Les Marocains dépensent moins que d’habitude, état d’urgence sanitaire oblige. Fini les sorties au restaurant et les week-ends détente ...

Les Marocains dépensent moins que d’habitude, état d’urgence sanitaire oblige. Fini les sorties au restaurant et les week-ends détente ainsi que la satisfaction des besoins de haute futilité. Le principal poste de dépense, pour les riches comme les pauvres, est devenu alimentaire.


Avec le confinement général mondialisé, tout se passe chez soi. L’essentiel de l’activité humaine se déroule entre quatre murs. Le Maroc ne déroge pas à la règle. Du coup, les sorties à l’extérieur pour manger  au restaurant, boire un café entre copains, prendre un verre au bar, se rendre chez le coiffeur ou au SPA, aller dans une boutique pour s’acheter des fringues, s’offrir un week-end détente à Marrakech ou à Agadir...Toutes ces activités sont désormais impossibles. Frappées d’interdit. Résultat : les dépenses générées par notre mode de consommation habituel, parfois superflues et fantaisistes, ont baissé de manière  drastique, voire radicale.  Une enquête du HCP de Ahmed Lahlimi serait la bienvenue pour révéler les chiffres de cette austérité contrainte. Pauvres riches !  Les ménages particulièrement aisés qui doivent ressentir aujourd’hui une grosse frustration font des économies forcées considérables. Du pouvoir d’achat anesthésié par le virus, ils en ont à revendre. Cette chute libre d’activité transparaît clairement dans les transactions du Centre monétique interbancaire (CMI) qui selon une source interne ont dévissé de près de 60% depuis le début du confinement le 15 mars, au titre des achats au Maroc et en ligne pour les opérations e-commerce. La même dégringolade a frappé dans des proportions plus importantes encore le business du CMI à l’international avec la panne des cartes étrangères.    

Le confinement fait quelque part du bien au porte-monnaie des Marocains, réservé presque exclusivement à l’achat de la nourriture, le poste de dépense principal est devenu alimentaire. Fini les sorties au restaurant  et les séjours en hôtels. Fini aussi les livraisons à domicile le week-end. Adieu sandwichs, pâtes, sushis et pizzas.  Bonjour la bouffe maison. Pas d’autre choix que de cuisiner chez soi matin, midi et soir. Quelle révolution ! L’occasion de redécouvrir en famille les recettes traditionnelles, reléguées depuis longtemps au rang de menus touristiques, dont se délectent les palais des touristes étrangers : l’incontournable tagine, le kebab maghdour, pastilla aux fruits de mer, le poulet aux olives et autres salades variées dont le fameux zaalouk à base d’aubergine. Manger devient le seul plaisir quand les autres délices de la vie d’avant le covid-19 étaient nombreuses et aisément accessibles. Y’en a que l’enfermement et l’ennui qu’il génère pousse à s’empiffrer, grignoter, allongés sur le canapés… Réputée pour sa richesse remarquable et ses saveurs uniques, la cuisine marocaine pèse lourd dans la carte de la gastronomie internationale. Mais gare au surpoids pour ceux qui sont fâchés avec les activités physiques. Le confinement général, farci à la grande bouffe domestique, fait évidemment le bonheur des vendeurs de toutes sortes de victuailles. À commencer par les enseignes de la grande distribution, les Marjane, Carrefour et autres BIM, qui ne désemplissent pas. A vue d’œil, le panier moyen dans ces supermarchés, tout comme dans le commerce de proximité, a bondi de manière spectaculaire. Cette dynamique acheteuse profite également aux vendeurs des fruits et légumes, aux boucheries et boulangeries dont les affaires marchent beaucoup mieux que d’habitude.

Records

«Avant le confinement, j’avais du mal à écouler ma  marchandise du jour en une seule journée», explique un vendeur de fruits et légumes installé  dans le quartier du Maarif à Casablanca. « Maintenant que les gens sont enfermés chez eux, j’ai dû doubler mes commandes en produits pour faire face aux achats des clients dont l’afflux a augmenté de manière significative ». Même son  de cloche chez un boucher du marché du quartier populaire de Derb Ghallef. « Désormais, les clients n’achètent plus les viandes rouges et blanches par 1 ou 2 kg comme auparavant », indique-t-il, la mine réjouie. Les achats sont effectués par parquets de 4 et 5 kg  pour la viandes et ses dérives comme la viande hachée, les saucisses ou les brochettes…». Les poissonniers sont tout aussi sollicités, la demande en produits de la mer ayant grimpé à son tour. « Bon nombre de clients m’appellent pour me passer commande de grosses quantités de poissons là où ils s’approvisionnaient en temps normal pour leur consommation du jour », déclare un vendeur du quartier CIL. A la faveur du confinement, le volume des différentes victuailles, pour cause de fermeture des restaurants et autres garrottes, a été multiplié par deux ou même trois chez les familles marocaines. Et puis, les gens, pour éviter de sortir chaque jour au risque de choper le Covid-19,  se constituent des stocks pour la semaine, voire deux et plus. Un luxe que les citoyens de condition modeste ne peuvent pas s’offrir, obligés de quitter régulièrement leurs «cages à poule» exiguës et irrespirables pour s’acheter ce dont ils ont besoin. Les ventes dans l’alimentaire explosent, battant tous les records, profitant naturellement d’un report assez massif des adeptes du « manger dehors » vers les produits de première nécessité et de grande consommation, un report plus ou moins égal au manque à gagner occasionné par le coronavirus pour le CHR (cafés, hôtels, restaurants). Les étals des marchés et les rayons des supermarchés, bien achalandés mieux qu’en temps normal à la grande satisfaction du consommateur qui craignait une pénurie alimentaire, ont également bénéficié d’un report de l’activité de cette filière connue pour être grosse consommatrice de toutes sortes de denrées alimentaires. Les frais de bouche atteignent des sommets pour des Marocains devenus casaniers malgré eux. Jamais se sustenter n’a fait autant recette.

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