CANETON FOUINEUR

Abdellatif Jouahri, patron de Bank Al Maghrib

L’homme qui parle cash
Ahmed Zoubaïr
2/12/2020 0:25
Abdellatif Jouahri : Un homme qu'on écoute...

Le wali de Bank Al Maghrib a profité de son passage mardi 24 novembre devant les députés pour les renvoyer...

Le wali de Bank Al Maghrib a profité de son passage mardi 24 novembre devant les députés pour les renvoyer à leurs chères études. Avec tact et panache.

Inoxydable Abdellatif Jouahri ! Un lion avec toutes ses griffes. Qui n’a rien perdu de son agilité ni de sa fraîcheur malgré son âge assez avancé. Avec son accent très fassi, l’homme de 81 ans a la faculté de dire des vérités, sans blesser personne. Affaire de tact et d’éducation certainement.  Mardi 24 novembre devant les membres de la commission des finances de la première Chambre, le wali de Bank Al-Maghrib s’est livré pendant près de 4 heures à un exercice qui lui va comme un gant : le franc-parler. Mais ce sont les 5 dernières minutes de son show captivant qui ont fait sensation.  

Du haut de sa grande expérience d’argentier du royaume et de banquier connu et reconnu, il a mis en quelques phrases le doigt sur la vraie plaie qui empêche le pays d’aller de l’avant : l’éducation. Le torse ouvert et pas bombé, débordant d’énergie, agitant les mains sans cesse pour appuyer son propos, le professeur Jouahri a conquis son public qui buvait ses paroles comme un élixir. « Le premier problème, le problème fondamental c’est le capital humain, la qualité des dirigeants que ce soit au niveau de l’entreprise ou au niveau politique », a-t-il affirmé. Le Maroc plombé par la faiblesse de ses ressources humaines, ce n’est un scoop pour personne mais venant d’un homme de son épaisseur, le jugement a tout son poids. Et d’enchaîner immédiatement, le verbe toujours haut, sur un autre bien tout aussi inestimable : La confiance. « Comment voulez-vous que l’investisseur prenne des risques alors que les uns tapent sur les autres pendant que d’autres répondent à des déclarations des contre-déclarations », s’est-il interrogé avec les accents de la sincérité de celui qui en excellent diplomate n’a accusé personne. Mais  les principaux visés sont ses interlocuteurs du jour,  qu’il a renvoyés gentiment à leurs chères études, eux, qui croyaient détenir la science infuse en tapant sur les banques qu’ils accusent  de tous les maux, ces hommes politiques dont le comportement n’inspire pas confiance et renvoie une piètre image du pays.  

Ce n’est pas à un vieux singe que l’on apprend à faire des grimaces, dit l’adage. Depuis le temps qu’il est aux avant-postes de la décision financière et même politique, maître Jouahri connaît comme on dit dans notre dialecte la carroube de son pays.

Ministre chargé de la Réforme des entreprises publiques en 1978, ministre des Finances entre 1986 et 1995, patron de la CIMR en 2002 et gouverneur de Bank Al Maghrib depuis 2003 dont il était un cadre dirigeant entre 1962 et 1978. M. Jouahri, un vieux routier des finances, a  connu les pires crises traversées par le pays, les cycles de sécheresse des années 80 et surtout le fameux programme d’ajustement structurel qu’il dit vouloir faire éviter aujourd’hui au Royaume vu qu’il en connaît le coût socialement et financièrement lourd.  Jouahri n’est pas né de la dernière pluie. L’homme sait de quoi il parle.

« Avant d’aborder la question de l’économie et des finances, parlons d’abord de la politique », a ajouté M. Jouahri qui tout en fixant son auditoire dans les yeux embraye rapidement sur un sport où les Marocains montrent un talent très remarquable : la fraude fiscale. « Il y a au niveau de la fraude et de l’évasion fiscale quelque chose d’invraisemblable et tout est imbriqué », assène-il avant de conclure : « Si vous ne réglez pas le problème de l’humain, la qualité de l’humain, de l’équation politique et de la gouvernance dans sa globalité, nous versons l’eau sur le sable », insiste-t-il tout en rendant un hommage appuyé au peuple marocain et à son esprit de sacrifice et son sens de la dignité. Abdellatif Jouahri  qui a administré une véritable leçon de réalisme politique et économique à son public a la densité et le parcours des hommes que l’on écoute,  la profondeur des commis de l’État qui se sont forgés sur du vécu loin de la vacuité des joutes oratoires et des envolées populistes.  Franchement, il ferait un excellent Premier ministre pour le Maroc post-Covid. Rien de tel que cet octogénaire vif et mordant, dont chaque sortie ringardise un peu plus la classe politique, pour requinquer le pays et donner un coup de jeune à la gestion des affaires publiques.

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