Le coronavirus a les allures d’une réaction épidermique d’une Terre exténuée, soumise à une rapine à grande échelle par un capitalisme...

Le coronavirus a les allures d’une réaction épidermique d’une Terre exténuée, soumise à une rapine à grande échelle par un capitalisme rapace, qui s’est offerte un moment de répit. Explications…


Et si le coronavirus, considéré par les terriens que nous sommes comme un virus meurtrier, n’était en réalité qu’un anticorps développé par la Terre pour se protéger contre ce dont elle ne voit qu’un ennemi, qu’il était devenu urgent de neutraliser?  De ce point de vue, l’homme campe le rôle de l’agresseur et ce n’est pas faux compte tenu de son activité destructrice de la nature, faune et flore aggravée depuis quelques décennies par une pollution qui a battu tous les records. Sans oublier la surexploitation soutenue de toutes les ressources de la planète, qu’elles soient minières, forestières ou aquatiques par des multinationales qui ont fait de la prédation économique et l’accumulation des richesses leur raison d’être. Cette attitude est la négation même du partage qui devrait normalement être la finalité de toute entreprise d’investissement pour qu’elle puisse profiter au grand nombre. Tel n’est pas le cas. L’absence d’une redistribution équitable des richesses, contrôlée par une poignée de riches jamais rassasiés, a accentué l’appauvrissement de la majorité écrasante des habitants du globe, livrée à la famine dans certaines régions d’Afrique ou à des conflits meurtriers dans d’autres. C’est ce capitalisme financier, de plus en plus rapace et insatiable, à rebours des valeurs humaines, écrasant comme un rouleau compresseur la force de travail,   qui a conduit aux chamboulements climatiques que la Terre connaît depuis plusieurs années. Comment voulez-vous que la nature dont la patience est venue à bout ne réagisse pas violemment, histoire de se défendre,  contre les innombrables attaques dont elle est la cible de façon violente et permanente ?

Tout à sa folie destructrice justifiée par la course effrénée vers le progrès et la compétitivité, l’homme a oublié qu’il fait partie au même titre que les autres êtres vivants de l’écosystème naturel et qu’il a obligation de ce fait d’en sauvegarder les équilibres écologiques. En s’écartant dangereusement de cette voie, l’homme est devenu petit à petit un élément hostile, nuisible, voire un ennemi de la nature contre lequel il fallait se prémunir. Vu ainsi, le coronavirus s’apparenterait à une riposte permettant à une Terre exténuée, soumise à une rapine à grande échelle,  de s’offrir un moment de répit.


Bruit du silence


Répit dans les airs avec l’immobilisation des avions, répit dans les océans avec l’interdiction de la navigation maritime, répit au sol avec la fermeture de divers commerces et la suspension de plusieurs chaînes de production et répit dans la suractivité humaine avec le confinement d’une bonne partie de l’humanité. Dans plusieurs coins du globe, il a été remarqué que là où l’homme marque une pause, la nature revient.

C’est le cas par exemple à Venise, en proie jusque-là à une hyperactivité touristique,  que le covid-19 a transformée en cité fantôme, désertée par la horde de touristes dépensiers et insouciants.

Les habitants ont rapporté que l’eau des canaux est devenue plus limpide à la faveur de la réduction du trafic fluvial, qui remue d’habitude les sédiments présents au fond de l’eau, les faisant remonter à la surface en leur donnant sa teinte grisâtre habituelle. Dans plusieurs villes, au Maroc et ailleurs, d’habitude en proie à une frénésie incessante du matin au soir sur fond d’embouteillages interminables et de diverses nuisances préjudiciables, les gens confinés ont pu entendre, émerveillés, le chant des oiseaux que l’on ne savoure généralement que dans les campagnes. Pour une fois, entre peur et inquiétude, ils savourent le bruit du silence.

Mises bout à bout, ces séquences en cascade d’un monde à l’arrêt, extrêmement démuni face à un petit virus invisible et dévastateur,  donnent finalement du sens. Difficile de croire que tout cela relève d’un simple hasard.  

Si ce n’est pas un signe du destin pour que les humains s’offrent un peu de recul et de réflexion dans un monde soudainement désactivé, cela y ressemble beaucoup.

Ce coup de la panne mondialisée a ceci de salvateur qu’il rappelle la fragilité de la condition humaine devant une force supérieure qui semble avoir récupéré la télécommande pour remettre de l’ordre dans un univers chaotique, miné par de graves dérives (guerres de plus en plus meurtrières, banalisation de la mort, inégalités sociales criardes, mort du droit international, injustices à la pelle, dévalorisation de l’intellect et éloge de la médiocrité promue par les réseaux sociaux…). Voilà qui oblige l’homme égaré, maintenant qu’il a été enfermé chez lui à son corps défendant, à une remise en cause profonde de son mode de vie qui est en train de virer au mode de mort à force d’être vidé de toute spiritualité au profit de la seule matérialité. La solidarité entre les peuples et leur bien-être ? Figés dans discours incantatoires. Ce que les gouvernants du monde, pris dans le tourbillon de leurs petits intérêts souvent mercantiles au nom d’un progrès illusoire, ont toujours esquivé ,  le coronavirus a décidé de s’en charger. Au prix malheureusement d’un bilan humain dramatique et de dégâts économiques sans précédent. La fin d’une époque.  Le début d’une autre.

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