Ahmed Zoubaïr
3/2/2022 0:16
Khalid Ait Taleb doit désormais faire son travail sur le terrain...

Les raisons qui ont poussé les autorités à annoncer la levée de l’embargo aérien et maritime qu’elles ont infligé au pays sont...

Les raisons qui ont poussé les autorités à annoncer la levée de l’embargo aérien et maritime qu’elles ont infligé au pays sont objectives. Explications.  

La bonne nouvelle que tous les Marocains attendaient avec impatience est enfin tombée, via un communiqué gouvernemental balancé en début de soirée du jeudi 27 janvier. La réouverture des frontières nationales, annoncée pour le 7 février. Ouf de soulagement ! Grande bouffée d’oxygène ! Ça respire mieux après un peu plus de deux mois d’étouffement généralisé, qui a mis les nerfs à rude épreuve et fait descendre dans la rue des opérateurs du secteur touristique au bout du rouleau, sans visibilité sur leur devenir ni perspectives pour leur gagne-pain. Résultat : La colère commence à gronder et le risque, devant la persistance de la fermeture des frontières, devenue inutile et contreproductive,  est si grand que ce mouvement de protestation agrège d’autres mécontents victimes des restrictions mais aussi de la détérioration du pouvoir d’achat du fait de la flambée des prix engendrée par la crise sanitaire. Avec la sécheresse qui menace en plus, 2022 ne se présente pas sous de meilleurs auspices agricoles. La cocotte-minute socio-économique montait en pression… Pas d’alternative donc que de rouvrir les frontières et laisser les gens se débrouiller pour vivre…

Sur le plan psychologique, la situation devenait intenable pour tous. Pour les Marocains bloqués à l’étranger qui ne peuvent pas rentrer au bercail en raison de la fermeture de l’espace aérien mais aussi pour les familles restées au pays qui ne peuvent pas renouer avec les leurs, notamment les étudiants supposés passer les fêtes de fin d'année au Maroc. Dès le lendemain, les lignes de réservation de la RAM étaient prises d’assaut, signe d’une folle envie de voyager également exprimée auprès de nombreuses agences de voyages par de nombreux Marocains désireux de changer d’air malgré les incertitudes encore persistantes autour du Covid. Les TO étrangers ne sont pas en reste : ils ont aussitôt renoué le contact avec leurs partenaires locaux pour réserver des séjours pour leurs clients.

« Au point mort depuis deux ans environ, notre activité de réceptif a immédiatement repris puisque certains de nos voyagistes ont montré leur volonté d’envoyer de nouveau des touristes au Maroc», explique, la voix pleine d’entrain, un agent de voyages qui a pignon sur rue. Un autre se félicite en se frottant les mains: « Nous avons eu des réservations pour plusieurs groupes en faveur des Marocains d’Israël », indique-t-il, la voix pleine d’enthousiasme.

Effets d'entraînement

Les affaires reprennent après une longue période de disette financière faute de touristes internationaux de séjour. Ce sont eux qui remplissent les hôtels, mettent le feu aux cuisines des restaurants, font tourner le moteur des véhicules touristiques et font vivre une multitude de prestataires de la chaîne touristique… Principale source de devises pour le Maroc, pourvoyeur non négligeable d’emplois, le tourisme fait vivre grâce à ses effets d’entraînement considérables plusieurs milliers de familles aussi bien en milieu urbain que dans les zones rurales, situées sur les grands axes du Maroc touristique. Vivant au jour le jour, une bonne partie de ces bénéficiaires indirects de la dynamique touristique, qui représente une majorité silencieuse sans défense, ne dispose pas d’un numéro de sécurité sociale et n’a pas pu à ce titre toucher l’indemnité forfaitaire de 2.000 DH accordé par l’État au personnel déclaré du secteur. Mais qui s’en est vraiment ému ?

En plus, la capacité du tourisme à stimuler  les autres secteurs d’activité et son potentiel de développement indirect, conjugué au poids de son rôle  socio-économique, sont tels que les indicateurs et autres statistiques utilisées habituellement ne mesurent pas fidèlement son impact réel qui va bien au-delà des chiffres officiels.

Le retour des touristes étrangers au Maroc a relancé un immense espoir chez les professionnels du secteur. Ces derniers croisent les doigts pour que ce retour, seule véritable solution pour redynamiser leur trésorerie exsangue et sauver de la faillite les entreprises qui ont fait preuve de résilience, ne soit pas une parenthèse qui pourrait être vite refermée. « Une nouvelle fermeture des frontières pour cause d’apparition d’un énième variant serait fatale au secteur, tous métiers confondus », prévient le patron de Atlas Voyages Othman Chrif Alami.

Cette perspective, redoutée par tous, provoquerait également le crash financier de la RAM qui  est au bord de la cessation de paiement de ses différentes échéances en relation essentiellement avec le leasing de ses appareils Boeing cloués au sol pour une bonne partie depuis le début de la crise sanitaire, il y a deux ans. Une source interne qui a requis l’anonymat parle d’ores et déjà d’un besoin urgent d’argent frais évalué à quelque 3 milliards de DH pour permettre à la compagnie de préserver ses fondamentaux et de   reprendre son plan de vol.

Les 3,6 milliards de DH - sur les 6 milliards promis - injectés dans les caisses du transporteur en août 2020 dans le cadre du contrat-programme avec l’État ont été débloqués en pure perte. La suspension des vols aura été catastrophique pour la RAM en 2020, qui a terminé cet exercice sur un compte d’exploitation déficitaire estimé à -2,93 milliards et un résultat net négatif de 3,78 milliards. L’ampleur des pertes essuyées par le transporteur national et l’ensemble des composantes de l’écosystème touristique donnent une idée sur les efforts qui restent à consentir pour le sauver de la faillite. Dans cette optique, une seule solution : vivre avec le virus et le gérer sur le terrain en faisant tester les touristes aux principaux points d’entrée du pays. En dehors de ce dispositif qui relève de la responsabilité du ministère de la Santé, point de salut.

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