Ahmed Zoubaïr
12/5/2021 0:36
Mustapha Aziz, patron de Drapor.

Le patron de Drapor Mustapha Aziz est au cœur d’un bras de fer judiciaire avec le ministre de l’Environnement Abdelkader Amara...

Le patron de Drapor Mustapha Aziz est au cœur d’un bras de fer judiciaire avec le ministre de l’Equipement Abdelkader Amara autour du refus de renouvellement des permis d’exploitation de certains sites portuaires...

Le très controversé Mustapha Aziz ne décolère pas contre le ministre de l’Équipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau, Abdelkader Amara, qu’il accuse de tous les maux. Brandissant comme un trophée un jugement du tribunal administratif, rendu le 22 avril dernier, le patron de Drapor considère que l’annulation par voie de justice de la décision interdisant à son entreprise d’exploiter à nouveau l’embouchure de Oud Oum Rabia à Azemmour est une gifle pour M. Amara. Le département, dirigé par M. Amara, avait refusé en 2017, de donner une suite favorable à la demande de Drapor de renouveler son permis d’exploitation du site en question pour une nouvelle période de 10 ans. Fort de sa première victoire judiciaire, il se dit aussi déterminé à faire condamner sur d’autres affaires en cours le ministre islamiste qu’il accuse ouvertement de chercher à privilégier les intérêts d’entreprises turques au détriment de ceux de sa société spécialisée dans le dragage du sable marin. Rien que ça !

Pour M. Aziz qui attribue les difficultés financières (Satrammarine et des filiales Drapor, Rimal et MedOcéan sont en sauvegarde judiciaire depuis février 2021) que connaît son groupe à l’arrêt de ses activités de dragage du  fait des agissements du ministre, ce jugement n’est que le début d’une longue bataille judiciaire dont il attend l’issue sur deux autres sites, de Mehdia et de Larache, objets également d’un veto ministériel émanant du même Amara. Pour la plate-forme du nord du pays sur l’embouchure de l’Oued Loukkos, le bras de fer opposant M.M. Amara et Aziz prend un tour plutôt déroutant en raison  de la décision troublante prise sur ce dossier par un autre ministre PJD, Abdelaziz Rabbah en l’occurrence. Celui-ci, en sa qualité de tuteur du département du Développement durable, s’est empressé d’accorder à Drapor le cachet de l’acceptabilité environnementale nécessaire pour la reprise de l’activité de l’entreprise sur ce site alors que les services de son collègue de l’Équipement se sont opposés au renouvellement de l’autorisation de dragage en arguant de considérations écologiques. Il paraît que le dragage sur cette plate-forme est préjudiciable à l’écosystème marin et par conséquent à l’activité de la pêche. En septembre 2020, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime Aziz Akhannouch s’en était vivement inquiété auprès de Abdelkader Amara : «Je voudrais vous faire part de l’opposition du département de la pêche maritime à l’activité de dragage dans cette zone pouvant compromettre la durabilité de l’activité de pêche qui constitue par ailleurs un secteur économique et social de premier ordre pour la région». Mais pourquoi M. Rabbah a-t-il décidé de passer outre les réserves de M. Amara qu’il était censé consulter avant de délivrer un sauf-conduit aux promoteurs de Drapor ? Cette affaire fait manifestement désordre… Qui de Amara ou Rabbah nage en eaux troubles sur le dossier du dragage ?

Dangers

Pour sa défense, Abdelkader Amara invoque les conclusions alarmantes d’une étude d’impact commandée par le département de l’Environnement dirigé alors par Nezha El Ouafi et qui a tiré la sonnette d’alarme sur les dangers du dragage du sable de mer sur l’écosystème marin, le littoral et la pêche. Mustapha Aziz, lui, ne l’entend pas de cette oreille, évoquant les travaux d’une commission ministérielle dirigée par Abdelaziz Rabbah qui s’est prononcée favorablement sur la demande de Drapor en se basant sur une étude d’impact sur l’environnement ( EIE) réalisée par l’entreprise elle-même sur la zone concernée ? Mais quelle crédibilité accorder a priori à une telle étude, sachant qu’elle devrait être le fait d’une autorité indépendante désignée par les pouvoirs publics? Il s’agit de déterminer les risques environnementaux du dragage en fonction de paramètres intrinsèques et extrinsèques aux sédiments. En optant pour une méthode d’échantillonnage correcte. Activité hautement juteuse pour ses promoteurs, mais très préjudiciable pour l’environnement, le dragage du sable est une chasse gardée de Drapor qui a pris l’habitude de bénéficier de l’exploitation exclusive de ce filon où la réglementation se distingue par son flou extrême. Les exploitants ont tendance à en profiter à fond (s) pour extraire plus de quantités de sable que ne l’autorise le cahier des charges… La Cour des comptes a d’ailleurs pointé dans des rapports une série d’irrégularités qui entachent les activités de dragage des sables marins par Drapor. Quant à Mustapha Aziz, cet homme mystérieux qui a hérité dans des conditions non moins mystérieuses du groupe fondé par feu Lahcen Jakhoukh, il espère faire revenir par tous les moyens ses machines sur les sites qui lui ont été interdits. Mais gare à l’ensablement !

Le dragage en question

Le dragage et le rejet de boues et sédiments pollués, opérations qui consistent à extraire des sédiments situés sur le fond d'un plan d'eau pour permettre notamment la navigation dans les ports, conduisent à disperser des substances polluées accumulées durant des années et/ou à rejeter des blocs vaseux qui étouffent des habitats et espèces sous-marines et perturbent la transparence des eaux. Selon l’association France Nature Environnement, ces opérations sont préjudiciables pour l’environnement. Pourtant, la prise de conscience de l’impact environnemental des opérations de dragage a été relativement récente. En 2009, un engagement du Grenelle de la mer en France demandait l’interdiction du « rejet en mer de boues de dragage polluées via la mise en place d’une filière de traitement de boue et de récupération des macro-déchets associés » et à « faire évoluer les pratiques d'entretien des estuaires, espaces portuaires et chenaux d'accès et les modalités de gestion des sédiments et boues de dragage ».

Force est de constater qu’aujourd’hui, rien n’a réellement changé et que le nombre d’opérations de dragage s’est intensifié. En effet, chaque année, en France, 50.000.000 m3 de sédiments sont dragués et 90% de ces dragages ont lieu dans des ports estuariens ! Quant au devenir de ces sédiments dragués : 95 %sont immergés et 5 % sont gérés à terre. Vivement une étude sérieuse pour connaître l’entendue des activités de dragage au Maroc et leur impact réel sur l’environnement. Abdelaziz Rabbah ne semble pas s’en soucier. Preuve, il n’a pas hésité, au mépris de la décision de son collègue de l’Environnement, à donner son onction pour les projets controversés des dirigeants de Drapor…

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