CANETON FOUINEUR

Les tribulations du stade Mohammed V devant la justice

Le jeu trouble des acteurs...
Amine Amerhoun
21/9/2023 0:21
Le stade de toutes les polémiques...

Gestion et mise à niveau du Stade d’honneur, voilà une affaire qui a bien besoin d'atterrir de toute urgence dans un tribunal impartial...

Gestion et mise à niveau du Stade d’honneur, voilà une affaire qui a bien besoin d'atterrir de toute urgence dans un tribunal impartial et, pour le moins, très curieux et méticuleux. Impossible d’obtenir la vérité autrement. Ce qui arrive, ce qui est déjà arrivé, est... grave !

S.M Le roi Mohammed VI a répété le mot «sérieux» exactement à quatorze reprises dans le dernier discours du Trône. Et on ne le comprend que trop bien si on se penche sur une quantité incroyable de dossiers d’incurie en cours, dont on peut citer celui du complexe sportif Mohammed V, ex- « Marcel Cerdan», « Stade d’honneur », ou tout simplement «Donor ». Trop de détails, de complexité, de silences, de langues de bois (en bois massif), et d'autres langues tout simplement fourchues. Le sort des candidatures du Maroc pour la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030 est en jeu.

En effet, il ne se passe quasiment pas une semaine sans qu'on en entende et voit des vertes et des pas mûres concernant Donor. En faire le tour serait une tâche ardue et, d'ailleurs, inutile. Chaque scandale, chaque fait inadmissible, mériterait d'être la goutte qui aurait dû faire déborder ce vase, un vase débordant depuis des lustres. Pour parler de choses récentes, on peut évoquer la fameuse billetterie en ligne du stade, source intarissable de critiques, on peut citer les fissures et autres vibrations dans la zone 6 du complexe, qui ont poussé le Conseil de la ville à fermer temporairement cette zone aux supporters, ou alors le scandale ayant entaché  l’organisation des matchs des quarts de finale de la Ligue des champions la saison dernière opposant le WAC au CR Belouizdad et le RCA à Al Ahly (lors duquel, ou peu avant, une jeune supportrice du Raja de Casablanca, âgée de 29 ans, est tragiquement décédée aux abords du stade), on peut également parler des fermetures et réouvertures fréquentes du complexe, etc…Scandales et fiascos se suivent, tantôt en se ressemblant et tantôt en n’ayant rien à voir les uns avec les autres. Mais prenons l’exemple tout récent d’une plainte déposée par une partie civile, une plainte qui pourrait bien avoir des chances d’aboutir (dans le meilleur des mondes, aurait martelé le précepteur de Candide).

« A l’origine » de cette action  (on comprendra plus tard l’utilité de l’usage des guillemets), une association. En l’occurrence, l’Association Marocaine de Protection des Deniers Publics, très active sur le front de la maltraitance de l’argent du contribuable.  

Cette dernière, sans paresse, et à peu près six mois plus tard (sans doute le temps de voir si quelque chose sera fait sans son intervention. Mais non, rien !), s’est saisie d’un rapport de la Cour régionale des Comptes, datant de février de cette année et faisant état  de lourds d’anomalies financières entourant les travaux d’aménagement du complexe sportif Mohammed V ; des travaux qui ont coûté la bagatelle de 220 millions de DH en passant. Et oui ! L’association n’a rien fait d’autre que prendre un rapport déjà existant depuis des mois et le porter aux juridictions compétentes pour qu’une enquête soit lancée et, potentiellement, également des poursuites judiciaires, en cas de confirmation par des preuves irréfutables des soupçons de la Cour des comptes. D’où l’utilisation des guillemets: elle n’a fait que ça, l’assoc’… Elle n’a fait qu’enclencher ce qui aurait pu ou dû s’enclencher tout seul, tout de suite après la publication du rapport de la Cour des Comptes.

Ce qui fait quand même se poser pas mal de questions (que nous tairons en l’attente de voir si les tribunaux seront, oui ou non, saisis –chose que nous serions presque tentés d’espérer devant ce « f…tage de gueule » que vous découvrirez plus en avant dans cet article). En avril dernier, la Cour des comptes a adressé une correspondance à la commune urbaine de Casablanca lui demandant des explications au sujet des travaux effectués dans l’enceinte sportive, et ce, trois années après leur fin. Les magistrats de la juridiction avaient en ligne de mire l’insalubrité des installations sportives du sous-sol ainsi que les appels d’offres des travaux effectués, escomptant alors une vérification : ces derniers appels d’offres étaient-ils en conformité avec le règlement en vigueur ou bien étaient-ils entachés d’irrégularités ? Et quelle question ! Le simple fait de la poser en dit long. Et n’a pas servi à grand-chose, selon toute vraisemblance. Puisque… plus rien ! De cette affaire on n’a plus entendu parler. Jusqu’à ce que l’association de Protection des Deniers publics s’en mêle, par ailleurs en respectant scrupuleusement les formes : la fameuse plainte !

L’initiateur de cette plainte, Maître Mohamed Machkour, avocat et président de l’antenne Casablancaise de l’association précitée, nous explique son modus operandi que nous nous permettons de résumer : « Le 23 juin dernier, nous avons déposé une plainte, contre X, en tant que bureau régional de l’association, pour des soupçons de dilapidation, de détournement de fonds publics, et de corruption. Notre plainte se base sur un rapport de la Cour régionale des Comptes de la région Casablanca-Settat, datant de février dernier. Ces soupçons concernent des sommes importantes qui ont été allouées à des sociétés de développement local, à Savoir Casa Aménagement, Casa Events et Casa patrimoine ».

Pour être un peu plus précis, la Société Casa Aménagement (qui était chargée de… l’aménagement) aurait enfreint les termes de l’accord relatif à l’aménagement du complexe en utilisant des fonds publics (262.281.173,41 DH) sans l’autorisation préalable des instances financières concernées. Ici, il faut souligner par exemple que, selon le rapport de la Cour des comptes, Casa Aménagement aurait dépensé un peu plus de 95 millions de DH dans des travaux non inclus dans l’accord conclu avec la commune. Ce qui en fait, si cela est avéré, un détournement de fonds. En parallèle, autre exemple, l’association aborde les réparations successives de la pelouse dont les coûts, entre 2017 et 2019, sont exorbitants : un peu moins de 12 millions de DH (11.837.302,00DH, excusez du peu !).

Ce qui en fait, selon l’association, de la dilapidation de fonds publics. Aux dernières nouvelles, les éléments de la BNPJ ont entendu Maître Machkour au sujet des irrégularités indiquées dans la plainte déposée par l’association. Et l’audition de plusieurs responsables (dont les directeurs des sociétés de développement local concernées) est prévue.


La parole aux « accusés potentiels »


Il faut à présent demander leurs versions des faits aux personnes pointés du doigt. Quand nous l’appelons, Ahmed Taoufik Naciri, le DG de Casa Patrimoine, s’offusque que le nom de la société qu’il dirige soit terni par cette plainte. Ce dernier s’exclame : « Ce président (NDLR : de l’Association Marocaine de Protection des Deniers publics) ne comprend absolument rien à ce dossier. Notre SDL n’est en rien concernée.

Casa Aménagement a été chargée de la restauration du complexe Mohammed V, complexe qui est géré par Casa Events, c’est tout ce qu’il faut savoir. Casa Patrimoine, pour sa part, n’était chargée que du musée, une partie du complexe». Directeur de Casa Aménagement, Driss Moulay Rachid a pour sa part préféré tout bonnement botter en touche en refusant  de répondre à nos questions (des questions concernant les travaux réalisés et la plainte déposée à ce sujet ): «Pour moi, le dossier est clos, et je ne donnerai aucune déclaration sur ce sujet. Le projet n’est plus entre mes mains. La passation s’est faite en 2019 ». Etrange réponse tout de même. Y a-t-il donc prescription ? Ben non…

Même attitude du côté du directeur de Casa Events, Mohamed Jouahri, qui dit ne pas avoir « d’avis à donner », que ce soit au sujet de cette plainte, ou au sujet de la rupture du contrat liant Casa Events à la commune, ainsi que certaines dispositions du nouveau contrat avec le nouveau prestataire, la Sonarges (notamment le fait que Casa Events percevait 15% des recettes du complexe alors que le nouvel entrant n’en percevra que 10. C’est quand même fou ! Est-ce Casa Events qui percevait plus qu’il ne faut ou c’est le nouveau venu qui a mal négocié son affaire : un tiers de moins ? Curieux tout de même pour certains. Mais oui, c’est –presque- bel et bien terminé. Casa Events, c’est presque de l’histoire ancienne. Enfin…


La Sonarges entre en scène !


Le jeudi 27 juillet, lors d’une session extraordinaire, le Conseil de la ville de Casablanca approuve à l’unanimité un projet de convention pour la réhabilitation, l’exploitation, la gestion et l’entretien du complexe sportif par la Sonarges (Société nationale de réalisation et de gestion des équipements sportifs). Une convention signée par le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et du Sport, le Conseil de la ville, la préfecture d’arrondissements de Casablanca-Anfa et par, bien évidemment, la Sonarges, confie à cette entité la gestion du complexe Mohammed V et ses équipements pour une durée de 10 ans (après cinq ans, cet accord sera soumis à examen et évaluation).

Cette convention prévoit également la mobilisation d’une enveloppe budgétaire de 250 millions de DH destinée à financer le programme de réhabilitation du complexe sportif conformément aux normes exigées pour l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations de football qui aura lieu en 2025 (la Confédération africaine de football (CAF) avait annoncé que le pays organisateur de la Coupe d’Afrique des nations 2025 sera dévoilé « avant septembre »…). La Sonarges se verra également attribuer la gestion et la vente des billets des matchs qui se tiendront dans le stade, en contrepartie donc d’une commission de 10% sur les recettes ou d’une somme minimal de 48.000 DH (à débourser par les équipes organisatrices des matchs), en cas d’absence ou d’insuffisance des rentrées d’argent. La Sonarges se chargera aussi de la vente des billets des autres événements à caractère culturel et sportif qui se organises dans l’enceinte du complexe pour 15% des recettes générées, et un minimum de 40.000 DH  en cas d’absence de revenus. Et, pour finir, dans le cas où l’exploitation du Complexe sportif permettrait de générer des revenus supérieurs aux frais de gestion et d’entretien de ses installations, les bénéfices nets seront annuellement et à parts égales répartis entre le Conseil de la ville et la Sonarges. Voilà ! C’est le deal.


Un cours de langue de bois ?


Avec cela en tête, nous avons bien entendu tout plein de questions à poser aux gens de la mairie de Casablanca. Après plusieurs jours et d’innombrables tentatives pour joindre soit la maire Nabila Rmili, soit Abdellatif Naciri, le vice-président du conseil délégué aux affaires culturelles et sportives, soit Abdessadek Morchid, le secrétaire du Conseil (tous trois du RNI), nous finissons par avoir Abdellatif Naciri à la suite d’un coup de gueule qui nous a échappé (l’humain est bien faible). Ce dernier nous explique que la mise à niveau et la réhabilitation du complexe sportif Mohammed V sont partie intégrante de la mise à niveau globale, décidée par l’Etat marocain, pour l’accueil de la Coupe d’Afrique 2025 et la Coupe du monde 2030, suite aux candidatures du Maroc. Toujours selon ce responsable : « L’Etat a réalisé une convention cadre, via le ministère de l’Économie et des Finances, le ministère de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports et la Fédération royale marocaine de football, pour confier divers chantiers et responsabilités à la Sonarges et à l’ANEP, l'Agence nationale des Equipements Publics (NDLR : chargée de l’extension du Grand stade de Tanger). La Sonarges a reçu la mission de mener les travaux de mise à niveau des infrastructures footballistiques nationales concernées, dont le complexe sportif Mohammed V. Ces complexes ont été inspectés par des comités techniques de la CAF, qui ont émis plusieurs observations qui devront être pris en compte par la Sonarges. La réalisation des recommandations doit avoir lieu au plus tard en janvier 2025 ». Donc l’accord pour l’organisation de la CAN précède la mise à niveau du complexe Mohammed V ? On va « nous » croire sur parole, après toute cette histoire de plainte et de Cour des comptes qui précède ?! Mais là où ça devient vraiment intéressant, c’est lorsque M. Naciri déclare : « En ce qui nous concerne, c'est-à-dire le complexe Mohammed V, il faut savoir que c’est le seul qui relève d’une commune, et donc nous avions notre mot à dire. Sans y être obligés, nous avons décidé de suivre le courant national, et donc que le complexe soit soumis au même traitement que les autres complexes concernés. Ce qui a bien sûr nécessité de rompre les accords de délégation avec Casa Events et la signature d’un nouvel accord avec la sonarges pour que cette dernière puisse s’occuper de la réhabilitation et de la mise à niveau du complexe ». Minute ! Vous êtes en train de dire que c’est la seule raison qui a poussé la mairie à rompre son contrat avec Casa Events ? Pourquoi les protéger ?! Et… magnifique sophisme, n’est-ce pas ?!

Et il ne s’arrête pas là ! Quand on lui demande des explications pour les 10% Sonarges contre 15% Casa Events, il affirme : « Il n’y a pas de 15% de recettes de billetterie pour Casa Events ou de 10% pour la Sonarges. Ces 15 et 10% sont des déductions fiscales que les entreprises gestionnaires font pour nous. Les clubs du WAC et du RCA insistaient pour que nous baissions ces déductions, chose que nous avons faite ». Monsieur, les déductions fiscales pour le compte de la commune sont un autre sujet, bien différent, que nous n’abordons pas ici. Quant au pourcentage des recettes de billetterie des matchs, il est acté, également, noir sur blanc. Alors soit vous l’occultez, soit vous n’êtes pas au courant !

Et le meilleur pour la fin ! A la question : que répondez-vous aux gens qui demandent la délocalisation du Complexe en raison des problèmes sécuritaires qu’il pose  et des nuisances qu’il génère pour les riverains  et pour ceux qui doivent s’y rendre (Le stade se trouve au cœur de Casablanca, dans le quartier Mâarif), M. Naciri donne une réponse à couper le souffle : « L’un des avantages est que le processus de réhabilitation que connaîtra le complexe inclura des aménagements internes pour qu’il puisse s’ouvrir à son environnement. Il y aura de nouvelles installations et le complexe deviendra également un espace pour les commerces et services. Ainsi il fournira tout au long de la semaine divers services à la population environnante ou de passage ». Mais quel rapport, M. Naciri ? Quel rapport ?! Les gens agacés et effrayés lors des matchs, par les supporters bruyants, voire dangereux, se diront ils : « Ce n’est pas grave. Le gentil stade est cool tout au long de la semaine, on peut bien lui pardonner ça ! » Bref, no comment ! Et chapeau bas simultanément ! Il faut oser penser à des choses comme ça.

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