CANETON FOUINEUR

Afflux sans précédent de jeunes migrants irréguliers vers Sebta

Le Maroc a-t-il laissé faire ?
Jamil Manar
20/5/2021 1:54

L’enclave de Sebta a vécu lundi dernier un afflux migratoire sans précédent qui a poussé certains observateurs...

L’enclave de Sebta a vécu lundi dernier un afflux migratoire sans précédent qui a poussé certains observateurs espagnols à s’interroger sur la lecture politique à donner à cette affaire. Explications.

Nouvelle déferlante migratoire sur Sebta qui a les allures d’une grande évasion. Quelque 6 000 Marocains issus de Fnideq ont débarqué lundi 17 mai dans cette enclave. Les flux ont été tellement importants que les équipes de la Guardia Civil et de la Croix rouge ont été débordées. Le président de la Ville Autonome de Sebta, Juan Jesús Vivas (Pari Popular), a déclaré qu’en vingt ans qu’il dirige le gouvernement sebtaoui, il n’a jamais vécu une journée « aussi dure et difficile». Pour une seule journée, il s’agit en effet d’un record selon les autorités espagnoles qui ont reproché à leurs consœurs marocaines « leur passivité » et de n’avoir rien fait pour empêcher cette opération d’immigration clandestine. Les migrants, dont quatre ont pu être sauvés de la noyade, sont parvenus certainement à déjouer leur vigilance en contournant à la nage la frontière avec le Maroc. Selon la délégation du gouvernement de Sebta, quelque 1 500 personnes ont déclaré être mineures à leur arrivée dans l’enclave, ce qui empêchera leur refoulement immédiat. Devant cette situation sans précédent, le ministère de l’Intérieur espagnol a décidé de renforcer sur le champ les effectifs de la Guardia civile et de la police nationale dans la zone. Il s’agit plus précisément de soumettre à une surveillance accrue les points de passage les plus sensibles à Sebta par la mobilisation d’une une cinquantaine de membres de la Guardia civile. La Police nationale, quant à elle, va augmenter de plus de 150 agents ses effectifs à Sebta pour accélérer les démarches de refoulement en vertu de l’accord signé avec le Maroc de 1992. Le leader du Pari Popular (PP), Pablo Casado, a apporté son soutien au président de Sebta.

Mesures d'urgence

« Le gouvernement espagnol doit immédiatement garantir l’intégrité de nos frontières et coordonner avec le Maroc le retour des immigrants dans leur pays », a-t-il déclaré dans un tweet. Les jeunes marocains du nord ont multiplié ces derniers temps les tentatives d’émigration clandestine en direction de Sebta. Au cours du week-end des 25 et 26 avril, quelque 149 Marocains, dont une quarantaine sont des mineurs, ont regagné Sebta à la nage. Sur ce contingent, les responsables marocains ont accepté le retour sur le sol national de 76 immigrants irréguliers par trois groupes successifs. Le Royaume a-t-il laissé passer les jeunes migrants comme le soupçonne certains médias ibériques en guise de représailles de l’accueil en catimini sous une fausse identité par l’Espagne sur son sol pour des « raisons humanitaires »  du chef des mercenaires Brahim Ghali, pourtant visé par une série de plaintes en Espagne pour de nombreux crimes ? Des sources médiatiques espagnoles se réfèrent au communiqué du 8 mai 2021 émis par le ministère marocain des Affaires étrangères et des Affaires africaines où il indiqué qu’il « s’agi d’un acte prémédité, d’un choix volontaire et d’une décision souveraine de l’Espagne, dont le Maroc prend pleinement acte et tirera toutes les conséquences». De là à faire une jonction entre les deux affaires (l’accueil de Ghali et l’afflux des migrants irréguliers), il n’y a qu’un pas que certains observateurs espagnols ont allègrement franchi. Interrogée à ce sujet, la ministre des affaires étrangères de l’Union européenne et de la coopération Arancha González Laya, a balayé cette hypothèse d’un revers de la main.

«Le gouvernement n’a pas connaissance que le Maroc lève le pied pour favoriser le départ de migrants vers l’Espagne comme moyen de pression sur l’exécutif dans la crise diplomatique actuelle ouverte » entre les deux pays. Dans l'après-midi du mardi, la tension monte subitement en Espagne à cause de ce qui ressemble à une crise politico-migratoire sans précédent. Convocation de l'ambassadrice du Maroc  à Madrid Karima Benaïche pour lui signifier le "mécontentement" des autorités espagnoles. À Rabat, le ministère des Affaires étrangères a annoncé, pour sa part,  le rappel immédiat "pour consultation" de la diplomate. Lors d’une allocution télévisée au ton comminatoire consécutive à sa visite-éclair à Sebta et Melilia, le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, a rappelé à Rabat que les « liens d’amitié » avec Madrid sont fondés sur le « respect des frontières mutuelles » et a insisté sur sa « détermination » à résoudre, «avec célérité» et «fermeté», «la grave crise pour l’Espagne et l’Europe» que représente l’entrée massive,  ce lundi historique  de milliers de migrants dans le préside de Sebta.  Et M. Sanchez de se cacher derrière l'Union européenne dans une menace à peine voilée : «L’intégrité territoriale de l’Espagne, de ses frontières, qui sont aussi les frontières extérieures de l’Union européenne, et surtout la sécurité de nos compatriotes et leur tranquillité seront défendues par le gouvernement espagnol, à tout moment, face à n’importe quel défi, avec tous les moyens nécessaires et conjointement avec ses partenaires européens ». Selon Isaias Barreñada, professeur de relations internationales à l'Université Complutense de Madrid, cet afflux de migrants n'est « pas un hasard » et « un message fort » de la part de Rabat, car des milliers de migrants « n'entrent pas ainsi de façon spontanée » à Sebta. Pour un message, c'en est un.  Et il est clair et fort.  

Une chose est sûre: Visiblement, la situation préoccupe au plus haut point les autorités espagnoles et l’Union européenne. A cause des « derniers événements » à Sebta, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a annulé sa participation à un sommet sur le financement des économies africaines à Paris, et devrait s’exprimer à l’issue du conseil des ministres à la mi-journée. Pour sa part, la commissaire européenne Ylva Johansson a jugé mardi 18 mai « inquiétant » l’afflux de milliers de  migrants dans l’enclave de Sebta et appelé les autorités marocaines à  jouer  les gendarmes en empêchant les «départs irréguliers » depuis son territoire. La pression migratoire sur Sebta est appelée à s’intensifier en raison de l’asphyxie économique  qui  frappe le nord du Maroc depuis le fermeture en mars 2020 des frontières en raison de la pandémie et l’arrêt en 2019 de la contrebande- qui représente entre 6 et 8 milliards de DH par an  selon les chiffres de la Douane marocaine- entre le Maroc et les présides de Sebta et Melilia. Résultat : Plus de 10 000 habitants de Fnideq ont perdu leurs emplois informels en se retrouvant sans revenus. Pour alerter sur le dénuement qui les frappe de plein fouet, plusieurs habitants de Fnideq ont récemment manifesté leur colère dans la rue. En réponse à ce malaise social profond, le gouvernement a débloqué en 2020 une enveloppe d’un montant de 400 millions de DH destinée à résorber le chômage qui frappe cette partie du pays via la création de zones franches à Fnideq et à Tétouan. À Sebta et Melilia – environ 85 000 habitants chacune – les élus et la population espagnole, traditionnellement de droite, dénoncent régulièrement un « blocus économique de la part du Maroc », voire une «tentative d’asphyxie ». Ils estiment aussi être abandonnés par le gouvernement central qu’ils appellent régulièrement à prendre des mesures d’urgence. Sur place d’ailleurs, la crise économique se fait sentir. Faute de contrebande qui faisait principalement vivre les deux présides, Sebta et Melilia sont devenues deux poids morts et un fardeau financier pour l’Espagne.

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