CANETON FOUINEUR

Le naufrage de la démocratie locale à Casablanca

Faut-il juger les coupables?
Ahmed Zoubaïr
14/1/2021 1:41
Abdelaziz Omari, maire de Casablanca.

Les dégâts colossaux provoqués par les dernières précipitations dans plusieurs arrondissements de la métropole ne sont pas seulement...

Les dégâts colossaux provoqués par les dernières précipitations dans plusieurs arrondissements de la métropole ne sont pas seulement dus aux conditions météorologiques. L’impéritie locale, culture bien enracinée chez les élus, y est pour beaucoup...

Il a suffi de quelques ondées bienfaitrices, moins de 100 mm, pendant deux jours (mercredi 6 janvier et jeudi 7 janvier) pour que Casablanca se retrouve, comme lors de la décennie 90, sous l’eau, dans des proportions ahurissantes. La situation ne faisait qu’empirer à mesure que le ciel devenait gris et chargé les jours suivants. Routes coupées, artères inondées, quartiers submergés, commerces dévastés, véhicules noyés et circulation perturbée… Les images de cette catastrophe, relayées par les réseaux sociaux où elles ont été tournées souvent en dérision, signent, au-delà des conditions météorologiques, le naufrage de la démocratie locale dans la plus grande ville du pays qui aspirait pourtant à devenir une Smart City. Comment prétendre objectivement à un statut de ville intelligente avec des élus dont le niveau vole au ras des pâquerettes ?

Les séquences de la désolation relayées à grande échelle, soulignent plutôt la bêtise et la nullité, le mensonge et la supercherie. Plus de fard.  Rien à cacher: Les dégâts matériels sont là, colossaux, témoignant d’une réalité crue et pénible, et face à la détresse des Casablancais issus aussi bien des quartiers périphériques que du centre-ville les élus ont fait extraordinairement le mort par noyade… Ces derniers, le citoyen lambda le sait depuis longtemps, ne deviennent visibles qu’à l’approche des élections. Une fois les résultats proclamés, ils entrent en hibernation jusqu’à la prochaine campagne électorale.

Le maire de la métropole le PJD Abdelaziz El Omari, supposé débarquer illico sur les zones sinistrées pour s’enquérir de la situation des victimes et l’étendue des dommages, a préféré faire le dos rond en attendant que l’orage passe. Et sous la pression des événements, il a fini par prendre son courage à deux mains… pour montrer sa bouille sur la chaîne 2M où il n’a rien trouvé de mieux à dire pour expliquer l’ampleur de la tragédie  que de jeter  la pierre à Lydec… En voilà un maire qui se mouille pour ses concitoyens !  Se dédouaner de ses manquements sur les autres est un sport national qui permet, comme toujours, en l’absence d’une reddition des comptes, la dilution des responsabilités dans les marécages de l’incurie locale.  Vivement une commission d’enquête indépendante pour identifier les négligences et déterminer les responsabilités des uns et des autres : élus, entrepreneurs, bureaux d’études et autres délégataires… Autrement, la faute incomberait donc à personne ou plutôt à la pluie qui aurait dû tomber en tenant compte de plusieurs paramètres locaux : la piètre qualité des infrastructures, la saturation du réseau d’évacuation des eaux pluviales, le manque de curage des canalisations et last but least la fraude aux marchés publics liés à la voirie et autres joyeusetés. Plus grave encore est ce sentiment de plus en fort du désintérêt des élus par rapport au calvaire des populations touchées. Les autorités locales n’ont pas en effet déclenché le plan d’urgence, le fameux Plan ORSEC, visant à coordonner les actions de secours, organiser la gestion de la crise pour venir en aide aux quartiers touchés et accompagner les victimes des intempéries. RAS! Circulez, il n’y a rien à prévoir. Les habitants sinistrés étaient livrés à eux-mêmes, obligés de se débrouiller pour faire face à la tragédie qui s’est abattue sur eux. Certains d’entre eux ayant tout perdu dans les flots ont dû passer la nuit dehors. Dans l’indifférence des responsables !

Dommages

On a découvert aussi, à la faveur de cette catastrophe, l’inexistence d’un dispositif d’assistance aux entreprises sinistrées alors que bien des commerçants ont été victimes des dégâts des eaux. Plus sympa est l’attitude du gouvernement qui dans son conseil du gouvernement du jeudi 7 janvier   a fait complètement l’impasse sur ces ravages. Le Premier ministre Saadeddine Al Othmani a ouvert la réunion en se félicitant de «ces pluies presque générales » qui ne manqueront pas à ses yeux d’impacter positivement « la campagne agricole et le remplissage des barrages ». Pas un mot sur les dommages provoqués par les pluies.  Dans la tête du responsable islamiste, les pluies ne peuvent faire que du bien et tant pis s’il y a des victimes collatérales. Drôle de conception de la gestion des affaires publiques qui traduit une certaine démission aussi bien des élus que de l’État.  

En plus de faire faire germer le blé et autres légumes et fruits, la pluie a une autre fonction fondamentale dans le Maroc des villes : faire remonter à la surface les micmacs des élus et de leurs complices qui deviennent tout à coup extrêmement visibles sur l’état de la voirie : les nids-de-poule. Ces déformations qui criblent la chaussée représentent un réel danger pour les usagers tout en causant des dégâts sérieux pour les véhicules (suspensions, pneus, amortisseurs et châssis…). Les précipitations ont mis également à nu la qualité de certaines allées pour piétons fraîchement construites, à l’image de celle qui s’est effondrée dans le quartier El Korea à Casablanca. Tout aussi choquantes furent les images des rames du tramway envahies par les eaux et du tunnel Zerktouni fermé à la circulation pour cause des inondations. Quelques heures de pluie et de nombreuses zones de la métropole ont été transformées en piscines géantes à ciel ouvert où des groupes enfants en maillot n’ont pas hésité à plonger. Pourquoi ne pas en profiter puisque la plage, interdite à la baignade pendant l’été pour cause du Covid-19, est venue jusque chez eux ? Beaucoup moins plaisant était le spectacle d’effondrement de quelques maisons menaçant ruine à Derb Moulay Chérif à Hay Mohammadi qui ont fait 3 morts dont un enfant, et qui n’ont pas résisté aux pluies. Dans l’ancienne Médina, l’effondrement du toit d’un four traditionnel a fait un mort et plusieurs blessés. Dans cette tragédie qui n’est pas seulement imputable à la météo- l’impéritie locale y est pour beaucoup- les citoyens de condition modeste et dans une certaine mesure ceux de la classe moyenne ont perdu qui sa maison qui sa voiture qui sa marchandise… Faut-il agir comme à l’accoutumée en faisant comme si de rien n’était et ne pas demander des comptes aux élus et leurs complices ? Faire preuve de laxisme reviendrait à encourager une impunité ravageuse qui n’a que trop duré.

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