CANETON FOUINEUR

Crise à la frontière maroco-algérienne

Les fermes de la haine
Ahmed Zoubaïr
18/3/2021 1:50
Certains cultivent la terre et d'autres la haine...

C’est la mort dans l’âme que les cultivateurs de la zone de Arja, située à Figuig, près de la frontière maroco-algérienne,...

C’est la mort dans l’âme que les cultivateurs de la zone de Arja, située à Figuig, près de  la frontière maroco-algérienne, ont quitté leurs fermes situées visiblement à l’intérieur  du territoire algérien. Explications.

Une grande tension mâtinée de tristesse régnait à la frontière terrestre maroco-algérienne. La raison ? Une trentaine d’agriculteurs de Figuig, ville située  dans l’Oriental, à l’extrême est du pays, se sont vus intimer l’ordre de quitter  leurs  terres par une escouade de militaires algériens. Ces derniers, emmenés par un haut gradé, leur ont donné jusqu’au 18 mars pour s’exécuter sous peine d’être arrêtés en arguant que leurs exploitations de palmiers-dattiers se trouvent sur le territoire algérien.

Les propriétaires de ces fermes, situées sur la zone de Arja Oulad Slimane,  qu’ils exploitent depuis plus de 30 ans, n’avaient d’autre choix que de les évacuer. Du coup, ils ont perdu du jour au lendemain le fruit de leur labeur et ce qu’ils considèrent être la terre de leurs aïeux en dégainant des certificats de propriété supposés corroborer leurs dires. Les vidéos où ils se sont alarmés du drame qui s’est abattu sur eux comme la foudre ont fait le tour des réseaux sociaux où ils ont suscité un émoi immense entre incompréhension et indignation. Etre obligés de renoncer à leurs propriétés est vécu par les intéressés et leurs familles comme un grand déchirement. Le plus étonnant dans cette histoire scabreuse  est le silence assourdissant des autorités marocaines (principalement le ministère de l’Intérieur) qui a tardé à réagir officiellement et face à ce qui ressemble à un acte de provocation de la part du pouvoir algérien et aux sit-ins de protestation des victimes collatérales des relations exécrables entre les deux pays.

Quoi rime cette affaire ? Nouveau conflit factice ?  Demande de restitution d’un dû non réclamé par négligence ou d’une tentative de spoliation  comme le pensent les concernés ? En fait, la bande de terre en question, sous forme d’oasis, est située à l’intérieur du territoire algérien et que des agriculteurs marocains exploitent sans que le pays voisin ne s’y oppose. « En principe, un tel problème ne devrait pas se poser puisque le tracé des frontières a fait l’objet d’une convention ratifiée par les autorités des deux pays et reconnue par l’ONU » explique un connaisseur du dossier qui  trouve toutefois que le comportement des responsables algériens appelle deux principales observations. Primo,  si les terres qu’ils revendiquent aujourd’hui  font effectivement partie du territoire algérien, pourquoi ont-ils attendu tout ce temps pour en réclamer la restitution ? La réponse coule de source : la revendication de ces arpents de terre n’est pas étrangère au regain de tension entre les deux pays après les déconvenues successives subies par la diplomatie algérienne dont la plus spectaculaire reste la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. L’Algérie, abonnée aux échecs à répétition, dont la haine viscérale envers ce Maroc à qui tout semble réussir a dû décupler,  cherche la petite bête aux Marocains. Pour continuer à se maintenir au pouvoir  et sauvegarder leurs intérêts aux dépens du bien-être du peuple algérien, les généraux aux abois sont prêts à tout…

A la frontière de l'irréel

Secundo, ce genre de différend se règle par les canaux diplomatiques même si les relations des États concernés ne sont pas au beau fixe et non en envoyant sur place une escouade de militaires pour menacer les habitants en leur intimant l’ordre de vider les lieux. Sinon à quoi servent les ambassadeurs ?  En privilégiant une méthode pour le moins inhabituelle, la junte militaire algérienne a certainement voulu signifier à son meilleur ennemi de la région que la haine viscérale qui l’aveugle depuis plus de 40 ans a atteint un point de non-retour. Finalement, les autorités marocaines ont rompu  le silence avec la rencontre accordée mardi 16 mars  par le gouverneur de Figuig aux représentants des exploitants de la zone de Arja. Objectif :Discuter des solutions à mettre en  œuvre pour atténuer les effets du retour de leurs fermes dans le giron algérien. « L’abandon de nos propriétés, contraints et obligés,  nous fait perdre notre source de revenus », déclare, déprimé, un fellah qui possède des palmiers-dattiers dans la zone litigieuse. « C’est pour cela que l’État marocain doit trouver une solution à ce problème », ajoute-t-il. Et un autre cultivateur de préciser les revendications des paysans : « Il faut que le gouvernement nous indemnise maintenant que nous avons été obligés de renoncer à nos terres.

Le préjudice occasionné pour les exploitants est énorme vu que la plupart des exploitations ont nécessité des investissements considérables ». Un exploitant a investi récemment quelque 6 millions de DH en divers équipements agricoles… En effet, les propriétés en question ne sont pas des terres nues. Il s’agit de fermes de palmiers-dattiers où sont cultivées la variété de dattes dite  Aziza, très prisée pour sa faible teneur en sucre, qui coûte jusqu’à 100 DH le kilogramme et qui ne pousse qu’à Figuig. Désormais, à la frontière de l’irréel, une plante dangereuse est en train de pousser: l’aventurisme d’une junte militaire désespérée. «L’Algérie est un pays d’une grande étendue qui a hérité après l’indépendance d’un territoire plus vaste que le Maroc mais pas d’un minimum de bon sens économique qui lui  permettrait de valoriser ses étendues de terre immenses qui restent perdues pour le secteur agricole ou touristique», explique un vieux Figuigi qui a appris à composer avec les manœuvres d’un voisin plus qu’encombrant. Des étendues presque à l’abandon ont engendré en Algérie un désastre  économique et social de grande étendue. C’est ce qui  arrive effectivement lorsque l’on cultive la haine au lieu de la terre.

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