle, les députés ont l’intention de légiférer pour mieux encadrer l’utilisation de ces produits qui sont dangereux pour la santé et l’environnement. Dans le viseur, les pesticides de contrebande qui contiennent certaines matières nocives.

Or la toxicité des pesticides concerne aussi les « pesticides réglementaires».  C’est ce qui a été démontré par une enquête d’une ampleur sans précédent qui a brisé le tabou des pesticides à usage agricole. Rendue publique en février 2020 par l’ONG Public Eye et la cellule enquête de Greenpeace UK, elle révèle que BASF, Bayer Crop Science, Corteva Agriscience, FMC et Syngenta réalisent plus d’un tiers de leurs ventes de pesticides avec des substances extrêmement toxiques pour la santé ou l’environnement. Leurs principaux clients ? Des pays en développement et émergents qui pèchent par la faiblesse de leur réglementation comme le Brésil, l'Ukraine, le Mexique, l'Afrique du Sud et le Maroc où ces fournisseurs sans scrupules réalisent près de 60 % de leurs ventes.  

Paraquat, dichloropropène, cyanamide : ces pesticides prohibés en raison de leur nocivité par la législation de l'Union européenne sont exportés vers ces pays. En 2017, la justice européenne a interdit l'herbicide Paraquat, suspecté de provoquer la maladie de Parkinson. Le dichloropropène, utilisé dans la culture de légumes, est interdit depuis 2007 dans l’UE et la cyanamide, utilisé dans la vigne et la culture de fruits, est banni depuis 2008.

Résultat : plus de 81.000 tonnes de ces produits jugés nocifs et d'autres pesticides interdits ont été vendus hors de l'UE, en 2018, selon l’enquête de Greenpeace UK et Public Eye, qui ont décortiqué les « notifications d'exportations » remplies par les entreprises pour expédier ces substances vers les marchés-cible. « Si la pratique est légale et connue, les principaux acteurs de ce commerce ont toujours pu maintenir leurs activités derrière un voile d'opacité, protégés par le sacro-saint secret des affaires », dénoncent les ONG. Ce rapport d’enquête pointe notamment l’entreprise suisse Syngenta, considérée «comme «  le plus gros exportateur de pesticides interdits depuis l'UE », mais aussi les allemandes Bayer, BASF et Alzchem et l'italienne Finchimica. Regroupés au sein du lobby de l’agrochimie CropLife International, ces opérateurs se vendent comme un groupe d’entreprises responsables, qui « innovent pour remplacer les pesticides extrêmement dangereux par de nouveaux produits moins toxiques ». Or l’enquête des deux ONG lève le voile sur une réalité moins reluisante.

Agrochimie

En 2018, les cinq principaux membres de CropLife ont réalisé près d’un quart de leurs chiffres d’affaires (22 %) grâce à des pesticides soupçonnés d’entraîner des effets à long terme sur la santé. En tête  des produits les plus vendus figurent des substances classées cancérogènes probables ainsi que des molécules susceptibles d’affecter le système reproducteur ou le développement des enfants, comme le chlorothalonil et le chlorpyrifos, qui viennent d’être interdits en Suisse !

« Cette pratique des géants de l’agrochimie est irresponsable et contredit les engagements qu’ils ont pris publiquement en faveur d’une agriculture plus durable », avait expliqué Baskut Tuncak, rapporteur spécial des Nations unies sur les substances toxiques et les droits humains, en réaction aux révélations des deux ONG. « Qu'ils empoisonnent les travailleurs, détruisent la biodiversité, contaminent l'environnement ou s'accumulent dans le lait maternel, les pesticides extrêmement dangereux n’ont rien de durable. Ils auraient dû être retirés du marché depuis longtemps. » Mais l’agriculture intensive a besoin d’être arrosée aux pesticides. Ce qui continuera à faire pleuvoir des milliards de dollars sur le business du lobby des pesticides…

Les précisions de l’ONSSA

Le rapport accablant de l’ONG Public Eye et la cellule enquête de Greenpeace UK avait fait réagir l’office nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).Dans un communiqué en date du 15 septembre 2020, cet établissement a tenu à préciser que « les importations marocaines en pesticides utilisés en agriculture représentent uniquement 2% du total des exportations de l’Union Européenne (UE)» des pesticides incriminés et non autorisés pour l’agriculture européenne. Sur les 41 matières actives citées dans l’enquête en question, l’ONSSA souligne que le secteur agricole national est concerné par  huit substances seulement dont quatre (Propargite, Atrazine, Carbendazime et Acétochlore) auraient déjà été retirées des  circuits de commercialisation. Et l’ONSSA d’annoncer avoir programmé le réexamen en 2021 du Paraquat, du 1,3-Dichloropropène, du Cyanamide d’hydrogène et du Triasulfuron. Au Maroc, ce qui est aussi dangereux, c’est un mauvais usage, parfois excessif, des pesticides par les agriculteurs.

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