CANETON FOUINEUR

Entretien avec Moulay Mustapha Ennaji directeur du laboratoire de virologie de l’Université Hassan II

«Le vaccin anti-covid-19 n’a pas été développé à la va-vite»
Noureddine Tallal
26/11/2020 1:37
Moulay Mustapha Ennaji, directeur du laboratoire de virologie de l’Université Hassan II.

Directeur du laboratoire de virologie de l’Université Hassan II, le professeur Moulay Mustapha Ennaji explique...

Directeur du laboratoire de virologie de l’Université Hassan II, le professeur Moulay Mustapha Ennaji explique dans cet entretien le bénéfice-risque du vaccin chinois choisi par le Maroc pour immuniser sa population contre le covid-19.

Le Canard Libéré : Les vaccins n’ont-ils pas été développés un peu à la « va vite», chacun essayant d’en avoir la primeur ?

Moulay Mustapha Ennaji : Le vaccin anticovid-19 n’a pas été développé à la va-vite, loin de là. Certes il y a une compétition entre les nations pour qui développera le vaccin plus vite que l’autre, mais les pays les plus avancés dans ce domaine ont mis les moyens qu’il faut pour y arriver. Il faut savoir que la mise au point d’un nouveau vaccin coûte au bas mot 800 millions de dollars. Les ressources humaines et financières nécessaires, compte tenu de l’importance de l’enjeu, ont été donc mobilisées à très grande échelle. C’est ce qui explique sans doute le fait que les vaccins ont pu être conçus dans un délai relativement court.


Les protocoles de tests ont-ils été respectés à votre avis ?

Bien entendu, les protocoles en vigueur ont été respectés à la lettre conformément aux consignes des laboratoires qui mènent à bien les recherches en virologie.


Les vaccins anti-covid élaborés par les laboratoires chinois, américains et russes sont-ils vraiment « efficaces » et sans risque pour les populations ?

On ne peut pas le savoir à ce stade avec certitude. Mais les tests ont été jugés satisfaisants, ce qui laisse croire que le bénéfice-risque de ce vaccin est très intéressant. On aura en tout cas une réponse claire durant les quelques semaines suivant le début de la campagne.


Les Chinois sont-ils vraiment le meilleur choix possible en la matière ?

Les Chinois ont une expertise reconnue dans ce domaine. Concernant le type de vaccin développé, il s’agit d’un vaccin dit « old fashioned » ou vaccin atténué pour lequel ses concepteurs ont développé une grande expérience. Il faut souligner que la Chine est présente désormais dans le domaine pointu des vaccins et de la virologie.


Le vaccin sera-t-il gratuit ?

Il sera gratuit pour les personnes nécessiteuses, selon le ministre de la Santé. Mais pour les autres, il sera certainement payant. A titre de comparaison, le vaccin anti grippe est actuellement payant et facturé à environ 125 DH.  Le vaccin anti-covid pourrait coûter le même prix. Mais on n’est pas encore fixé sur le prix de vente au public.


Le privé sera-t-il associé à la campagne nationale de vaccination ?

Bien sûr, le secteur privé sera étroitement associé à cette opération, compte tenu de l’ampleur de la tâche et de la logistique requise. Personne ne sera de trop et toutes les bonnes volontés seront les bienvenues.  


Comment se déroulera la campagne de vaccination ?

La campagne se fera en 12 semaines réparties en 4 périodes de 21 jours chacune. Elle ciblera plusieurs tranches de la population avec une priorité pour le personnel soignant, les forces de l’ordre et les populations les plus vulnérables.

Quelque 200 000 vaccinations seront effectuées quotidiennement, ce qui est considérable. Une campagne d’information et de sensibilisation est prévue aussi bien dans le milieu urbain que dans le monde urbain. Des unités mobiles seront également déployées pour les zones reculées. Tous les centres hospitaliers ainsi que les centres communautaires seront mis à contribution.


Le vaccin signifie-t-il la fin de la contamination ?

Se faire vacciner ne doit pas être accompagnée aussitôt d’un relâchement de la vigilance collective, car il faudra entre un et deux mois pour développer l’immunité. Ce qui implique l’obligation du maintien du respect des mesures sanitaires et des gestes barrières.


Qu’en est-il de la chaîne de froid pour la conservation du vaccin anti-covid-19? Le Maroc a-t-il les moyens qu’il faut dans ce domaine ?

Le respect de la chaîne de froid est indispensable pour le stockage du vaccin. En effet, la majorité des vaccins anti-covid nécessitent une conservation à très basse température, entre moins 60 et moins 80 degrés, pendant le transport et le stockage. Ce qui implique une logistique phénoménale et complexe dont nous ne disposons sans doute pas et qui est à même de mettre en péril l’ensemble de l’opération…


Tous les vaccins doivent-ils être conservés à moins 70 et 80 degrés ?  

Non.  Pas celui du chinois Sinopharm qui nécessite, quant à lui, une conservation à une température comprise entre 2 et 8 degrés contrairement aux produits similaires américains.  Ne serait-ce que pour ce seul argument, le choix du vaccin chinois fait très tôt par le Maroc semble judicieux…

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