CANETON FOUINEUR

Une famille des MRE crie à la spoliation

La mafia foncière frappe à Settat
24/12/2020 21:49
Saïd Abdelhakim décidé à aller jusqu'au bout.

Vivant en France, les Saïd sont victimes d’une opération de spoliation de leur terrain agricole situé à Settat, orchestrée par...

Vivant en France, les Saïd sont victimes d’une opération de spoliation de leur terrain agricole situé à Settat, orchestrée par des notabilités de la région.  Engagé dans une bataille judiciaire pour défendre ses droits, le représentant des héritiers est décidé d’aller jusqu’au bout...

Décidément, la mafia de la spoliation foncière ne recule devant rien. Ni la détermination des pouvoirs publics à sévir contre les coupables condamnés pour certains d’entre eux dans des procès médiatisés pour «constitution de bande mafieuse» et «escroquerie». Ni l’élaboration sur hautes instructions royales d’un arsenal juridique en béton pour protéger les intérêts des propriétaires contre les prédateurs du foncier. Les Saïd, une famille marocaine, installée en France, l’ont appris à leurs dépens. La famille est aux prises depuis novembre 2018 avec les acteurs d’une opération de spoliation de leur terrain agricole situé à douar Oulad Boukkallou Mzamza à Settat.

Au nom des membres de sa famille qu’il représente dans ce conflit, un héritier parmi les héritiers a décidé de faire face à la toute-puissance locale de ce qu’il qualifie d’une bande de malfaiteurs sans foi ni loi qui usent et abusent de leur statut de notabilités pour tout se permettre. Chercheur au Centre National des Recherches Scientifique à Orsay en France, Saïd Abdelhakim est obligé régulièrement de  venir au Maroc pour défendre la terre de ses ancêtres contre le vol en cours. «Je suis décidé à aller jusqu’au bout pour protéger le patrimoine familial contre les rapaces. Nous en sommes les héritiers légaux depuis le décès de notre père en 2015, nous avons continué à exploiter cette terre sans problème jusqu’à novembre 2018 car c’est la terre de nos ancêtres, c’est nos racines » explique M. Abdelhakim qui a adressé une lettre au souverain où il raconte l’histoire de l’escroquerie par le menu et ses différents protagonistes.

Le bien appartient bel et bien à la famille en question, preuves et titres de propriété à l’appui. Ces preuves indiquent son enregistrement depuis 1996 sous le statut de terre collective ethnique IC 95 et son intégration en 2017 dans la terre collective ethnique Oulad Taleb sous le titre T.79618/1. Sans oublier une attestation administrative datant de 2013, résultat d’une enquête menée par le directeur des Affaires rurales, où Miloudi Lahmar, qui possède une parcelle contiguë au terrain objet du litige, affirme que ses voisins sont bel et bien la famille Saïd et non Farihi qui prétend en être le vrai propriétaire. Comment ce dernier peut-il s’approprier quelque chose qui ne lui appartient pas ? Les victimes dénoncent, documents présentés comme illégaux à l’appui (une sorte de titre d’exploitation), une organisation mafieuse dirigée  par Mohamed Hyane, le représentant (Naïb) de la Jemaâ (Conseil) des terres collectives de distribuer frauduleusement quelque 18 hectares appartenant aux autres à un groupe de six individus parmi lesquels figurent son propre fils, deux enfants de son adjoint (Saïd et Aziz Farihi) et deux autres rejetons d’un conseiller à la deuxième Chambre Driss et Younès Atmaï. Les fils de l’élu sont soupçonnés de jouer le rôle de faux témoins en faveur de Saïd Farihi dans sa tentative de spoliation de la terre des Abdelhakim. Tout à sa générosité, ce Naïb magnifique, n’a pas oublié sa propre personne puisqu’il s’est offert une petite parcelle de 6 hectares ! Les bénéficiaires, qui ont obtenu chacun une superficie de 3 hectares, sont tous présentés, visiblement de manière indue, comme étant des ayants droit de la Jemaâ des terres collectives de Oulad Taleb par les documents en question qui ont en commun d’avoir été tous établis le 28 décembre 2013 !

Pour arriver à leurs fins, ces derniers sont accusés par M. Abdelhakim d’avoir usé de tous les moyens frauduleux possibles et imaginables : la violence, les intimidations, la production de faux témoins et faux et usage de faux. Toute la panoplie du parfait spoliateur est déployée. Première action, une plainte pour spoliation déposée contre Saïd Farihi le 24 décembre 2019 auprès du procureur du Roi près le tribunal de première instance de Settat. Toutes les audiences programmées, celles du 11 mars, 15 avril, 24 juin, 23 septembre et 11 novembre, seront reportées les unes après autres. « Au total 5 reports car mes adversaires ont toujours une raison pour reporter, pas d’avocat, les témoins de la partie adverse ne viennent pas.

Falsification

Cela signifie un voyage à chaque audience. La stratégie de mes adversaires fonctionne parfaitement bien pour m’acculer », se plaigne-t-il. Une deuxième plainte sera déposée auprès de la même juridiction, contre Saïd Farihi et son complice Driss Atmaï pour intimidation et agression. Les deux plaintes font désormais partie d’une seule procédure judiciaire après leur fusion. Pour faire échec aux deux plaintes et brouiller les pistes, les accusés décident de poursuivre en justice le plaignant pour spoliation.

Le comble selon la vraie victime qui dénonce une action en justice basée sur des documents falsifiés et de faux témoins. Forts aussi d’un certain sentiment d’impunité, ces réseaux d’escrocs bien organisés, impliquant des complicités locales bien solides (fonctionnaires, avocats et notaires) sont dotés d’un pouvoir d’influence et d’argent considérables, qu’ils utilisent impitoyablement contre leurs victimes. Si celles-ci résistent à la stratégie des menaces, de l’intimidation et voire des agressions physiques, les spoliateurs et leurs complices passent à l’étape de la falsification des titres de propriété et l’achat de faux témoignages. Beaucoup de victimes finissent par abandonner, épuisés par des procédures judiciaires épuisantes, longues et coûteuses. Les voleurs en profitent pour mettre la main sur le bien convoité. Même lorsque la justice rétablit la victime dans ses droits, elle doit recourir à une juridiction spécialisée pour faire annuler les papiers falsifiés. Un vrai parcours de combattant qui a de quoi décourager les plus déterminés…Saïd Abdelhakim se dit, lui, prêt à défendre la terre de ses ancêtres contre toutes les convoitises malsaines et illégales. «Je compte poursuivre le combat même si je risque pour cela d’aller en prison», lâche-t-il, plus décidé que jamais.

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