Jamil Manar
25/9/2020 11:32
Le Maroc sait soigner le Covid mais pas son économie...

Isoler les populations vulnérables, les seniors et les malades chroniques pour les protéger et agir sur la crise...

Isoler les populations vulnérables, les seniors et les malades chroniques pour les protéger et  agir sur la crise en soignant les contaminés à domicile. C’est à ce prix que l’on peut empêcher l’économie, asphyxiée à coups de mesures restrictives, d’entrer davantage en collision avec la pandémie...

Côté coronavirus, les choses se corsent au Maroc. La flambée continue de la courbe des contaminations depuis quelques semaines avec un nouveau record enregistré dans la journée du vendredi (2760 cas) alarme les pouvoirs publics. A commencer par le ministre Khalid Aït Taleb qui ne cache  pas son inquiétude devant cette envolée spectaculaire et la hausse du nombre des hospitalisations notamment à Casablanca. Ici, les services de réanimation sont débordés et les lits commencent à manquer face à l’afflux des malades durement atteints.  

Cette dégradation de la situation épidémiologique a poussé le gouvernement à prendre une batterie de mesures restrictives dont la plus spectaculaire et néanmoins décriée est l’annulation le 6 septembre dernier de la rentrée scolaire en présentiel dans les arrondissements de la capitale économique.  Pour tenter de maîtriser la progression du virus qui y circule activement,  un confinement de Casablanca semble se profiler à l’horizon. Mais  un nouvel enfermement est-il vraiment la bonne solution ? Certainement pas.

Car confiner une population pendant deux semaines, un mois ou même plus ne fera pas disparaître le virus. Cette disposition radicale permet juste de mettre le coronavirus en mode PAUSE dès lors que les citoyens circulent moins que d’habitude. Une fois ces derniers de nouveau libres de leurs mouvements, le virus se retrouve naturellement relancé avec une dissémination très forte ici et là.

C’est ce scénario qui a été vécu par le Maroc après savoir été soumis à un confinement général  mais bien orchestré d’environ 3 mois. Une mesure prophylactique qui a permis de ralentir la progression du virus qu’un déconfinement bâclé et désordonné, sans plan aux contours clairs, a fait prospérer dans un rebond spectaculaire qui a pris naissance dans les milieux industriels et professionnels pour se propager ensuite au sein des familles. Ce n’est pas dans le petit commerce de proximité, les salles de sport, les hammams ou les restaurants que les clusters sont apparus. Cette réalité incontestable met directement en cause la fiabilité du protocole sanitaire mis en place dans les entreprises et interroge l’efficience du contrôle de la commission tripartite (Santé, Commerce et Industrie et Intérieur). La non-interdiction solennelle de la fête du Sacrifice et le discours gouvernemental confus qui l’a accompagné  ont aggravé la situation dans la mesure où cette célébration a favorisé une circulation du virus à grande échelle du fait du déplacement de la population dans les différentes régions du pays.

Si les autorités ont l’intention de soumettre Casablanca à un reconfinement c’est principalement pour éviter la surcharge du système de santé local et limiter le nombre de victimes. Or, confiner de nouveau la métropole, cœur battant de l’économie nationale, se traduirait inéluctablement par une facture encore plus salée pour les entreprises qui ne se sont pas encore remises du premier enfermement et de ses conséquences désastreuses sur leur activité et les indicateurs économiques du pays. Ce serait alors le coût de grâce pour le tissu productif national, composé à plus 90% de PME, concentré principalement à Casablanca.

Sachant que le taux de létalité reste très faible (1,8%) comparativement à la moyenne mondiale malgré l’accélération du rythme des contaminations, la meilleure et unique solution n’est autre qu’une gestion efficiente du Covid-19 sur le terrain en utilisant à bon escient les ressources du Fonds de lutte contre l’épidémie. Une telle stratégie exige l’isolement obligatoire des personnes âgées et souffrant de maladies chroniques, de telle sorte de les protéger de l’infection et éventuellement des complications pouvant être fatales. Cette approche concrète est de nature à réduire fortement la pression sur les services de soins intensifs où sont hospitalisés principalement les individus à la santé fragile.

Les seniors et les sujets vulnérables ainsi protégés, le reste des citoyens qui sont bien portants ont la possibilité en cas de contamination d’être soignés en isolement à domicile comme c’est le cas depuis plusieurs semaines. Ce qui milite pour cette option c’est le taux des rémissions qui reste très important, dépassant parfois celui des contaminations journalières. Lundi 21 septembre, le Maroc a enregistré en effet un nombre de rémissions jamais atteint, 3426 guéris contre 1376 contaminés.

Autrement dit, l’input et l’output fonctionnent bien ; en ce sens que les nouveaux contaminés ne viennent pas grossir les rangs des anciens. Cette fluidité donne un taux de guérison qui avoisine les 80%.  Autre indicateur rassurant, le nombre de morts relativement faible, moins de 2.000 depuis l’apparition de l’épidémie en mars et celui des cas critiques en soins intensifs qui sont moins de 300.  

Ces  données signifient que le Maroc sait soigner le Covid-19 mieux que beaucoup de pays et que les responsables doivent juste faire preuve de sérénité face à une crise sanitaire qui leur fait prendre des décisions souvent hâtives et irréfléchies. Continuer à serrer la vis des restrictions à la moindre poussée du Covid dans telle ou telle zone n’est pas la bonne méthode. Elle est ravageuse économiquement et dangereuse pour la cohésion sociale ! Moralité : Il faut permettre aux gens qui attrapent le virus de se soigner et plus ils sont nombreux à le contracter et plus le taux d’immunité collective, actuellement dramatiquement bas (autour de 0,7%), devient important. En d’autres termes, le meilleur moyen de juguler le virus c’est de le choper. Paradoxal, non ?  

Moralité : à défaut de pouvoir tuer le virus que seul un vaccin peut réellement combattre, il faut laisser vivre et respirer l’activité économique.

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