Après avoir analysé à grands traits, dans des articles précédents, les pistes de sortie de la crise économique,...

Après avoir analysé à grands traits, dans des articles précédents, les pistes de sortie de la crise économique, née de la crise sanitaire, et proposé des clefs pour la relance économique, nous voudrions,  dans cette chronique,   nous interroger sur la place du Maroc sur l’arène internationale et son positionnement sur le marché mondial en tenant compte des nouveaux rapports de force qui se profilent à l’horizon.

En effet, il est communément admis que le monde de l’après sera différent de celui de l’avant. La mondialisation qui a été sérieusement ébranlée  par la secousse sanitaire et ses conséquences économiques et géopolitiques subirait forcément des aménagements dont les contours ne tarderont pas à se préciser dans les mois qui viennent.  La crise que nous vivons intensément est inédite. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on assiste à un arrêt quasi-total de l’activité économique, à un confinement de plus de moitié des habitants du globe et à un ralentissement sans précédent de la   circulation des marchandises, mettant ainsi la planète en « mode de veille». Pour la première fois, les espèces animales jouissent de plus de liberté que les espèces humaines ! Face à une telle situation, énigmatique pour certains et complexe pour d’autres, chacun y va de sa propre investigation pour imaginer le monde de demain. Ce qui a fait dire à Edgar Morin  que « l’après-épidémie sera une aventure incertaine où se développeront les forces du pire et celles du meilleur, ces dernières étant encore faibles et dispersées. Sachons enfin que le pire n’est pas sûr, que l’improbable peut advenir, et que, dans le titanesque et inextinguible combat entre les ennemis inséparables que sont Éros et Thanatos, il est sain et tonique de prendre le parti d’Éros ». (Le Monde 19-20 avril 2020). En somme,  c’est un combat entre l’amour (Éros)   et la mort (Thanatos).

Il faut reconnaitre que ce combat qui  a commencé depuis des années avec des trêves périodiques, va à coup sûr s’aiguiser à l’avenir. Il opposera ceux qui privilégient la mort  pour protéger les profits et ceux qui s’attachent à la vie coûte que coûte. D’ores et déjà, le capitalisme financier international et les sociétés multinationales se mettent en ordre de bataille pour défendre bec et ongle les bienfaits de la mondialisation  en instrumentalisant  des centres de recherche,  des  think-tank et une partie de la presse aux ordres.

Il s’agit pour le grand capital  transfrontalier de continuer «après» exactement comme «avant» et considérer cette crise comme un simple accident de parcours. Va-t-il imposer de nouveau son diktat aux différents gouvernements ? Nous ne le pensons pas.


Décadence


Par contre, la voie qui nous semble  plausible  est celle qui s’inscrit dans le cours de l’Histoire et des aspirations de l’humanité. Celle qui privilégie la vie et la dignité humaine sur toute autre considération. Celle qui a prévalu au cours de cette période de crise sanitaire et qui a éveillé les consciences de toutes parts. Celle qui nous mène  droit vers une « mondialisation à visage humain », rompant avec  celle qui nous a été imposée par le capitalisme néo-libéral  et la finance internationale.

Cette mondialisation alternative, construite par et pour les  peuples désireux de vivre en communion, est seule à même de bâtir  un monde solidaire et harmonieux. Personne n’a intérêt à se replier sur son propre jardin en tournant le dos  aux autres, ça serait une grande décadence de la civilisation humaine. Nous ressentons tous le besoin de nous déplacer, d’échanger non seulement des biens marchands, mais des cultures et des expériences, de nous enrichir mutuellement de tout ce qui est beau dans la vie, de partager nos heurs et malheurs.

La mondialisation dont on a besoin est une mondialisation qui apporte des solutions globales aux problèmes globaux  que nous connaissons tels que le réchauffement climatique, les conflits armés, le problème de la faim  et de mal nutrition,  les migrations forcées et volontaires, le terrorisme …

Toutes ces problématiques exigent une nouvelle gouvernance mondiale qui soit différente de celle héritée de la deuxième guerre mondiale. Des ruptures doivent absolument s’opérer dans tous les organismes internationaux et régionaux pour assurer un nouvel équilibre mondial. À commencer par le système des Nations Unies (ONU et organismes subsidiaires, Conseil de Sécurité), le système de Bretton Woods (BM, FMI, OMC). Ces organismes  ne sont plus opérationnels et ne répondent pas aux attentes des gouvernements et des peuples.

Notre pays, comme il l’a toujours fait, se doit d’être à l’avant-garde de ce mouvement. C’est le moment  de se repositionner sur l’arène internationale  pour militer en faveur d’un nouvel ordre international qui épargnerait à l’humanité les  dangers et les   souffrances qui la menacent.  En lançant l’initiative  africaine en vue d’un traitement collectif de la pandémie covid-19, SM Le Roi a montré la voie à suivre. Celle de dépasser des approches égoïstes et des solutions strictement  nationales  face à un virus qui est d’essence mobile et qui ne connait ni frontières, ni race, ni origine sociale. Une telle approche, empreinte d’humanisme et de solidarité doit servir d’exemple pour traiter les autres problématiques. C’est cette communauté de destin qui nous amènera, à changer notre mode de pensée et notre manière d’agir.        

Bien sûr,   « la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes» comme l’écrivait dans un autre contexte J. M Keynes.


* Economiste, ancien ministre de l'Emploi et des affaires sociales.

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