CANETON FOUINEUR

Nouvelles révélations sur l’affaire Ben Barka

Espion de l’Est ou dissident qui perdit le nord ?
La rédaction
5/1/2022 23:16

L’ouverture des archives des services secrets tchécoslovaques réduit un brin le mystère qui a nimbé jusqu’ici l'affaire de l'assassinat...

L’ouverture des archives des services secrets tchécoslovaques réduit un brin le mystère qui a nimbé jusqu’ici l'affaire de l'assassinat de Mehdi Ben Barka, laissant entrevoir que l’élément-clé de tout le dossier réside peut-être dans son statut supposé d'agent...

Mehdi Ben Barka, un espion de l’est ? A en croire un article publié dans The Observer, édition du 26 décembre 2021, l’ex-leader de la gauche marocaine, enlevé à Paris le 29 octobre 1965, avant d’être assassiné dans des circonstances jamais élucidées, était un agent des puissants services de l’ex-Tchécoslovaquie, le Státní Bezpečnost (StB). Cette révélation explosive a jailli tel un geyser des archives déclassifiées de cet État satellite de l’ex-URSS après leur consultation par un jeune chercheur tchèque. Professeur à l’université Charles de Prague, celui-ci, qui a été interrogé par l’hebdomadaire britannique, s’est employé à recouper ces archives avec des milliers d’autres documents récemment rendus publics. Dans l’article de The Observer, Jan Koura présente Mehdi Ben Barka comme «un homme qui jouait sur plusieurs tableaux, qui en savait beaucoup et qui savait aussi que les informations étaient très précieuses en temps de guerre froide ». Sans prendre de gants, l’historien est allé jusqu’à taxer le « Cheikh », le nom de code de feu Ben Barka, d’« opportuniste qui jouait un jeu dangereux », allant jusqu’à révéler le montant des versements en liquide perçus au titre de ses activités d’agent.  Afrique de l’Ouest, Irak, Égypte, Algérie… Ben Barka y était dépêché par ses commanditaires en service commandé : recueillir des informations sensibles sur le contexte de ces pays qui venaient d’accéder à l’indépendance. En fait, ce n’est pas la première que les accointances de Mehdi Ben Barka avec le bloc de l’Est sont mises au jour. Un journaliste tchèque du nom de Petr Zidek avait déjà levé un coin de voile il y a une quinzaine d’années sur cette collaboration souterraine où Ben Barka avait le grade de « contact confidentiel ».

Le sort du   « Cheikh » est probablement scellé quand les Tchécoslovaques soupçonnent l’opposant assassiné de manger à tous les râteliers de l’espionnage, américain et même chinois. Ben Barka, un agent double, triple, voire quadruple ? Une chose est sûre : Ces révélations remises au goût du jour éclairent d’un jour nouveau l’affaire de l’enlèvement et de l’assassinat du dissident des années 60 qui a fait l’objet de moult enquêtes journalistiques, de livres et inspiré même des films. Sans que la vérité n’éclate sur les véritables instigateurs de ce crime ni que le corps de la victime ne soit découvert. L’ouverture des archives des services secrets tchécoslovaques réduit toutefois un brin le mystère qui a nimbé jusqu’ici cette sombre histoire et laisse entrevoir que l’élément-clé de tout le dossier réside peut-être dans son statut supposé de barbouze multicartes. Sachant que le métier d’espion est un métier à risque, voire dangereux a fortiori celui d’agent double ou triple, Mehdi Ben Barka avait-il fait les frais d’un jeu plus grand que lui ? Qu’est-ce qui lui a été fatal   au final ? Son flirt avec le milieu des barbouzes aux intérêts antagonistes ou son projet de préparation de la conférence tricontinentale devant se tenir à La Have du 3 au 13 janvier 1966?  Il n’est pas plus facile de trancher cette question que de savoir quelle vague scélérate a emporté la petite barque de Ben Barka navigant au cœur d’un océan hautement agité, traversé par des courants puissants… Dit autrement, il n’est pas aisé d’identifier avec précision le milieu qui a commandité son rapt et son assassinat, les services étant connus pour leur capacité à brouiller les pistes en recourant aux techniques de cloisonnement. L’accusation des services marocains, version la plus communément admise et certainement la plus commode, d’être les instigateurs de cette opération avec la complicité de policiers et de truands français, ressemble à une belle manipulation destinée justement à cacher les vrais instigateurs qui avaient intérêt à éliminer Ben Barka. Vraisemblablement, les commanditaires de son meurtre ne sont pas assurément ceux que l’on croit ou que l’on a cherché à nous faire croire.

Silence assourdissant

Les révélations des activités secrètes de l’ex-leader de l’UNFP ont de quoi choquer ses camarades et tous ceux qui voyaient en lui un héros de la lutte contre l’impérialisme et l’oppression des peuples, un fervent défenseur du tiers-mondisme. C’était l’image que ce professeur de mathématiques, réputé très intelligent, a longtemps cultivée auprès de tous ceux qu’il a côtoyés. C’est auréolé de cette réputation glorieuse qu’il vécut jusque-là dans une certaine mémoire collective au Maroc et ailleurs. Reste à savoir dans quelle mesure les révélations de The Observer ne risquent pas d’obérer cette image flatteuse et remettre en cause les engagements de la figure de proue de la gauche marocaine ou ce qui en reste. Empêtré dans ses propres contradictions et ses querelles de personnes, usé par le pouvoir qui a révélé le côté opportuniste de bien de ses ténors, l’USFP s’est emmuré dans un silence assourdissant. Pas la moindre réaction du parti aux accusations précises de l’universitaire tchèque pour défendre la mémoire et l'héritage de leur modèle. Ce qui est pour le moins surprenant. Les socialistes sont-ils à ce point fatigués qu’ils n’ont même plus la force de réagir ?  Seule sa famille, notamment son fils Bachir, continue inlassablement à le faire depuis la France contre vents et marées. Dans un communiqué, publié mercredi 29 décembre sur Facebook, suite à l’article du journal britannique, elle a dénoncé une « calomnie » et « les atteintes à la mémoire de Mehdi Ben Barka ».

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