La rédaction
7/7/2021 1:59

Lors d’une table ronde organisée à Casablanca sur le thème des troubles bipolaires, Maria El Kissi a parlé de son combat contre cette pathologie encore taboue au Maroc et qu’elle œuvre pour déstigmatiser...

«Tu ne vis pas maman, tu existes ». Une phrase dite un jour par un jeune garçon à sa maman a changé le destin d’une femme. Celui de Maria El Kissi. Bipolaire, les mots de son premier né l’ont secouée au point de la pousser à prendre conscience de sa maladie. Elle s’est fait prendre en charge par des professionnels et a pu compter sur l’amour et le soutien de ses proches pour devenir aujourd’hui l’écrivaine et la militante qu’elle est.  

Cette expérience à la fois douloureuse et inédite dont elle a tiré un livre-témoignage poignant intitulé « Ma vie, l’obscure clarté », Maria a tenu à la faire connaître et surtout à la partager avec les personnes atteintes de la même maladie.  Une maladie dont on ne parle pratiquement pas au Maroc et qui fait souffrir les familles obligées de s’adapter aux sautes d’humeur permanentes du patient. C’est pour briser  le silence autour de ce mal qui ronge bien des familles que Maria El Kissi qui dit militer pour la déstigmatisation de la bipolarité a organisé, le 30 juin dernier à Casablanca, une table ronde, autour de ce problème de santé d’importance, qu’elle a animée avec la  collaboration d’une brochette d’experts marocains  reconnus : le psychiatre Driss Moussaoui, la psychothérapeute Nadia Kadiri et l’art-thérapeute Boushra Benyezza. Les intervenants se sont livrés dans un cadre empreint d’échanges fort instructifs à aborder les caractéristiques de la maladie, son origine, ses symptômes et les voies de traitement possibles. Une personne bipolaire vit ses émotions avec une intensité démesurée tout en ayant souvent du mal à les maîtriser. C’est ainsi qu’elle passe dans sa vie quotidienne d’une profonde tristesse à un sentiment de bonheur extrême. Une situation difficile qui fait souffrir surtout l’entourage familial qui doit s’adapter aux troubles cycliques de son humeur…

Témoignage

A cette occasion, le professeur Driss Moussaoui, l’un des premiers psychiatres au Maroc, a souligné que le sujet de la maladie mentale au Maroc est de moins en moins tabou, tout en faisant remarquer que la stigmatisation qui frappe les malades mentaux, leurs familles et même des psychiatres est une réalité contre laquelle il faut lutter partout dans le monde. Pour sa part, la professeure Nadia Kadiri, psychiatre, psychothérapeute et sexologue, considère que la déstigmatisation passe par la prise en charge des patients qui doivent rester présentables et propres pour faciliter leur acceptation dans la société. La responsable de l’Institut Marocain de Thérapie Cognitive et Comportementale à Casablanca a assuré par ailleurs que dans 90% des cas, les patients sont « stabilisés » et peuvent mener une vie tout à fait normale. A condition qu’ils se fassent diagnostiquer, comprennent leur maladie et acceptent de suivre un traitement. Maria El Kissi qui fournit la preuve que la bipolarité peut être dépassée incarne parfaitement cet espoir d’un retour à la normale.  

Dans son livre, Maria Kissi raconte les trois bouleversements majeurs qui ont donné un cours totalement différent à sa vie, à savoir la dépression, le cancer du sein et la bipolarité. Et si nombreux sont ceux qui préfèrent taire la maladie, Maria, elle, a choisi d’en parler. Cette femme courageuse,  sourire aux lèvres, qui rayonne en s’exprimant,  a livré un témoignage émouvant qui souligne que la bipolarité est loin d’être un mal incurable et qu’il faut juste  accepter de l’affronter et de le traiter avec le soutien de l’entourage proche.

Le message de Maria est à la fois clair et rassurant : « Face à la maladie, on peut s’en sortir ». Avoir la force de la surpasser, de vivre avec, voire même de la dompter est certes difficile mais pas impossible. Avec beaucoup de volonté et surtout d’un fort soutien familial, la voie de la guérison et du rétablissement est possible. Maria le reconnaît d’ailleurs. Le soutien de ses proches lui a permis de surmonter toutes les difficultés.

Décrite comme étant un trouble de l’humeur caractérisé par une succession d’épisodes maniaques (ou hypomaniaques) et dépressifs, la bipolarité concerne plus de 60 millions de personnes dans le monde. Elle est même considérée par certains comme la « maladie des artistes ». De sérieux travaux de recherches portant sur la relation entre la bipolarité et la créativité sont d’ailleurs en cours de réalisation. Des hommes politiques célèbres ainsi que de grands artistes, anciens et contemporains, ont subi les foudres de la bipolarité. Les présidents tunisien et libyen, Habib Bourguiba et Mouammar Kadhafi, les acteurs Mel Gibson, Ben Stiller et Catherine Zeta-Jones, le compositeur Robert Schuman ou le philosophe Friedrich Nietzsche, pour ne citer qu’eux, ont souffert de bipolarité. Cela n’a pas empêché beaucoup d’entre eux de s’imposer sur la scène internationale par leur génie créateur et leur persévérance.

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