CANETON FOUINEUR

L’attaque spectaculaire de Hamas au cœur d’Israel bouleverse les rapports de force entre les belligérants

La Terre compromise
Abdellah Chankou
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou dans la tourmente.

Pour la première de son histoire saturée d’exactions contre les Palestiniens, Israël s’est fait surprendre et humilier sur son propre sol...

Pour la première de son histoire saturée d’exactions contre les Palestiniens, Israël s’est fait surprendre et humilier sur son propre sol par les brigades armées du mouvement de résistance Hamas. Récit et leçons d’une opération aussi incroyable que spectaculaire qui change radicalement le rapport de force dans la région…

Même dans son pire cauchemar, Israël n’a pas imaginé  un tel scénario-catastrophe. Une attaque d’une telle envergure  rondement menée, par mer, air et terre, un jour de Shabbat, par la branche armée du Hamas, les Brigades « Azzedine Al Qassam ». Ce coup de Jarnac a tout, en termes de timing, d’organisation et de coordination, pour inspirer une future superproduction hollywoodienne à succès.

Auréolés jusque-là d’une réputation d’infaillibilité et d’une capacité d’anticipation redoutable, les services de sécurité de l’État hébreu, Shin Beth (intérieur) et Mossad (extérieur), n’y ont vu que du feu! Même le fameux « Dôme de fer », le bouclier anti-missile qui fait la fierté d’Israël, a pris les allures d'un ticket pour  l'enfer  en raison de son incapacité à intercepter une bonne partie des milliers de roquettes tirées depuis la bande de Gaza en guise de couverture aux combattants du Hamas, arrivés tranquillement à bord de véhicules, de bateaux et de parapentes motorisés. Ils ont pu neutraliser l’imposante barrière de sécurité autour de Gaza avant de  tirer sur des positions militaires et des jeunes fêtards  d’une Rave party organisée non loin de l’enclave palestinienne.


Violence aveugle


En Israël, la sidération est totale, doublée d’une grande peur jamais éprouvée au vu de l’ampleur  inédite des dégâts humains provoqués par l’infiltration des brigades armées du Hamas dans les localités israéliennes limitrophes de Gaza. Pour Tel Aviv, l'opération "déluge d'Al Aqsa" est la plus meurtrière dans son long conflit avec la Palestine occupée. Le bilan humain s’alourdit en effet  de jour en jour, s’établissant, selon le décompte officiel du mercredi 11 octobre, à plus de 1000 morts et plus de 2.000 blessés côté israélien et à plus de 800 tués et plusieurs milliers de blessés côté palestinien. D’une extrême violence aveugle, les représailles israéliennes exercées contre la bande de Gaza soumise  à un déluge de feu n’ont pas tardé et se poursuivent dans discontinuer. Dos au mur et désireux de faire oublier sa faillite sécuritaire, Netanyahou hausse le ton et promet la victoire à sa population traumatisée... Tout à sa volonté de reprendre la main et de détruire le Hamas désigné comme l’ennemi terroriste à abattre, Israël a mobilisé tout son arsenal de guerre,  avions de combat, hélicoptères, aéronefs et artillerie lourde. Les autorités  prétendent viser les cibles du mouvement de résistance mais ce sont en réalité les mêmes  qui, comme en témoignent les images insoutenables des destructions retransmises par les chaînes de télévision, meurent sous les raids : Les civils sans défense. Bébés, femmes, enfants, jeunes, et vieillards… Sans compter les déplacés se comptant par plusieurs milliers qui ont fui les bombardements incessants des bâtiments civils.


Atrocités


C’est la même machine assassinant froidement des innocents par milliers depuis des décennies, sous le regard indifférent, voire complice de la communauté internationale qui s’est de nouveau mise en branle pour laver l’affront du 7 octobre 2023. Ces bombardements massifs ont fait lundi 9 octobre  50 morts au moins dans le camp de Jabaliya au nord de Gaza désormais zone en ruines soumise à un «siège complet» dans une atteinte flagrante au droit international accompagné d’un silence assourdissant des capitales arabes…

De pareils  crimes de guerre en série sont largement documentés et  suffisamment clairs pour pousser  la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir des enquêtes. Mais de côté aussi, c’est l’inaction coupable qui prévaut.

Ce samedi tragique, qualifié de 11 septembre israélien, restera un jour noir dans les annales nationales, obscurci davantage par les actions spectaculaires des brigades du Hamas: Une série de vidéos estampillées «médias de guerre» circulant sur les réseaux sociaux.  Dans certains enregistrements qui ont choqué en Israël et au-delà par leur extrême brutalité, on voit des combattants du Hamas s’emparer de blindés israéliens avant de tuer à bout portant les soldats à la  manœuvre. Ceux qui ont eu la vie sauve sont embarqués de force dans des véhicules et des motos pour les ramener à Gaza comme un butin de guerre. On parle de plus d’une centaine d’otages, civils et militaires dont certains sont des étrangers destinés à servir de monnaie d’échange. Un dossier hautement complexe, source d’une immense angoisse pour les familles et un casse-tête chinois pour le gouvernement israélien.

C’est la guerre ! Et c’est ainsi que les autorités israéliennes  ont perçu l’attaque minutieusement mitonnée du Hamas qui, il faut le reconnaître, a quelque chose d’humiliant pour Israël  qui en a pris pour son grade dans des proportions inimaginables. Quant à la population, groggy et traumatisée, elle  découvrit subitement  ce que sont l’effroi et l’humiliation en vivant pendant quelques heures dans leur chair et leur âme un échantillon si l’on ose dire de ce que subissent les Palestiniens depuis l’occupation de leur terre en 1948 du fait des exactions  quotidiennes de l’armée d'occupation.  Et  ce dans l’indifférence de la communauté internationale et le silence coupable des États-Unis et de l’Union européenne prompts à chaque révolte légitime  des Palestiniens à reconnaitre à Israël  le plein « droit de se défendre» et aucun droit au peuple palestinien. Sauf celui de se laisser massacrer  sans réagir! Dans un parti-pris flagrant en faveur des forces d’occupation, l’Union européenne a décidé de suspendre son aide au développement des territoires palestiniens, selon le commissaire européen Oliver Varhelyi, qui estime que « l’ampleur de la terreur et de la brutalité contre Israël et son peuple constitue un tournant». Un telle mesure de rétorsion n’a jamais été adoptée par la même UE  à l’encontre d’Israël pour les atrocités commises contre les Palestiniens…  Au-delà de son caractère choquant, l’opération du 7 octobre montre si besoin est que les Palestiniens n’ont peur de rien. Ni de la vengeance du colonisateur, ni des affres de la prison, ni de la mort.  Ils ne connaissent d’ailleurs que ça sous des décennies d’occupation avec son lot de brimades, de mépris et de tueries.

Soumis aux pires traitements,  ne se réveillant le matin que pour résister , ils sont prêts à tout pour se libérer du joug israélien et libérer leur terre  dans le cadre d’un État indépendant que les dirigeants  israéliens, non épris de paix, refusent de leur accorder en attisant à chaque fois les flammes de la haine et le désir de vengeance. Sur ce terreau de toutes les frustrations viennent se greffer les agissements inacceptables de la droite ultra nationaliste qui sont  attentatoires aux sentiments de plus d’un milliard de musulmans à cause  des actes de provocation  à répétition  à Al Qods et à la mosquée Al Aqsa.

Ce n’est pas nouveau, les Palestiniens  ont l’habitude de survivre sous les bombes et des massacres, des spoliations de leurs terres et des destructions de leurs maisons  au profit de nouvelles colonies dont la dynamique d’extension ne connaît point de répit.

Certains commentateurs  qui squattent les plateaux des chaînes d’info en continu comme LCI  se sont étonnés que le regard des combattants du Hamas, qu’ils ont traité de « terroristes »,   était chargé de haine !  Dans leur extrême aveuglement israélophile,  ils  s’attendaient  peut-être à lire de l’amour et de la tendresse dans les yeux de ceux qui luttent  avec acharnement pour leur liberté et dignité en portant souvent le deuil d’une mère, d’un père, de frères et sœurs, d'oncles ou de cousins assassinés par la machine de guerre israélienne.


Liberté


Celle-ci ne fabrique  depuis des décennies d’injustice que des bataillons de martyrs qui se renouvellent sans cesse dans le réservoir de la répression  et de l’apartheid. Dans les territoires occupés, les Palestiniens jouent dès leur enfance  avec les armes et ne rêvent que de se venger. Œil pour œil…Le sang appelle le sang...Faut-il le leur reprocher  alors qu’ils rêvent de liberté qui leur a été confisquée?

Comment pouvait-il en être autrement alors que  la bande de Gaza est sous blocus israélien  depuis 2007 ?  Au nom de quelle considération  la communauté internationale est-elle arrivée à s’accommoder  d’un tel arbitraire? Territoire à forte densité de population (2,3 millions d’habitants),  Gaza, livré à l’extrême pauvreté, étouffe, ne respirant que l’air de l’oppression et les gaz des bombardements.  Privée désormais d’eau, d’électricité et de gaz en guise de punition des actes d’autodéfense du Hamas, la Bande de Gaza ne serait-elle pas habitée par des humains pour que  les défenseurs des droits de l’homme se murent dans un silence aussi assourdissant ? Où est l’humanité dans cette logique impalpable d’écrabouiller ainsi une population civile sans défense ?

Les exactions sont inacceptables surtout lorsqu’elles  visent  des civils. Rien ne justifie  les violences  d’où qu’elles viennent comme cela a été affirmé dans le communiqué empreint de sagesse du ministère  marocain des Affaires étrangères dans la foulée de l’escalade du 7 octobre. Mais l’indignation à géométrie variable, exprimée à jet continu  jusqu’à l’insupportable  dans la majorité  des médias occidentaux depuis qu'Israël s’est fait surprendre sur son propre sol, reste largement dominante. Ce qui donne  un sentiment de malaise  que seule  la vie des Israéliens a de la valeur et que l’on peut massacrer du palestinien sans problème au nom d’une légitime défense reconnue exclusivement aux forces d'occupation…

On ne construit pas un État stable et viable ni un sentiment de sécurité réel  sur la violence, les assassinats de masse, l’apartheid et la torture. Le coup de Jarnac du 7 octobre doit servir de leçon à Benyamin Netanyahou et ses complices de tout acabit qui s’entêtent à refuser sa souveraineté au peuple palestinien. Celle-ci est la seule garantie pour une paix juste et durable, clé de la coexistence entre Palestiniens et Israéliens et de stabilité dans cette terre sacrée qui  mérite autre chose que cet engrenage de violence permanent…

Le sentiment de sécurité vole en éclats…

Voilà que la cause palestinienne fait un retour explosif et inédit dans l’agenda politique régional et international. Les dirigeants israéliens qui pensaient  qu’elle est soluble dans la politique de normalisation avec le pays arabes en sont aujourd’hui  pour leurs frais. On peut tuer du palestinien. Mais pas la soif de liberté de tout un peuple uni dans la bravoure de la résistance.  

Pour la énième fois, le Proche-Orient est  en proie à un embrasement général. Cette fois-ci, la flambée  de  violence a franchi un nouveau palier. Nous sommes face à une situation sans précédent et  autrement plus explosive qui risque de déborder avec le soutien explicite  affiché par Washington à Israël et sa décision de lui fournir de l’armement.

Pour sa part, le Maroc a appelé à une réunion extraordinaire de la Ligue arabe pour  tenter de circonscrire  la crise  tandis que le Conseil de sécurité a tenu dimanche 8 octobre une réunion d’urgence pour débattre  de cette nouvelle flambée de violence inquiétante au Proche-Orient. Le ballet diplomatique en cours pourrait-il contribuer à calmer les ardeurs belliqueuses d’Israël ?

L’opération «  déluge d’Al Aqsa » s’inscrit dans le prolongement de la salve de roquettes de mai 2021 tirées par le Hamas en direction d’Israël. Lancée en guise de «  solidarité  » avec les centaines de  Palestiniens blessés dans des heurts avec la police israélienne sur l'esplanade des Mosquées, cette opération avait déjà pris considérablement en défaut   le "Dôme de Fer" censé protéger les citoyens israéliens des attaques en provenance des territoires palestiniens occupés . Résultat : Les morts  provoqués  par  les projectiles de la résistance au cœur d’Israël ont eu comme conséquence de faire voler en éclats le sentiment d’invulnérabilité éprouvé jusqu’ici par les colons. De par son ampleur et le nombre de ses victimes, l’expédition du 7 octobre  a achevé le mythe de sécurité d’Israël tout comme celui de l’infaillibilité de son appareil de renseignement qui cristallise à présent  la colère de la population dans un contexte de crise politique dans le pays. Va-t-on assister à un exode massif de ressortissants israéliens désormais inquiets pour leur intégrité physique ? Les images de chaos dans l’aéroport de Ben Gourion à Tel Aviv au lendemain de l’attaque du Hamas sont significatives d’un certain état d’esprit  et montrent qu’il y a un avant et un après 7 octobre.

Le conflit israélo-palestinien pour les nuls


En occident, le traitement médiatique de l’attaque du mouvement de résistance contre Israël est un chef d’œuvre de résistance à l’objectivité, voire à la vérité. Ces âmes sensibles ... à la propagande israélienne ont soumis leur public à un pilonnage désinformationnel  intense. En voici quelques obus :      

1-La majorité des télés occidentales  notamment les chaînes françaises d’info continue  traitent le mouvement Hamas de «  terroriste ».  En Palestine, il n’existe pas de résistants  à l’occupation israélienne, il n’y a que des méchants terroristes qui ont terrorisé et massacré des Israéliens sans défense !

2- Sur  les mêmes chaînes à l'image de LCI, sont diffusés  des témoignages se voulant poignants de rescapés de l’action du Hamas ou des familles israéliennes qui ont perdu un proche ou  ayant un cher être en captivité. A Gaza, il ne se passe rien d’extraordinaire.  Les habitants qui ne manquent de rien ne souffrent pas de la moindre égratignure. Comblés et heureux, peace and love,  ils regardent depuis leurs balcons  une fine pluie automnale arroser leurs jardins luxuriants !

3- Israël a le droit de tuer des Palestiniens  et même en pagaille car il est en état de légitime défense. Mais quand la résistance  se venge contre des Israéliens en réaction à une colonisation oppressante de plus 70 ans, on lui colle vite fait bien fait l'étiquette infamante de terroriste.

4- Il n’existe pas de peuple opprimé  en Palestine ni de cause palestinienne . Il y a juste un État respectueux des droits humains violemment agressé, parti en guerre avec la bénédiction de ses protecteurs habituels  contre organisation terroriste  d'autant plus méchante qu'elle veut sa destruction.

5- Les Gazaouis n’ont droit de cité dans ce matraquage propagandiste à sens unique  que dans la mesure où ils sont considérés comme des victimes des « terroristes » du Hamas. Israël traite tellement bien Gaza et sa population qu’il les a soumis à un blocus atroce depuis 2007 !

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