Le Maroc, qui a subi un choc économique interne et externe d’une grande ampleur du fait du Covid-19 est obligé de remettre le plus tôt...

Le Maroc, qui a subi un choc économique interne et externe d’une grande ampleur du fait du Covid-19 est obligé de remettre le plus tôt possible le pays au travail.  Mais gare aux défaillances dans la chaîne des protocoles sanitaires notamment dans les usines qui ont suffisamment montré leur fort potentiel de contamination!

Sortir physiquement du déconfinement pour s’en sortir économiquement, tel est le défi colossal que doivent relever les pouvoirs publics, sachant que levée du confinement ne signifie nullement la disparition du virus. Loin de là. Il faut donc que les Marocains apprennent à vivre avec en respectant les diverses mesures de sécurité et d’hygiène.    

Face à une facture financièrement très   lourde pour les caisses de l’État et l’économie nationale tous secteurs confondus, le Maroc n’a d’autre choix que de déconfiner à la date du 20 mai. Les derniers chiffres du HCP sont alarmants : 57% des entreprises sont en arrêt temporaire de travail et 6.300 ont cessé leur activité, tandis que le confinement a mis au chômage quelque 900.000 salariés et asséché la source de revenus de 4,3 millions de ménages opérant dans l'informel. Pour remettre sur pied une économie exsangue minée par une croissance négative, le gouvernement n’a d’autre alternative que de recourir à l’endettement et laisser filer le déficit budgétaire.  


Obligation de santé


« Proroger l’enfermement de la population au-delà du 20 mai c’est prendre le risque d’exposer le pays à la faillite», explique un responsable gouvernemental qui considère que le confinement général de 2 mois, imposé aux Marocains, a rempli son rôle prophylactique. Mais le déconfinement ne sera pas brutal pour autant. Bien au contraire. Pour qu’il porte ses fruits, il doit être bien réfléchi et maîtrisé. «Attention, le plan de déconfinement sera graduel en fonction des indicateurs épidémiologiques dans les régions, les villes et les préfectures », indique un haut fonctionnaire au ministère de la Santé. Par étapes, le retour à la vie normale sera donc contrôlé et encadré avec obligation de respecter les gestes-barrières classiques (port du masque, distanciation sociale…) et de maintenir les autres moyens de protection aussi bien dans la rue que dans les commerces et les milieux professionnels dont la reprise d’activité aura été autorisée.

C’est en entreprise que le dispositif de sécurité et d'hygiène doit être particulièrement renforcé. Avec une attention particulière pour les usines, qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu, en raison de leur capacité considérable à favoriser les chaînes de transmission, ces fameux clusters (foyers groupés) du coronavirus. Sinon, c’est le débordement assuré et le risque d’une situation incontrôlable. Plusieurs unités industrielles à Casablanca et dans le nord du pays ont d’ailleurs contribué à la propagation du fléau et à faire flamber la courbe nationale des infections. Et cette dynamique contreproductive semble continuer de plus belle. Du transport du personnel, à l’entrée et sortie de l’usine en passant par l'adaptation de l'organisation du travail en interne et la restauration sur place… Les patrons, dans le cadre de leur obligation de santé et de sécurité envers leurs salariés, ont fort à faire pour sécuriser l’ensemble de la chaîne d'activité depuis le départ de la maison jusqu'au retour.  Le défi étant d’éviter l'apparition des « cas contact à haut risqué » en usine qui peuvent contaminer leurs collègues et les membres de leur famille qui sont susceptibles à leur tour de refiler à d’autres un virus à fort pouvoir de contagion. Faire respecter dans les usines un protocole sanitaire strict dans ses moindres détails n'est pas une mince affaire car une petite défaillance dans un maillon de la chaîne ou tout relâchement dans le dispositif de prévention pourrait se traduire par un rebond des contaminations et un débordement des unités de soins. Miser sur l’esprit de responsabilité des chefs d’entreprise n’est pas suffisant. Les autorités ne peuvent pas faire l’économie d’un contrôle rigoureux de ce qui se passe dans le monde ouvrier de tous les risques.

Les mêmes gestes-barrières avec port du masque doivent être observés dans la rue, les commerces ou les transports en commun. Faire preuve d’une extrême vigilance dans la durée permet aussi d'éviter une éventuelle seconde vague, redoutée par tous les pays, qui pourrait être pire que la première. Or, la première vague marocaine est considérablement faible par rapport à celle qu’a vécue de nombreux pays, notamment européens réputés pourtant pour la solidité de leur système de santé.


Appels à la prudence


Depuis le 2 mars, date de l’entrée au Maroc du patient zéro, un jeune Marocain d’Italie, le Royaume a enregistré moins de 200 morts, soit 0,48 pour 100.000 habitants contre 51,7 en Espagne, 45,9 en Italie, et 35,9 en France. Le Maroc, qui a en plus réussi à aplanir la courbe des contaminations faisant éviter le débordement tant redouté à ses hôpitaux, affiche encore un taux de mortalité nettement bas comparativement à l’Allemagne (7,7 pour 100.000 habitants), cité en exemple, tout comme le Royaume, dans la gestion de la pandémie. Or, valeur aujourd’hui, personne ne sait quand l’épidémie disparaitra de la terre et si celle-ci n’est pas endémique. D’où les appels à la prudence ici et ailleurs.

Quel plan de déconfinement pour le Maroc? Ressemblera-t-il à celui adopté par la France qui a mis en place une carte en rouge-orange-vert?  Chaque couleur correspond au niveau d’exposition au coronavirus et au degré de tension sur les services hospitaliers dans chaque département? Loin d’être figée, cette cartographie est mise à jour chaque soir en fonction de l’évolution de ces deux critères à l'échelle de chaque région. On ne sait pas si le ministère marocain de la santé adoptera les outils d’une cartographie similaire en temps réel avec une mise à jour instantanée des données.

Si la levée du confinement au Maroc a lieu le 20  mai  conformément à l'engagement du gouvernement, il est certain que l’état d’urgence sanitaire sera prolongé au-delà de cette date comme ce fut le cas en France où il a été prorogé jusqu'au 24 juillet, le gouvernement d’Edouard Philippe ayant estimé que la levée du confinement le 23 mai « serait prématuré».

Entré en vigueur au Maroc le 20 mars, l’état d’urgence sanitaire pourrait être reconduit pour toute la saison estivale pour éviter les risques d’une relance épidémique. Autrement dit, les voyages pendant El Aid Al Fitr prévus le 26 mai seront compromis pour cause de restrictions des déplacements à travers le pays.

Depuis lundi 4 mai, le Maroc a franchi la barre des 5.000 contaminations au coronavirus. Et rien pour l’instant ne montre une réelle inflexion dans la courbe des infections qui continue de s’enrichir chaque jour de nouveaux cas. Pour endiguer le Covid-19, réussir la sortie du confinement et relancer l'économie sur des bases sécurisées, il est nécessaire de pouvoir procéder à des tests massifs de la population. « C’est une association des tests de dépistage avec une solution de tracking numérique et une stratégie d’isolement des personnes infectées qui peut produire des effets bénéfiques », explique une source médicale.

Travail en usine : IDPack, un exemple à suivre

Les entreprises ne sont pas toutes égales devant la crise sanitaire due au coronavirus. Si la majorité d’entre elles ont été condamnées au chômage technique, d’autres ont poursuivi leur travail car opérant dans des activités jugées essentielles pour le fonctionnement du pays. C’est le cas d’IDPack, entreprise d’emballage basée à Ain Sebâa, qui opère notamment dans l’emballage des produits alimentaires depuis 2002. «Dès le début de la propagation, nous avons mis en place des mesures de sécurité, nous n’avons pas attendu que cela soit obligatoire», explique Hamid Bensaid, président-directeur général d’IDPack. Le coronavirus a tout chamboulé dans cette PME de 50 ouvriers. Un médecin de travail spécialiste a été recruté pour suivre l’état de santé des employés, encadrer et assurer la formation face à la pandémie. De plus, des taxis ont été loués pour le mois par l’entreprise, afin d’aller chercher et déposer les employés non véhiculés. Les modalités d’accès à l’entreprise ont également changé. On y entre, respect des règles de distanciation oblige, par petits groupes et par étapes en sacrifiant obligatoirement aux gestes de précaution et d’hygiène d’usage: bacs de désinfection pour les chaussures, gels hydroalcooliques pour les mains et prise de température avant de rejoindre son poste de travail. Des cabines provisoires ont également été installées à l’entrée du bâtiment. Ces dernières contiennent des sachets fermés avec le kit de sécurité nécessaire (combinaison, sur-blouse, visière de protection, calot, masque, gants, couvre-chaussures…), pour que les employés puissent se changer avant d’accéder aux chaînes de production.  Les matières premières entrant et sortant de l’usine, ainsi que le matériel roulant (voitures, véhicules, chariots camions…) sont également soumis au même dispositif de sécurité matérialisé par un grand portique de désinfection. Afin de faire respecter la distanciation sanitaire entre les ouvriers, la direction a réduit le nombre des effectifs à l’intérieur de l’usine en adoptant exceptionnellement le travail en shift (celui du matin et celui de nuit). Certains employés ont bénéficié d’un réaménagement dans leurs horaires de travail alors que d’autres ayant des enfants en bas âge ou des personnes âgées à charge avec lesquelles ils partagent le même toit ont été dispensés de travailler tout en continuant à percevoir leurs salaires. Côté administration,  seuls les déplacements urgents sont autorisés et ne doivent pas dépasser une heure. « Notre nouvelle organisation de travail requiert une panoplie d’autorisations dérogatoire de déplacement imposée par une situation de crise que nous devons gérer au mieux de nos capacités», indique Hamid Bensaid. Produire en cette période pandémique nécessite plus de temps que d’habitude et implique un surcoût pour l'entreprise généré par tous les différents moyens de sécurité et de prévention mis en place». Ces derniers ont nécessité jusqu'à aujourd’hui un investissement additionnel de plus de 100.000 DH. « Mais la protection de notre personnel et de nos clients n’a pas de prix », conclut le chef d'entreprise ; fier de servir son pays en cette période à haut risque. Grâce à son mode opératoire anti-cluster (foyer de contamination), IDPack est un exemple à suivre par toutes les unités industrielles dont l’activité est essentielle. S.E.F.

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