Ils sont des milliers à avoir mis leur vie entre parenthèses. Des milliers à sortir de chez eux tous les jours, à affronter ...

Ils sont des milliers à avoir mis leur vie entre parenthèses. Des milliers à sortir de chez eux tous les jours, à affronter courageusement le Covid-19. Eux, ce sont tous les membres du corps médical qui regardent la maladie dans les yeux en prenant beaucoup de risques.


Etat d’urgence sanitaire, obligation de port du masque, attestation dérogatoire… Autant de petits efforts que tout citoyen peut réaliser à son niveau pour venir en aide à ces soignants. Leurs journées ne ressemblent à aucune autre. Ils savent quand ils la commencent, mais pas quand ils rentrent chez eux.  En fait, ils ne s’y rendent plus depuis qu’ils crèchent dans des logements mis à leur disposition pour éviter de contaminer leur famille.    

Fatine Aboutajdine

Résidente ORL à l’hôpital Cheikh Zayed de Rabat

"Certes, les urgences ne sont plus ce qu’elles étaient car les médecins ont beaucoup plus de travail. Mais cela est prévisible lorsqu’on parle de pandémie.

Beaucoup de gens sont inquiets face à la propagation du Covid-19. Certains, surtout au début, venaient en masse et exigeaient de faire des tests. Nous avons dû les rassurer, leur expliquer les mesures sanitaires, les gestes barrières et les risques qu’ils encouraient à sortir de chez eux. Il faut toujours prendre le temps d'expliquer et ne jamais laisser les gens dans l’ignorance.

Au début, nous avons dû faire face à beaucoup d’inquiétude exprimée  par des gens qui se déplaçaient jusqu’à l’hôpital, ce qui créait un encombrement des urgences, ce qui est mauvais dans ce contexte sanitaire exceptionnel. Aujourd’hui, après les restrictions de confinement, les gens sont plus rassurés. Les médecins essayent aussi de suivre par téléphone les patients fragiles souffrant de pathologies chroniques en leur assurant une assistance à distance pour leur faire éviter des déplacements inutiles.

Et puis il y a aussi les personnes que l'on diagnostique positives au Covid-19, qu’il faut rassurer avec des mots gentils. Tous ne comprennent pas ce qui leur arrive. L’une de mes patientes a  du mal à se défaire du réflexe de retirer sa bavette pour parler, alors qu’elle ne doit pas y toucher. D’autres se demandent pourquoi ils sont en quarantaine et aimeraient sortir,  ce qui est évidemment impossible.

Emotionnellement c’est difficile, car on a toujours peur face à la maladie.  Peur de ramener le virus à la maison, de contaminer quelqu’un de cher… Je n’ai pas personnellement peur pour ma vie, dès le départ, en m’engageant dans des études de médecine, je savais à quoi m’attendre. Je l’ai fait en connaissance de cause. Même en temps normal, un médecin est exposé au risque de choper un virus dans l’exercice de son métier. Ce n’est pas pour moi que j’ai peur mais pour les autres. L'effort national est remarquable dans ce contexte compliqué: partout au Maroc, des hôtels et même des particuliers ont proposé d'héberger des soignants gratuitement pour leur éviter justement l’angoisse d’infecter un proche en rentrant chez eux. Si chacun y met du sien, on pourra combattre ce virus’’.



Lamiya Bouhdich

Infirmière anesthésiste au bloc des urgences chirurgicales, de raumato- orthopédie, ex-majore des anesthésistes au bloc central - Responsable des soins et de pharmacie dans le cadre de la lutte contre la propagation de Covid-19


‘’Au début je ne faisais pas partie des équipes affectées pour gérer la pandémie Covid-19. Mais j’ai décidé de me porter volontaire. Une maladie qu’on ne connaissait pas jusque-là, ça a piqué ma curiosité. Il faut constamment apprendre et ne pas laisser ses émotions prendre le dessus. Et puis ma place est auprès de ces personnes malades. Si je peux aider pourquoi pas ! J’ai eu la chance de tomber sur une équipe géniale, que je ne connaissais pas avant. On a été placés au pavillon 11 du CHU de Casablanca, un espace divisé en plusieurs services. Selon l’état du malade, celui-ci est placé dans le service qu’il faut.  

Pour ma part je gère la partie pharmacie. En temps normal je suis infirmière anesthésiste au bloc de traumato-orthopédie 32, je me suis portée volontaire pour travailler à la réanimation Covid. Mais face à la crise sanitaire, nous sommes tous affectés là où le besoin s’exprime. Pour ma part, c’est dans un poste à responsabilité de soins. Je travaille donc à l’intérieur, à côté des malades, et à l’extérieur, où je gère la pharmacie.

Mon équipe et moi-même sommes en permanence en contact avec les personnes atteintes de Covid-19. Au début, toute l’équipe avait des appréhensions que nous avons surmontées à force de prendre en charge les patients. Dans la solidarité et l’engagement.

Nous prenons contact avec les gens dès qu’ils sont suspects et/ou dans un état assez avancé, voire sévère, de la maladie. La Réa-11 est divisée en deux parties, une salle de soins commune en réanimation, dotée de respirateurs, de moniteurs, de lits et puis il y a la seconde salle avec des lits séparés pour les cas suspects. Ces derniers sont placés ici en attendant les résultats des tests. Si ceux-ci s’avèrent positifs, les patients sont conduits vers la salle commune. Au cas où le test est négatif, la personne ne ressort pas immédiatement, elle est transférée dans un service adapté.

Au sein du même pavillon, les sujets cohabitant dans une salle commune peuvent angoisser et stresser. Alors qu’ils sont atteints du Covid-19, ils expriment une peur injustifiée. Face à cette situation, nous sommes parfois obligés de recourir aux calmants. C’est normal que les personnes infectées et leurs proches vivent une telle angoisse engendrée par un événement compliqué et inattendu.

Quand je finis mon service et rentre le soir pour me reposer, j’éprouve une sorte de tristesse en pensant à ma fille et à ma famille qui sont loin de moi. Ma fille est avec son papa en ce moment, car je suis logée à l’hôtel, afin d’éviter tout risque de contagion. Je ne leur rends visite qu’une fois par semaine. Quant à  mes parents et le reste de ma famille qui habitent à Marrakech, il est m’est difficile de partir les voir.

Un sentiment de solitude m’envahit tous les soirs. Après avoir pris une douche, j’allume la télévision pour déstresser. Mais le petit écran n’offre pas vraiment cette possibilité, rythmé qu’il est par des émissions sur le coronavirus.

Au début j’ai voulu travailler 7 jours sur 7 de 08h00 à 20h00 pour éviter de me retrouver seule à l’hôtel et rester à l’hôpital où j’ai de la compagnie. Mais au bout de trois semaines, mon chef de service m’a ordonné de me reposer et d’éteindre mon téléphone !’’



Yassine Hafiani

Médecin résident en anesthésie réanimation, Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca

«J’exerce en tant que médecin résident en anesthésie réanimation au sein du centre hospitalier universitaire Ibn Rochd de Casablanca depuis le début de mon cursus d’internat il y a 6 ans. Le département d’anesthésie réanimation est en première ligne pour la prise en charge des patients gravement atteints de COVID-19, en état critique qui présentent un syndrome de détresse respiratoire aiguë pouvant nécessiter éventuellement une assistance ventilatoire par respirateur.

L’ensemble de l’équipe soignante constituée de professeurs enseignants, résidents, internes, infirmiers et aides-soignants, agents de service, ambulanciers et techniciens de surface collaborent chaque jour pour prodiguer les soins nécessaires pour les patients hospitalisés en unités dédiées exclusivement aux patients Covid positifs. Ma journée de garde commence à 8h00 par un staff médical animé par les professeurs durant lequel les dossiers médicaux des patients hospitalisés sont minutieusement discutés au cas par cas avec passation de consignes à la nouvelle équipe de garde.

L’équipe de garde formée de médecins et infirmiers, sous la supervision des professeurs enseignants débute ainsi la visite au lit des patients afin d’ajuster les prescriptions qui seront délivrées aux malades, planifier les gestes médicaux et paramédicaux à prodiguer aux malades.

La garde dure 12h00 avec une récupération de 48h00 pour permettre au personnel de recharger les batteries et être au top de ses performances.

Depuis le début de cette pandémie, la direction du CHU Ibn Rochd a mis au point un parcours bien défini des sujets suspectés de Covid-19. Quand le patient arrive aux urgences, il transite via un circuit dédié à ce genre de personne où un médecin l’accueille pour évaluer son état et juger de la nécessité ou non d’une admission en unité de réanimation.

De nombreuses unités de réanimation et soins intensifs ont été aménagées spécialement et équipées de matériels de dernière génération pour  faire face à l’afflux des « covidés ».

Au cours d’une nuit de garde, il est rare, voire exceptionnel, de pouvoir dormir et la majorité des médecins souffrent d’épisodes d’insomnie post garde. Sur le plan personnel, je me suis engagé, comme la majorité de mes confrères et collègues médecins et infirmiers au sein du Chu Ibn Rochd, à rester loin de ma femme et ma famille afin de leur éviter tout risque de contamination lié à mon exercice quotidien.

Cela fait actuellement plus de 20 jours que je n’ai pas vu ma famille. Par conséquent, je suis logé à proximité de l’hôpital dans des demeures qui ont été mises à notre disposition pendant cette crise sanitaire. Cette situation peu ordinaire que nous vivons chaque jour nous fait craindre d’être contaminé vu les risques que nous prenons.

Mais notre devoir en tant que médecins et notre engagement envers notre patrie sont notre meilleur stimulant qui nous aide à surmonter toutes les difficultés pour nous concentrer sur l’essentiel : prendre en charge au mieux les malades pour les guérir.

Cette pandémie qui m’a appris beaucoup de leçons a renforcé ma fierté de faire partie du corps médical et paramédical qui fait l’impossible chaque jour pour servir la population. Le contexte difficile que nous vivons tous a également fait redécouvrir un peuple marocain qui est d’une grande générosité et doté d’un engagement époustouflant, capable lorsqu’il est uni derrière son roi de relever tous les challenges’’.


Abdelkrim Hsaini

Technicien ambulancier au sein du SAMU de Casablanca


‘’Le travail d’ambulancier n’est pas celui qu’on pense. Les gens pensent que nous sommes de simples conducteurs d’ambulances. Ce qui est faux. Depuis 2005, le ministère de la Santé a créé la formation de technicien ambulancier, car nous sommes les premières personnes qui entrent en contact  avec les malades dans la médecine d’urgence. On assiste les réanimateurs, on gère le matériel, l’oxygène… en plus des premiers gestes de secours. Avec le coronavirus, tout a changé. Mon rôle n’est plus exactement le même.

Dans chaque hôpital, il y a des pavillons où les malades sont envoyés selon la gravité de leur cas. A l’étranger par exemple, on peut passer d’un pavillon à l’autre via des charriots.

Au Maroc, ce sont les ambulanciers qui déplacent les malades dans l’ambulance, la plupart étant branchés. C’est ce que je fais actuellement.

Pour plus de détails, pour ceux qui ne connaissent pas notre métier, nous sommes des techniciens ambulanciers étatiques dont la formation dure deux ans . Nous sommes soit affectés au SAMU, 141, ou dans les hôpitaux de la région.

Je suis technicien ambulancier au SAMU, en corrélation avec la délégation du ministère, pas le CHU. Plusieurs services qui n’étaient pas destinés à cela ont été adaptés au contexte exceptionnel du Covid-19. Je suis affecté au service du 141. Ce n’est pas le même qu’à l’étranger. Ailleurs, lorsque le SAMU s’organise pour une urgence, c’est sous les ordres de l’hôpital. Nous on ne travaillait pas de cette façon. On se rendait sur les lieux des accidents (drames de la route, effondrement d’un immeuble,  malades intubés, malaises, cas graves…). Pour ces opérations d’urgence, il faut une ambulance spéciale.

Lors de ces interventions, nous sommes accompagnés des membres du corps médical. Les ambulances médicalisées du 141 sont réparties entre les hôpitaux. Ainsi, à chaque fois qu’on nous signale un malade dans un quartier donné, nous pouvons réagir très rapidement.

L’apparition du coronavirus a augmenté la charge de notre travail.

A  la prise en charge habituelle des malades s’est ajoutée celle des personnes atteintes du Covid-19. Cette situation exceptionnelle  nous a obligé à adopter un travail par roulement.. Par exemple, un jour c’est mon équipe qui se charge du transfert des malades Covid-19 et le lendemain c’est une seconde équipe qui prend le relais. Nous dispatchons les malades sur le CHU et les hôpitaux de campagne, nous opérons là où le besoin se fait sentir. En fonction des résultats des les tests de dépistage, nous savons où conduire les patients, dans quel pavillon.

Evidemment, la cadence s’est accélérée. Du coup, nous avons du mal à gérer notre vie comme avant. Tout a changé. La vie de famille n’est pas la même. Je viens d’avoir une petite fille. Elle a à peine un mois. Elle est née avec la propagation du virus et je n’ai pas encore eu l’occasion de passer du temps avec elle.

Tout le monde n’est pas en première ligne dans la guerre contre le Covid.

Il y a des soignants qui de par leur métier sont obligés d’être en contact direct avec les patients, contrairement à ceux qui opèrent dans des services froids, où ils ne voient pas les malades. Ceux-là peuvent rentrer le soir chez eux, sans craindre de contaminer leur famille. Ce qui n’est pas le cas du personnel médical dont je fais partie  qui  étant en contact direct avec les sujets atteints du coronavirus sont logés dans des hôtels.

Nous ne voyons donc plus nos familles, nos femmes, nos parents. On ne les voit qu’à travers des appels vidéos. Le plus douloureux a été la vaccination de ma fille. Pour son premier vaccin je l’ai emmenée chez le médecin mais j’avais une de ces angoisses…

Parallèlement, j’ai très peur pour mes parents qui sont âgés. Il se peut que je sois asymptomatique. C’est pour cela que la solution des hôtels reste un choix sécurisant et rassurant. Outre le côté personnel, il y a les problèmes que nous avons au courant de l’année, qui restent en suspens faute de solution. Nos primes de risques sont faibles. Malgré nos revendications pour obtenir un meilleur statut,  nous dépendons toujours de l’administration. En termes d’organisation, c’est compliqué et démotivant. Nous aspirons à voir notre métier intégrer le  paramédical. J’espère que le coronavirus donnera un coup de pouce à notre carrière ».

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