Au moment où notre jeunesse est assimilée à des ninjas aux sabres menaçants ou à des hooligans qui courent au milieu...

Au moment où notre jeunesse est assimilée à des ninjas aux sabres menaçants ou à des hooligans qui courent au milieu des chaussées comme des dadais, Chat Rouge, à la manière d’un pagayeur qui veut remonter un fleuve à contre-courant, a décidé de vous raconter une jeunesse différente par son ingéniosité, incarnée par cinq génies de Chablanca.

Tout commence à Derb Chat Kleb, le royaume de l’informel, de la copie et de la contrefaçon, du système D du dolby et du high-tech. Dans ce lieu à l’allure médiévale où sont exposés pêle-mêle les derniers « nec ultras » de la technologie, des commerçants déguisés en talibans font la garde devant leurs comptoirs. Au fond des arrières boutiques, un groupe de jeunes informaticiens et électroniciens travaillent la tête baissée comme des galériens sous le regard sévère et ténébreux de leurs parrains. C’est ici, dans ces écoles bidonvilloises du hightech, que des centaines de jeunes aussi passionnés que démunis font leurs armes technologiques.

Leurs professeurs, aussi talentueux technologiquement que restreints psychologiquement, proposent à leurs disciples des spécialités à l’avenir prometteur comme le hackage, le décodage, le copiage ou le piratage… C’est ainsi que Derb Chat Kleb devenu le vaisseau pirate de la haute technologie et un joli pied de nez à toutes les administrations (fiscale, éducative, sociale…), planté comme une vilaine verrue au milieu du visage de Chablanca, attire depuis plus de 30 ans comme le vinaigre les mouches les pépites issus des milieux les plus démunis.

Des « Dark Vadors », instructeurs et professeurs, sont chargés de canaliser leur talent et leur  dextérité au service du bricolage et des raccommodages. L’École de Derb Chat Kleb ne crée pas, n’invente pas, ne rêve pas. Elle enseigne sur le tas les ficelles des réparations de fortune qui nécessitent une certaine intelligence. Fataliste car issue de la misère, l’école de Derb Chat Kleb ne sait pas  toutefois s’appuyer sur ce savoir-faire précieux  pour enseigner l’ambition et l’inventivité. Son créneau ?  Former les soldats de l’Empire du bidouillage. Sombres destins pour ces jeunes lumières, qui, étouffés par le manque d’oxygène et une absence sidérante de perspectives, finissent par s’éteindre minablement.


Révolte


Enfermés dans les arrières boutiques insalubres, un petit groupe de cinq jeunes passionnés de l’électronique ont eu la tentation forte de sortir de leur confinement  pour aller au-delà des lignes tracées par leurs mentors. Usés par de longs après-midis de débogage et de décodage, de la réparation d’androïdes et  autres « Mic Mac », ils se sont mis d’abord à rêver. Depuis leurs prisons dont l’atmosphère peste un mélange de faux bois de santal et d’autres mauvaises odeurs flottantes non identifiables,  assis en équilibre instable sur des chaises de fortune, ils ont levé légèrement la tête, apercevant tout à coup, pour la première fois,  un morceau de ciel bleu, la promesse de la liberté et d’une vie meilleure. Et un jour, sans en parler à leurs parrains aux visages spartiates bouffés par une barbe touffue,  les « Dark Vadors» ont créé une société aussi anonyme que discrète. Révoltés par le système misérabiliste  dans lequel ils étaient enfermés, ils ont défié le désordre établi et les conventions non écrites de l’informel pour s’inscrire dans la légalité. Ils sont devenus citoyens.

Échappés de la prison de Derb Chat Kleb par la grâce du confinement, ils se sont enfermés dans un studio miteux loué dans un immeuble de leur quartier. Nos Bill  Gates en herbe ont un grand projet en tête qu’ils croient susceptible de révolutionner le monde des Ntic : Une tablette tactile avec un vidéoprojecteur miniaturisé destiné aux hommes d’affaires accomplis dont ils rêvent de rejoindre la caste. Pugnaces et astucieux,  guidés par leur  seule intuition, ils ont entrepris de donner naissance à leur projet à partir de bouts de différents composants  qu’ils ont mis de côté  en bidouillant des années durant des GSM et des tablettes… Au bout de quelques mois de travail assidu, le prototype de leur invention est en fin prêt. Mieux, il fonctionne comme ils l’ont imaginé. A merveille. Sur les réseaux sociaux, le bébé fait sensation, séduisant tout le gratin de la planète Hightech avec ses opportunistes et ses mastodontes. Les membres du club des cinq «lascars» de Derb Chat Kleb ne sont pas peu fiers. Encouragés par cette première réussite,  ils n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin, surtout après qu’ils ont  compris que la liberté qui fait avancer n’est pas celle qu’on demande ou celle qu’on quémande mais celle qu’on arrache en forçant le destin.


Désillusion


C’est plein d’énergie et d’espoir qu’ils ont, le visage caché derrière un masque grand public étouffant, qu’ils ont pris le chemin de la banque en quête d’un financement pour leur trouvaille technologique. Mais ils vont vite déchanter devant la réponse sentencieuse  du banquier officiant une filiale française : pour espérer décrocher un prêt, il faut justifier d’une garantie solide ou un bien à hypothéquer.  Encore une fois, la célèbre   maxime « On ne prête qu’aux riches » s’est vérifiée. Or, nos entrepreneurs ingénieux n’ont d’autre richesse que leur invention hightech qui promet toutefois de créer de la valeur et des emplois… Désillusionnés et fous de rage, ils  ont le sentiment que leur rêve d’un destin fabuleux s’est écroulé… Faut-il pour autant abandonner au risque de revenir dans les dédales poussiéreuses Derb Chat  Kleb avec son ballet incessant et douteux  de tartuffes et de receleurs? Chat Rouge rêve d’une Silicon Valley locale, de villages grouillant de talents qui s’expriment et de banques qui ne respectent pas seulement les rentiers et les riches propriétaires mais qui comprennent que la richesse se niche dans la matière grise et les projets novateurs… Allo? Est-ce que vous me recevez ? Ici Chat Rouge ! Vous m’entendez ? Allo ? Ils ont coupé…

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