CANETON FOUINEUR

Le gouvernement Akhannouch obtient le vote de confiance

La compétence plutôt que la militance
Ahmed Zoubaïr
14/10/2021 11:26
Le leader du RNI Aziz Akhannouch.

En plus d’être compact et ramassé, le gouvernement de Aziz Akhannouch compte des visages nouveaux et se distingue par son architecture...

En plus d’être compact et ramassé, le gouvernement de Aziz Akhannouch compte des visages nouveaux et se distingue par son architecture qui a fait la part belle à des ministres cooptés...

Le gouvernement, nommé par le Roi Mohammed VI dans l’après-midi du jeudi 7 octobre 2021, compte 24 ministres,composés essentiellement de visages nouveaux. Dirigé par le leader du RNI Aziz Akhannouch dont le parti est arrivé en tête des élections du 8 septembre, ce cabinet ramassé et compact risque toutefois d’être enrichi d’une kyrielle de secrétaires d’État.En attendant leur nomination comme cela a été annoncé dans le communiqué du cabinet royal, la mise en place du nouvel exécutif a apporté quelques surprises et non des moindres. La première est l’absence de Moulay Hafid Elalamy de l’équipe Akhannouch alors qu’il se vivait en poids lourd du gouvernement précédent (voir article en P. 8). L’autre surprise et elle est tout aussi de taille concerne les ministres istiqlaliens du gouvernement. Excepté le leader du parti Nizar Baraka qui a hérité du portefeuille de l’Équipement et de l’Eau,les trois autres profils ne sont pas des cadres maison. Coptés de l’extérieur, ils ont été repeints aux couleurs de l’Istiqlal. Une situation qui a provoqué la colère des militants et notamment des candidats à la ministrabilité comme Noureddine Mediane, Khadija Zoumi et Abdeljabbar Rachdi auxquels M. Baraka a promis un poste dans le nouveau gouvernement.

C’est l’histoire qui se répète, puisque le même scénario s’était produit par le passé du temps où le beau-père de Nizar, un certain Abbas El Fassi, présidait aux destinées du parti. Ce dernier a fait son entrée en 2002 comme ministre d’État dans le gouvernement Jettou où deux ministres comptabilisés Istiqlal n’étaient pas identifiés comme de vrais militants. Il s’agissait de Adil Douiri au Tourisme et Karim Ghellab au Transport, qui avaient alors juste un lien de parenté avec des caciques du parti. Abbas El Fassi avait à l’époque essuyé l’ire de bien des candidats à la ministrabilité qui ont dénoncé le parachutage des deux jeunes hommes réputés compétents, lesquels ne commençaient à assister aux réunions de l’Istiqlal qu’après avoir été faits ministres grâce à la volonté et l’appui de M. Jettou.

Frustration

Pour ce qui est de l’actuel gouvernement, les trois ministres Ryad Mezzour (Commerce et Industrie), Mohamed Abdeljalil (Transport et Logistique) et Aouatif Hayar (Solidarité, Insertion sociale et Famille),cooptés pour leur technicité dont a besoin les secteurs dont ils ont la charge,vont bientôt à leur tour prendre le chemin du siège du parti à Rabat et se faire même adopter par les vrais militants comme cela a été le cas avec Douiri et Ghellab. Une question de temps. En attendant, les candidats malheureux à la ministrabilité qui s’agitent peuvent être calmés avec des postes-sucettes dans la haute administration, histoire d’éviter que leur frustration ne rejaillisse sur le fonctionnement de la majorité.

Un gouvernement de compétences et d'action.

En fait, cette affaire de parachutage n’est que le révélateur de l’état des partis au Maroc qui ne jouent pas leur rôle d’écrémage de l’élite du pays. On croyait toutefois que l’Istiqlal était un creuset de compétences et de cadres de valeur dont l’expérience et le savoir-faire entrent en résonance avec les défis du Maroc. Visiblement, il n’en est rien. Et c’est tout le problème de ces formations politiques, coquilles vides pour nombre d’entre elles, qui ne sont pas attrayantes, pour les multiples raisons que l’on sait, aux yeux des compétences qui préfèrent ne pas s’engager politiquement.Pour sa part, le RNI a une longue tradition de cooptation de ses ministres,qu’il a perpétuée sans états d’âme dans le nouveau gouvernement. Chakib Benmoussa (Éducation nationale, Préscolaire et Sports), Mohamed Sadiki (Agriculture,Pêche maritime, Développement rural et Eaux et Forêts) et Fatim-Zahra Ammor (Tourisme, Artisanat, Économie sociale et solidaire) ne sont pas des militants du RNI. Les nouvelles recrues estampillées colombe sont venues s’ajouter à deux anciens parachutés qui ont été reconduits, Nadia Fettah Alaoui (Économie et Finances) et Mohcine Jazouli (Investissement, Convergence et Évaluation des politiques publiques). Dans ce groupe des parachutés, M. Sadiki part avec un avantage de taille puis qu’il a été élu, à l’issue des dernières législatives,député à Berkane sous les couleurs du RNI. Obtenir la confiance des électeurs lui a conféré, à l’instar du Premier ministre Aziz Akhannouch (maire d’Agadir)de Nabila Rmili (Santé) élue maire de Casablanca ou le député de Sidi Ifni Mustapha Baitas (ministre chargé des Relations avec le Parlement), un ancrage politique important que de nombreux ministres dans le gouvernement actuel ne possèdent pas.  

Du côté du PAM, le suffrage a souri à  son secrétaire général Abdellatif Ouahbi  (député de Taroudant) qui s’est déjugé en acceptant d’être ministre de la Justice dans le cabinet  Akhannouch, Fatima-Ezzahra Mansouri (député-maire de Marrakech) bombardée par-dessus le marché  ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville et le jeune  Mohamed Mehdi Bensaïd (député Rabat Océan),élevé au rang de ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication.Dans le gouvernement Akhannouch, pas moins de six ministres extra-partisans dont certains sont dits de souveraineté n’ont pas, quant à eux, besoin de solliciter le vote des urnes. Et pour cause. Ils ont la confiance royale. Ils’agit de Abdelouafi Laftit ministre de l’Intérieur, Nacer Bourita, ministre des Affaires étrangères et des MRE, Ahmed Taoufik (Habous et Affaires islamiques) Abdellatif Loudiyi (Administration de la Défense nationale) et Mohamed Hajoui (secrétaire général du gouvernement).

Le groupe des 5, qui mettent en musique la vision royale dans des domaines sensibles et stratégiques, viennent d’être rejoints par Fouzi Lakjaâ qui prend les commandes du Budget. Jusque-là directeur du Budget qu’il cumule avec la présidence de la FRMF, ce dernier a la réputation d’avoir des atomes crochus avec le chef du gouvernement qui dans le choix de son équipe a privilégié la compétence plutôt que la militance. En somme un gouvernement de technocrates avec un habillage politique, issu des urnes qui ont donné un mandat de gérer le pays aux trois premiers partis qui en forment l’ossature.

Les bons comptes de Mohamed Benchaâboun

C’est pendant les crises que les hommes se révèlent. L’ex-argentier du Royaume Mohamed Benchaâboun, 60 ans, nommé à ce poste en août 2018, est de ceux-là.

Dans l’exercice de ses fonctions, tout au long de cette crise sanitaire sans précédent qui a fait beaucoup de dégâts économiques et sociaux au Maroc et partout dans le monde, il a donné la pleine mesure de ses qualités intrinsèques.  On porte au crédit de ce banquier brillant, ingénieur télécoms de formation, d’avoir bien tenu les cordons du pays dans un contexte aussi anxiogène, marqué par une disette financière d’une grande ampleur et la montée en flèche de revendications sectorielles et corporatistes. Une telle mission des plus délicates requiert bien plus que de l’ingénierie financière mais un grand esprit de synthèse, un mental d’acier et une résilience à toute épreuve.  

Mohamed Benchaâboun n'a pas démérité...

Résultat : L’ex-président de la BCP où il a laissé son empreinte et de bons souvenirs parmi ses collaborateurs, a tenu bon.Maintenu le cap. Tout compte fait, il a assuré, de l’avis des observateurs et de ses divers solliciteurs qui ont eu affaire à lui en sa qualité de président du Comité de veille économique (CVE) qui a adopté depuis mars 2019 une batterie de mesures de soutien en faveur des entreprises et des salariés du privé durement impactés par la crise. Face à autant de défis et de problèmes complexes qui ont fait quadrupler sa charge de travail, il a dû se livrer à un exercice d’équilibriste qui force le respect. Dans sa démarche, nulle prétention, ni agitation. Pas de blabla ni effets d’annonce non plus.  Juste un sang-froid à toute épreuve, servi par un naturel modeste et discret. A rebrousse-poil de certains ministres prétentieux dont les Marocains ne regrettent pas le départ, l’ex-ministre de l’Économie et des Finances a la parole économe. Il parle très peu. C’est son action qui parle pour lui. Assurément, le Maroc a gagné en la personne de Mohamed Benchaâboun un haut responsable expert et expérimenté qui peut légitimement, grâce à l’épaisseur qu’il a prise dans le service de l’État,aspirer à de nouvelles fonctions.

Des défis et des attentes…

Sans surprise, le gouvernement Akhannouch a obtenu,mercredi 13 octobre, la confiance des députés lors d’un vote en plénière. Le programme gouvernemental a été adopté par 213 voix pour, 64 contre et une abstention.

L’avant-veille, lundi 11 octobre, le chef du gouvernement a prononcé sa déclaration de politique générale lors d’une séance plénière présidée par les chefs de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers, respectivement MM. Rachid Talbi Alami et Naam Miyara. A cette occasion, Aziz Akhannouch a mis en exergue les principaux chantiers du programme gouvernemental, tout en abordant les dix engagements de son équipe pendant son mandat 2021-2026 : le renforcement des piliers de l’État social, la stimulation de l'économie nationale et de l'emploi des jeunes, la mise en place d'une bonne gouvernance dans la gestion publique, ainsi que l’instauration d’une relation de collaboration positive entre l’appareil exécutif et l’appareil législatif. Le programme gouvernemental, a-t-il indiqué, apporte des réponses réalistes et ambitieuses pour sortir de la crise et se projeter dans l'avenir avec détermination. Objectif : La mise en œuvre du nouveau modèle de développement et la réponse aux principales préoccupations de la population marocaine que sont l’Éducation, la santé et l’emploi. Le nouveau gouvernement, qui hérité d’une situation économique post covid très difficile, a suscité beaucoup d’espoirs et d’attentes à différentes strates de la société. Reste désormais à transformer l’essai en agissant sur le réel de telle sorte que les Marocains constatent le changement dans leur quotidien.

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