Omar Radi. La stratégie de la victimisation ?

Les autorités marocaines ont beau mettre au défi Amnesty International pour lui fournir la preuve de ses accusations...

Les autorités marocaines ont beau mettre au défi Amnesty International pour lui fournir la preuve de ses accusations de piratage du téléphone d’un journaliste activiste, elles n’ont pas été écoutées jusqu’à ce jour. Explications.

Un bras de fer oppose depuis plusieurs semaines les autorités marocaines à Amnesty International (AI). Motif du conflit : les accusations portées par cette organisation de défense des droits de l’homme quant à une supposée utilisation par le Maroc du logiciel d’espionnage Pegasus, une technologie israélienne ignée NSO Group, pour mettre sur écoute illégalement « les personnes qui dérangent ».

Ce logiciel, qui servirait  pour prendre le contrôle d’un téléphone, de sa caméra et son microphone, et pirater son contenu, est du genre à être affectionné par les régimes très peu regardants sur les droits de l’homme et les libertés individuelles. Les « personnes qui dérangent » sont dans le cas d’espèce le militant associatif Maati Mounjib et le journaliste et activiste Omar Radi. « Sauf à agir contre les intérêts supérieurs de leurs pays en se servant du journalisme et de la défense des droits de l’homme comme couvertures, ces deux hommes n’ont a priori rien craindre. Mais le fait qu’ils rameutent Amnesty international prouve qu’ils ont des choses à cacher ou à se reprocher », explique une source gouvernementale proche de ce dossier, qui rappelle que Omar Radi est visé par une enquête pour  « atteinte présumée à la sécurité de l’État », « financements de l’étranger » et « liens avec un officier de liaison d’un pays étranger ».

Les accusations de l’ONG, portées dès le 9 juin, selon l’ONG, à la connaissance de 5 responsables du ministère marocain des Droits de l’homme, sont consignées dans le dernier rapport d’AI mis en ligne le 21 juin dernier sur son site Internet et relayé en même temps par «Forbidden stories», un consortium regroupant 17 médias internationaux dont fait partie Le Monde. Le titre de cette soi-disant enquête : «Un journaliste marocain victime d’attaques par injection réseau au moyen d’outils conçus par NSO Group».

« L’injection réseau est une technique qui consiste à rediriger une page web vers un site malveillant qui, en créant une copie de la même page, permet l’installation d’un logiciel espion sur le téléphone visé », explique  au site Sputniknews Joseph Steinberg, expert international en cybersécurité.

«Les attaques par injection réseau observées dans le pays nécessitent soit de se situer à proximité des cibles, soit d’avoir accès aux opérateurs de téléphonie mobile marocains, ce que seuls les pouvoirs publics pourraient autoriser », affirme l’ONG dans son rapport. Admirez le conditionnel ! La réaction du gouvernement marocain tombe quelques jours plus tard : Allégations infondées.

Celles-ci « s’inscrivent dans un agenda visant le Maroc, dont une partie est en lien avec des milieux vouant de la haine au Royaume, tandis que d’autres sont dans une logique de concurrence entre des groupements économiques autour de la commercialisation d’équipements utilisés dans les renseignements.», lit-on dans une dépêche de la MAP en date du 26 juin qui indique que « les autorités marocaines ont aussi exigé du représentant d’Amnesty de leur faire parvenir, dans les plus brefs délais, les preuves tangibles présumées afin de permettre au Maroc de faire le nécessaire pour protéger les droits de ses citoyens ». Dans son rapport, Amnesty International atteste pourtant avoir fait analyser le téléphone d’Omar Radi, type iPhone par Security Lab, une cellule d’Amnesty International spécialisée dans la sécurité digitale dont les dirigeants ont conclu que le GSM de M. Radi avait  été piraté par «injection réseau» entre janvier 2019 à fin janvier 2020.

Le chef du gouvernement marocain Saâeddine Al Othmani revient à la charge le 1er juillet dans une lettre adressée à la secrétaire générale d’AI  Julie Verhaar, lui demandant de « fournir les preuves » des accusations d’espionnage électronique des deux supposées victimes des grandes oreilles marocaines. Mais la charge de la preuve ne sera jamais fournie jusqu’à ce jour. Le Maroc ne sera pas écouté.

Ce qui nourrit le doute quant aux véritables motivations de AI dont un tribunal israélien vient  d’ailleurs de  rejeter la demande introduite en janvier dernier  pour retirer à NSO la licence d’exporter son logiciel d’espionnage Pegasus qui serait  utilisé par des pays tiers à des fins malveillantes (espionnage des opposants, journalistes et autres activistes). Dans son jugement rendu dimanche 12 juillet, la justice israélienne s’est basée sur le fait que les avocats du plaignant, Amnesty International, n’ont pas étayé par une preuve leurs allégations d’une quelconque tentative de piratage du téléphone portable d’un militant des droits de l’homme. Et pan sur  le bec !  

Ce jugement apporte de l’eau au moulin des  autorités marocaines tout en administrant la preuve que Amnesty International s’est fourvoyé dans une histoire obscure aux allures d’une campagne malveillante envers le Maroc. Ce jugement apporte de l’eau au moulin des  autorités marocaines tout en administrant la preuve que AI s’est fourvoyée dans une histoire obscure aux allures d’une campagne malveillante contre le Maroc.  Ça croule de source !

Victime de sa propre négligence ?

En réaction aux accusations d’Amnesty international, la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), placée sous la tutelle de l’Administration de la Défense nationale, vient de publier un rapport sur le cas Omar Radi. Relayée par le magazine parisien Jeune Afrique, cette enquête conclut que le journaliste activiste aurait oublié «d’effectuer les mises à jour de sécurité sur son iPhone et continué de naviguer sur des sites non sécurisés et non chiffrés», «alors même que la DGSSI publie régulièrement des bulletins de sécurité décrivant les correctifs à installer pour éviter toute intrusion malveillante, y compris par des logiciels espions ». Autrement dit, M. Radi s’est fait pirater le contenu de son GSM par le logiciel Pegasus en raison de sa propre négligence. C’est connu, pas besoin d’être placé sur écoute, comme cela est le cas dans les pays qui se targuent d’être de grandes démocraties, pour que votre portable se transforme en micro espion… Rien a priori ne prouve que cette infiltration malveillante, montée en épingle par Amnesty International,  soit l’œuvre des services marocains. Omar Radi a au moins un mérite, celui d’écouter Amnesty International !

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