CANETON FOUINEUR

Accord de libre-échange Maroc-Égypte

Moulay Hafid n’est pas d’accord…
Ahmed Zoubaïr
1/7/2021 1:06
Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce vient de déclarer la guerre à l’Égypte sur l’accord de libre-échange,...

Le ministre de l’Industrie et du Commerce vient de déclarer la guerre à l’Égypte sur l’accord de libre-échange, qu’elle a signé avec le Maroc. Un accord inéquitable qui a besoin d’être renégocié puisqu’il profite très largement aux exportateurs du pays des Pharaons.

Après avoir poussé la Turquie à accepter en 2020 la révision l’accord de libre-échange (ALE), signé avec le Maroc en mars 2004 et qui a le défaut d’être préjudiciable aux intérêts commerciaux de Rabat (le déficit est estimé à 1,2 milliard de dollars), Moulay Hafid Elalamy vient d’ouvrir un nouveau front avec l’Égypte sur le même dossier. Signé le 27 mai 1998 et entré en vigueur le 29 avril 1999 (dans le cadre des accords d’Agadir englobant aussi la Tunisie et la Jordanie), l’ALE avec le Caire qui a généré en 2017 un déficit commercial de 3,3 milliards de DH pour le Maroc, est suspendu depuis quelques semaines à l’initiative de la partie marocaine. En cause, une série de manœuvres ressemblant à des barrières non tarifaires utilisées par les responsables égyptiens pour bloquer l’entrée des produits marocains sur le marché égyptien. Les produits malmenés sont essentiellement les voitures fabriquées dans l’usine de Renault de Tanger sous prétexte que le taux d’intégration est en dessous du taux de 40 % alors qu’il dépasse les 50%, selon le ministère marocain du commerce et de l’Industrie. Face à cette situation pour le moins étonnante, les autorités marocaines se voient à chaque fois dans l’obligation d’intervenir auprès de leurs consœurs égyptiennes pour faire libérer les exportations marocaines qui restent parfois bloquées pendant trois mois dans les ports.

Message

Exaspéré par les manœuvres égyptiennes, Moulay Hafid Elalamy a décidé de frapper du poing sur la table et de crever l’abcès publiquement lors d’une réunion tenue   vendredi 25 juin avec la Commission des secteurs productifs à la première Chambre. A cette occasion, le ministre Elalamy a levé un coin de voile sur cette affaire qui « nous coûte 6 milliards de dirhams par an ». « Si les voitures que nous produisons sortent de l’usine de Somaca [Casablanca], elles passent curieusement la douane (égyptienne), mais si elles sont montées dans les usines de Renault [Tanger], la cargaison est bloquée », explique-t-il. Et de marteler sur un ton martial : « Il n’y a aucune raison pour que les produits marocains restent bloqués dans les ports pendant trois mois et que les exportations égyptiennes entrent [au Maroc] en un jour. S’ils [nous] bloquent trois mois, nous [les] bloquerons trois mois aussi. Si l’Égypte bloque l’entrée de nos voitures, nous bloquerons leurs produits ». C’est le même message que le ministre marocain a transmis à son homologue égyptienne lors d’une rencontre à Rabat le mercredi 23 juin en l’informant qu’il est à l’origine du blocage des marchandises égyptiennes. A la guerre comme à la guerre. A en croire Moulay Hafid Elalamy, les exportateurs égyptiens se livrent même à de la fraude en faisant falsifier les certificats d’origine de certains produits expédiés vers le Maroc. Résultat d’un échantillonnage ordonné par les services des ministres sur cinq containers expédiés par l’Égypte en direction du Maroc, deux sont bourrés de produits fabriqués en fait en Chine! Dans ces conditions, l’on comprend aisément pourquoi la balance commerciale est largement favorable aux Égyptiens. Ils fourguent au Maroc des articles présentés comme made in Egypt alors qu’ils ont fabriqués ailleurs. Ce qui pose plus qu’un problème de traçabilité mais soulève une question de confiance dans le commerce entre les deux pays. Les griefs sont assez sérieux pour réclamer une mise à plat de l’ensemble de l’ALE avec l’Égypte. Une commission bilatérale se réunira dans ce sens.  

Ce n’est pas seulement les ALE signés avec la Turquie ou l’Égypte qui sont problématiques, se traduisant dans les faits non seulement à une saignée permanente en devises mais aussi à des pertes massives d’emploi et de fragilisation de certains secteurs d’activités locales. Le Maroc qui a signé des ALE de ce type avec 56 pays dont les États-Unis, l’UE, la Jordanie, la Tunisie et d’autres pays arabes est perdant sur toute la ligne. En important de ces pays plus qu’il n’exporte, il ne fait que subventionner les économies de ces derniers.  Drôle de partenariats en effet ! Cette hémorragie en devises, destructrice d’emplois, est aggravée par les importations massives de Chine et d’autres pays européens ainsi par la fuite des capitaux et le transfert à l’étranger des dividendes réalisés par les entreprises étrangères implantées dans le Royaume. Finalement, le peu de richesse créée localement par le secteur organisé ne profite guère à l’économie nationale puisqu’il quitte le Maroc. Pour limiter les dégâts qui sont déjà énormes à cause d’une mondialisation que le Maroc en fait que subir jusqu’à la moelle, le gouvernement actuel est appelé à renégocier l’application de l’ensemble de ces accords qui ont transformé le Maroc en simple débouché pour la production des autres. À partir de là, les responsables doivent se poser cette question incontournable ? Quel Maroc voulons-nous ? Un Maroc d’industriels compétitifs  capable de conquérir les marchés extérieurs avec tout ce que cela suppose comme mesures incitatives  accordées à l’industrie ou un Maroc d’agents importateurs qui se contente, résigné, à consommer les produits des autres ?

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