Le communiqué de la CGEM, conditionnant la reprise de l’activité économique par la réalisation de tests de dépistage...

Le communiqué de la CGEM, conditionnant la reprise de l’activité économique par la réalisation de tests de dépistage par les entreprises, soulève un tas d’interrogations. Voici pourquoi.

Rendu public mercredi 3 juin au petit matin, le communiqué signé par le président de la CGEM Chakib Alj a surpris bien des chefs d’entreprise. Et pour cause, le patron des patrons leur a annoncé que « sur hautes instructions » du souverain, ils doivent eux-mêmes prendre en charge les frais de campagne de dépistage de leurs employés dont dépend la reprise de leur activité. Autrement dit, les entreprises qui ne souscrivent pas à cette « opération responsable et citoyenne » en payant les kits de dépistage « à prix coûtant » ne pourront pas redémarrer leur activité. Et le chef du patronat de les inviter à renseigner un formulaire tout en leur apprenant qu’un compte bancaire CGEM-Covid a été ouvert à cet effet dédié à la réception des règlements. Le numéro du compte  a été indiqué mais pas le prix ! Comment payer si le montant n’est pas précisé ? L’autre imprécision concerne la nature des tests à effectuer, test PCR (autour de 500 DH), test sérologique (près de 200 DH) ou test basique à 100 DH? Certes, cette opération se voulant massive vise à « limiter le risque de propagation du virus en entreprise et garantir une reprise d’activité sécurisée» mais pourquoi les entreprises sont-elles obligées de payer sur leur propre budget des tests censés être gratuits ? De nombreuses sociétés, notamment celle à gros effectifs, se plaignent de ne pas en avoir les moyens surtout qu’elles sortent d’un long confinement qui a mis à mal leurs finances. «Reprendre avec une telle charge à payer  même si elle procède de  la sécurité de tous ne me paraît pas juste », indique un chef d’entreprise opérant dans un secteur exportateur qui s’étonne que le nom du chef de l’État soit associé à cette opération…

Imaginez une usine qui fait travailler 1.000 ou 3.000 employés, la facture risque d’être salée, même sur la base du test le moins cher à 100 DH par personne. Un autre patron soutient à juste titre que les tests de dépistage sont normalement à la charge du ministère de la Santé qui possède un budget dédié alors qu’un autre dit ne pas comprendre pourquoi les assurances ou le Fonds anti-Covid 19 n’ont pas été mis à contribution dans ce dossier de santé publique.

Au-delà de ces arguments, il y a une grosse confusion autour de l’objectif et la finalité des tests imposés par la CGEM aux entreprises. La confédération n’a pas précisé l’utilité de faire subir des tests massifs aux ouvriers et salariés du pays. D’abord, il est extrêmement difficile de dépister plus d’un million de personnes en quelques jours. Dépister toute la classe laborieuse comme dirait l’UGTM nécessite plusieurs semaines.

Ensuite, les tests de dépistage, réalisés en préparation du déconfinement, s’inscrivent généralement dans le cadre de la séroprévalence. Il s’agit en fait d’une étude, relevant de la responsabilité des services du département de l’épidémiologie, qui permet à partir des prélèvements sanguins d’un échantillon de la population réalisés dans des laboratoires privés et publics  de définir le nombre de personnes ayant été en contact avec le coronavirus et ayant développés des anticorps. Cet indicateur est fondamental  dans la surveillance et l’évaluation  de la situation épidémiologique du pays. Une étude de séroprévalence réalisée récemment par l’Espagne sur un échantillon de 60.000 personnes a montré que 5% de la population seulement  a été contaminée, ce qui signifie que le pays est loin d’avoir atteint  le niveau de l’immunité collective nécessaire. Dit autrement, la majeure partie des citoyens espagnols  peut encore choper la maladie, faisant peser sur le pays la menace d’une deuxième vague. C’est ce genre d’étude que les autorités sanitaires du Royaume doivent mener en priorité tout en continuant après le déconfinement à soigner les covidés dans le cadre de ce qui sera appelé à devenir une routine médicale.

Il suit de là que l’opération de dépistage recommandée par la CGEM aux entreprises ne sert  pas à grand-chose à supposer même qu’elle soit menée  au pas de charge.  La raison ? Il n’est pas du tout exclu qu’un employé déclaré non positif le devienne le lendemain… En d’autres termes, les tests de M. Alj, contrairement à ce que pensent certains, ne sont nullement une garantie contre le freinage de la propagation du virus…

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