Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence.

L'étude réalisée sur «l’état de la concurrence dans les marchés des fruits et légumes au Maroc » a révélé une multitude...

L'étude réalisée sur «l’état de la concurrence dans les marchés des fruits et légumes au Maroc »  a révélé une multitude de dysfonctionnements et de freins qui minent cette filière en  contribuant à alimenter leur renchérissement.

Une bonne partie de la réponse à la flambée  des prix des  fruits et légumes au Maroc se trouve dans le diagnostic  précieux réalisé par le Conseil de  la concurrence. Les principales  conclusions  de cette étude  ont été présentées et débattues  en marge du SIAM, vendredi 26 avril à Meknès en présence du ministre de tutelle Mohamed Sadiki, le président du Conseil de la concurrence Ahmed Rahhou et le patron de la Comader Rachid Benali, ainsi que les représentants des ministères de l’Intérieur et celui du Commerce et de l’Industrie.
Le marché national des fruits et légumes est miné par des archaïsmes qui sont à l’origine de nombre de dysfonctionnements pointés dans cette enquête qui vont de la production, à la commercialisation en passant par la distribution. Aux sources de ces déséquilibres se trouve l’obsolescence du cadre juridique régissant l’activité des marchés de gros, incarné par une loi datant du  7 février 1962 ! «Ce texte régit l’exploitation des MGFL [marchés de gros et fruits et légumes] à travers des agréments octroyés gratuitement par l’État à des mandataires désignés par le ministre de l’Intérieur et qui comptent pour moitié des personnes ayant contribué au mouvement de résistance nationale. Ce régime de mandataires des MGFL est souvent considéré comme archaïque et limité dans sa pratique», font remarquer les auteurs de l’avis. Cette législation, basée sur le système des fameuses grimates, qui génère   une rente de situation pour ses bénéficiaires, que l’on retrouve dans bien des secteurs comme le transport de voyageurs, les carrières de sable et la pêche, a empêché leur modernisation. Comment ? en installant une opacité  dans le circuit profitable aux principaux acteurs du business des fruits et légumes que sont essentiellement les intermédiaires là où il fallait favoriser une régulation du marché via des mécanismes de contrôle et de sanction. «Les intermédiaires occupent une position stratégique entre les producteurs et les consommateurs, ce qui leur confère un pouvoir significatif dans la fixation des prix. Bien qu’ils contribuent à la disponibilité des produits, ils agissent également en tant que faiseurs de prix», indique l’étude du Conseil de la concurrence.
Dans son intervention, le représentant du ministère de l’Intérieur s’est efforcé de défendre la pertinence de cette organisation pointée du doigt  au nom de la disponibilité des produits agricoles et le souci de la proximité qui constitue une priorité pour les autorités locales. Certes. Mais lorsque l’on sait que ces intermédiaires ponctionnent autour de 34% sur le prix de vente final contre 25 et 30% pour le producteur, selon les chiffres apportés par l’étude, il y a de quoi s’interroger sur le caractère juste et équitable  d’une configuration  pénalisante pour les deux extrêmes de la chaîne, l’agriculteur et le consommateur. Ce sont les  « nombreux acteurs d’intermédiation dans le circuit de distribution (grossistes, courtiers, commissionnaires, etc. » qui se gavent à leurs dépens, sans valeur ajoutée notable pour toute la filière, en réalisant des marges substantielles. L’un en ne recevant pas le juste prix de son dur labeur et l’autre en payant à des prix anormalement  élevés  ses produits agricoles.

Traçabilité

Il est certain que les intermédiaires  ont leur place dans la chaîne de valeur  comme a tenté de le démontrer le délégué du ministère du Commerce et de l’Industrie mais le temps est venu d’encadrer leur activité par la loi afin d’introduire une bonne dose de transparence dans leurs transactions.
Si les intermédiaires font la pluie et le beau temps c’est parce qu’ils jouent aussi les financiers du petit agriculteur, révèle pour sa part le président de la Comader Rachid Benali. Professionnel de la filière oléicole,  il a considéré  lors de son intervention que l’intermédiaire est un «  mal nécessaire » compte de  son rôle non négligeable dans le financement du petit et moyen agriculteur qui le considère comme un sauveur. En vérité, l’intermédiaire, qui peut aussi  être un spéculateur pour certains produits agricoles non périssables rapidement comme les figues sèches, profite du fait que l’agriculture nationale reste sous-financée malgré les efforts considérables déployés par le Crédit agricole pour imposer sa loi. Celle d’acheter la récolte sur pied à vil prix en faisant ses choux gras de la vulnérabilité du fellah,  et de sa crainte que ses produits agricoles ne pourrissent sans qu’ils ne trouvent preneur. Pour  supprimer cette dépendance ou du moins la réduire, les auteurs de l’étude préconisent la mise en place des circuits courts et ultra courts via lesquels les producteurs ont la possibilité de vendre leurs produits directement au consommateur. Sans passer par les intermédiaires et les marchés de gros. Ce système,  prévu dans la loi no 37.21 qu’il faut compléter par les textes d’application, permet aux agriculteurs de toucher une rémunération  équitable  tout en permettant la traçabilité de sa marchandise. La traçabilité ! C’est l’un des points noirs du commerce des denrées agricoles, concède le ministre de tutelle Mohamed Sadiki. « Nous arrivons à contrôler ce qui se passe  en amont de la chaîne  agricole comme les intrants et les pesticides mais la traçabilité pose un sérieux problème », explique-t-il en substance. La défaillance dans le domaine de la traçabilité trouve principalement  son origine  dans la prolifération des marchés  informels  des fruits  et légumes à travers le pays .  «Bien qu’il n’existe pas de données précises sur l’ampleur de ces marchés informels, les opérateurs du marché de gros des fruits et légumes (MGFL) de Casablanca estiment que leur poids représente plus de 25% des flux de produits circulant dans la ville », selon l’enquête de terrain du  Conseil de la concurrence, qui pointe la difficulté de garantir   une certification de
la qualité et la sécurité des produits ». C’est dire que le marché des fruits et légumes a besoin d’une mise à niveau en profondeur  dans le domaine à la fois législatif et organisationnel. Il s’agit de dépoussiérer les textes en vue de les mettre en conformité avec les impératifs de concurrence entre les acteurs, de transparence commerciale et de traçabilité des produits agricoles. Le besoin de doter le pays de marchés de gros nouvelle génération dotés  d’entrepôts frigorifiques, de stations de lavage et d’ateliers de tri et de conditionnement et de laboratoire  d’analyse a été relayé également  par  les rédacteurs de l’enquête.

Halte au gaspillage

L’autre fléau qui  frappe  le secteur  des fruits et légumes a pour nom le gaspillage. Entre 25 et 30 % des produits agricoles partent chaque jour dans la poubelle, selon l’étude  du Conseil de la concurrence. Un gâchis monumental sur tous les plans, notamment en termes d'eau, d'intrants et de labeur. En cause, un problème de conditionnement et d’emballage qui fait que les fruits et légumes notamment les plus fragiles comme la tomate, les fraises ou les figues arrivent surtout après un long trajet jalonné de secousses  détériorés sur les étals des commerçants. Pour remédier à ce problème,  le président de la Comader Rachid Benali préconise le remplacement des caisses en bois dont la contenance est de 30 kg actuellement en vigueur par des bacs en plastique de 10 kg semblables à  ceux utilisés dans la filière de la pêche. « En plus d’être hygiéniques, les caisses en plastique ont l’avantage d’assurer une bonne conservation des produits agricoles en leur occasionnant moins de dommages », explique M. Benali.

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