CANETON FOUINEUR

Moulay Hafid Elalamy au centre d’un nouveau scandale

Coup de force, masques et mensonges
La rédaction
2/7/2020 10:38
Moulay Hafid Elalamy.

Tous les ingrédients d’un méga-scandale sont réunis : un arrêté adopté en violation de la Constitution,...

Tous les ingrédients d’un méga-scandale sont réunis : un arrêté adopté en violation de la Constitution, un marché bloqué alors qu’il est tout ce qu’il y a de légal, un ministre qui empiète sur les prérogatives de son collègue et un importateur national aux abois menacé de faillite. Enquête sur une histoire invraisemblable.

Plusieurs millions de masques chirurgicaux sont en train de pourrir, depuis quelques mois, dans les hangars de l’aéroport Mohammed V à Casablanca et celui de Shanghai en Chine. La cause? Moulay Hafid Elalamy. Encore lui ! Ce dernier a brutalement adopté un arrêté ministériel n°1345-20 qu’il a fait publier au BO du 4 juin 2020, soumettant l’importation des masques à l’obtention préalable à une licence d’importation. Louable initiative qui peut traduire, de prime abord, le souci de son auteur de privilégier le made in Morocco. Sauf que ce texte est tout ce qu’il y a d’illégal puisque sa promulgation est intervenue le 21 mai 2020 alors que la passation de ce marché d’importation des masques, qui a connu en plus un début d’exécution, a eu lieu le 17 mars 2020 ! Mais Moulahom Hafid s’est quand même autorisé, au mépris de la loi, d’appliquer la rétroactivité sur une transaction antérieure à son arrêté. Or, c’est connu, puisqu’il s’agit d’un principe universel, une loi, quelle qu’elle soit, ne dispose que pour l’avenir et nul ni aucun acte ne saurait être soumis et encore moins jugé au nom d’une loi édictée postérieurement. Dans son article 6, la constitution du royaume stipule  clairement d’ailleurs que « La loi ne peut avoir d’effet rétroactif ». Mais Moulahom, lui, s’en fout comme de ses premières chaussures Berluti. Pour arriver à ses fins souvent peu claires, personne,  ni même la loi, ne peut se dresser sur son chemin! Il peut tout. Ose tout. Y compris piétiner  les dispositions de Loi suprême du Royaume! Tout à son arrogance qui commence à agacer plus d’un, l’ex-patron de Saham Assurance ne s’est nullement gêné pour s’asseoir sur le droit pour imposer le sien. Le non-droit. L’arbitraire.

Urgence sanitaire

Les victimes de son coup de force- trois importateurs locaux du secteur médical-,  ont beau lui adresser des lettres  lui demandant de leur délivrer des licences d’importation pour déconfiner leurs cargaisons, il  ne prend même pas la peine de répondre. Ils ont eu beau protester  par écrit en dénonçant  ce qui ressemble à un oukase, le ministre businessman n’en a cure, décidé à les mettre à genoux. Financièrement. Pour l’on ne sait quelle raison inavouée.

Imbu de sa petite personne, n’écoutant que la voix  de la déraison, le ministre du Commerce, de l’Industrie et d’un tas d’autres secteurs semble en avoir fait une affaire personnelle, jurant ses grands dieux en petit comité  que les masques importés pourriront de leur beau pourrissement… Plus grave encore, dans son déni flagrant du droit, Moulahom Hafid, qui profite aussi de son statut de membre du Comité de veille économique (CVE), marche avec condescendance sur les plates-bandes du ministre de la Santé Khalid Aït Taleb. C’est clair, l’homme d’affaires prend le professeur de médecine  de haut  sans aucune considération pour le collègue qu’il est, le mettant en plus en porte-à-faux avec  les adjudicataires du marché en question portant sur  la livraison de 20 millions de masques. Pourtant, ces appareils de protection ne sont pas des produits de luxe…Bien au contraire. Le pays en a un besoin vital, urgent pour protéger le personnel soignant qui se trouve en première ligne contre le Covid-19 dans les hôpitaux publics. Il fallait trouver la marchandise et vite. La diligence en temps de crise comme celle-là devient une qualité précieuse. Voire inestimable. Pas de temps à perdre dans le lancement d’appels d’offres suspendus d’ailleurs pour cause d’urgence sanitaire. Place aux marchés gré-à-gré que seuls les plus débrouillards, bien connectés au marché international du matériel médical, ont la chance de remporter.

Un contrat sera signé dans le cadre de la procédure d’urgence le 17 mars 2020 - soit trois jours avant l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire - entre le ministère de la Santé et Somepharm, une  PME  opérant depuis 1995 dans le secteur de la parapharmacie,  qui s’est engagée sur la livraison de la commande en faisant intervenir deux autres sous-traitants locaux pour l’aider à  exécuter le  marché n°28/2020/DA/CS. À cette période, il y avait sur le marché mondial, tout le monde s’en souvient encore, une tension très forte  sur les masques de protection chirurgicaux que la Chine était la seule capable à approvisionner. La demande des États, aux prises avec un virus qui était à son pic, dépassait tellement l’offre que des cargaisons ont été détournées sans vergogne. Frappés de plein fouet par le Covid-19, les Etats-Unis ne rachetaient-ils pas cash trois ou quatre fois plus cher des stocks destinées à d’autres pays sur le tarmac même des aéroports chinois? Fini la solidarité internationale, place au gangstérisme mondialisé ! C’est dans ce contexte très tendu marqué par la pénurie que le gouvernement Al Othmani s’est mobilisé pour se procurer dans les meilleurs délais le produit du moment le plus prisé et le moins disponible à l’échelle planétaire.

Au prix d’une gymnastique complexe imposée par les difficultés de trouver des avions pour acheminer la cargaison jusqu’au Maroc, les importateurs marocains parviendront à dénicher la denrée rare et  honorer leur contrat. Mais seuls 4.1000 masques seront  réceptionnés, à ce jour,  par le client. Entre-temps, la fameuse circulaire illégale de Moulay Hafid Elalamy, qui ressemble à un coup de Jarnac, s’invite dans le processus de livraison en lui imposant un frein d’arrêt brutal.

Résultat : 8.400.000 masques sur 20 millions sont toujours  en attente de dédouanement à l’aéroport de Casablanca MohammedV et le reliquat, soit 7.500.000 exemplaires, sont stockés dans les entrepôts de l’aéroport de Shanghai en Chine en attendant l’arrivée d’un vol spécial affrété par les trois entreprises marocaines. En jeu, la bagatelle de plus 80 millions de DH payés jusqu’au dernier centime au fournisseur chinois. Plus le déconfnement de la marchandise s’enlise, plus le compteur des surcoûts (frais de magasinage notamment) tourne et risque d’exploser. Le retard ainsi cumulé plus que de raison risque de bouffer la marge bénéficiaire du deal, tout en mettant les bénéficiaires du marché dans une situation embarrassante vis-à-vis du ministère de la Santé qui a d’ailleurs dénoncé le retard de livraison du reste de la commande. « Si une solution n’était pas trouvée en notre faveur dans les prochains jours, nous risquons tout simplement la faillite », déclare-t-on dans l’entourage de la société Somepharm. Mais pourquoi, diantre, tout ce pataquès autour d’un marché tout ce qu’il y a de légal bloqué injustement par Moulay Hafid? En toile de fond des manœuvres  de celui-ci, il y a les fameux masques grand public de fabrication locale à 0, 80 DH pièce.

Souvenez-vous, le ministre businessman s’est agité en plein confinement général pour se faire passer devant des médias acquis  pour celui qui a contribué à l’émergence d’une industrie nationale de fabrication des masques et qu’il défend, sabre au clair, contre les masques confectionnés à l’étranger. Défendre le «produire local» tout en poussant au passage à la faillite trois entreprises marocaines? Ça, c’est du grand patriotisme économique ! En fait, on a du mal à saisir le raisonnement de Moulahom et ce que masque son arrêté scandaleux… Elalamy le ministre cherche-t-il, sous couvert de protéger la production nationale, à aider à Elalamy l’homme d’affaires, connu pour son sens développé de l’opportunisme économique,  à mettre un pied dans le secteur des masques chirurgicaux ? Ce nouveau filon doit en effet aiguiser bien des appétits…

Dans ce conteste, une question se pose d’elle-même : Pourquoi le ministère de la Santé a-t-il lancé le marché des masques en question si le Maroc produit désormais les masques de protection à tire-larigot ? Le ministre de tutelle Khalid Aït Taleb serait-il moins enclin à défendre «le made in Morocco» que  le fringant Moulahom Hafid ?

textiliens « Mais de quels masques s’agit-il ? s’interroge, faussement naïf, un professionnel du paramédical. En fait, les masques fabriqués par quelques Marocains sont des bavettes en tissu non tissé ou en tissu lavable à usage unique et non médical ayant obtenu la certification Imanor (Institut marocain de normalisation) ».

Piètre qualité

D’ailleurs, ces fichus dits alternatifs que Moulay Hafid ne porte pas, leur préférant les masques chirurgicaux(!), doivent, et c’est écrit dans les notices, être changés toutes les  quatre heures.

Sans oublier qu’ils sont, de l’avis de ses utilisateurs, de piètre qualité (les élastiques se décollent facilement), sentent mauvais quelques minutes après les avoir portés, et produisent un effet asphyxiant surtout par les temps de chaleur actuelle.

Bonjour la qualité ! Rien à voir avec les masques chirurgicaux  commandés par le ministère de la Santé qui sont, eux, certifiés conformément à la norme EN 14683.

C’est de ces dispositifs, actuellement en rupture de stock dans de nombreux hôpitaux, que le personnel de santé a besoin pour se protéger efficacement contre la contagion au Covid-19 pendant leur contact direct avec les malades. Et non pas des  bavettes produites  par Soft Group (une entreprise de textile, située à Casablanca, appartenant à Zhor Kabbaj) qui sont juste bons, comme le peuple a ironisé dessus, pour  passer les barrages policiers et éviter d’écoper d’une amende.

Au fond,  les gesticulations médiatiques de Moulay Hafid autour des masques maison ont servi  son égo hypertrophié, l’intéressé n’hésitant pas à plier la réalité à son seul service en masquant une certaine vérité qu’il ne connaît que trop bien. À savoir que le Maroc produit, et ce bien avant l’arrivée du Covid-19, des masques chirurgicaux, réellement protecteurs, dotés d’un filtre baptisé le meltblown. La production nationale s’appuie sur deux unités industrielles, l’une rattachée à la Gendarmerie royale qui approvisionne les hôpitaux militaires alors que l’autre, une société privée du nom de Pharcomedic, alimente les structures de soins civiles, à hauteur environ d’un million d’unités par mois. Seul hic,  les  quantités fabriquées sont insuffisantes, ne permettant pas de couvrir les besoins nationaux en masques certifiés, estimés à près de 3 millions. Question de capacité industrielle et d’investissements. C’est pour compenser justement ce déficit que le ministère de la Santé a recouru à l’importation. Or, tout à ses contorsions,  Moulay Hafid a tenté, derrière son écran de fumée, de faire croire à l’opinion publique que  le masque de protection made in Morocco, alors qu’il s’agit juste d’un bout de tissu pas sorcier à fabriquer, est né avec le Covid-19 et ce grâce à son esprit d’entreprise et son patriotisme économique. Voire…La ficelle est grosse. Une fable de plus signée par Moulahom Hafid. Cousue de fil blanc.

Le meltblown, matériau précieux

Le meltblown est un matériau textile non tissé au cœur du filtre des masques chirurgicaux et FFP2. Dans les premiers, on trouve une couche de meltblown entourée de deux couches d’un autre textile baptisé le spunbond, aux fibres beaucoup plus grosses et servant de matériau support. Les seconds, quant à eux,  sont généralement dotés de trois couches de meltblown, également entourées par du spunbond. Matériau précieux, le meltblown est utilisé pour les filtres des masques sanitaires mais aussi pour les couches pour bébés, les vêtements de protection jetable ou encore les blouses.

Difficile de trouver en ce moment cette matière première sur le marché international. Réagissant très tôt alors que l’épidémie était à ses débuts,  les Chinois et les Turcs ont  réussi à mettre la main sur les stocks de cette matière première. Ce qui leur a permis d'être les seuls à fabriquer en plein pic du Covid-19 les masques de protection certifiés.

Un ministre qui ne manque pas d'air...

Le ministre de la Santé a beau expliquer à son collègue du Commerce et de l’Industrie qu’il tient à son marché dont l’intangibilité ne souffre aucune ambiguïté, il l’envoie sur les roses en ne délivrant pas, comme il le lui a promis, les licences d’importation réclamées par l’entreprise adjudicataire du marché des masques. Dans un courrier daté du 24 juin 2020 qu’il a adressé à Khalid Aït Taleb, l’importateur principal fait état de son amertume en mentionnant ce qui ressemble à un acte de mépris : Moulay Hafid Elalamy n’a pas dépêché, comme prévu, son représentant à la commission ad hoc tenue le 19 juin pour trouver une solution de sortie de crise dont il est le seul responsable alors que l’administration de la Douane, le ministère de la Santé et l’importateur ont tous dépêché leurs délégués. Pourquoi persister à bloquer au nom d’un texte illégal des masques dont le pays a grandement besoin ? Derrière cette histoire invraisemblable se profile un bras de fer engagé par Moulay Hafid avec Khalid Aït Taleb. Motif : le refus de ce dernier de certifier ses bavettes à 0,80 DH et son respirateur artificiel. Les deux produits, fabriqués localement, ayant été jugés non conformes aux normes sanitaires requises ! Voilà qui apporte un démenti cinglant et sans équivoque aux fanfaronnades du ministre du Commerce et de l’Industrie que le Maroc  fabrique ces deux appareils alors qu’ils ne sont pas dotés de technologies nécessaires. Vite un vaccin contre la fumisterie !

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