Les établissements d’enseignement français au Maroc sont en butte aux critiques des associations des parents d’élèves qui réclament ...

Les établissements d’enseignement français au Maroc sont en butte aux critiques des associations des parents d’élèves qui réclament, arguments à l’appui, une réduction de 50% des frais de scolarité pour le 3ème trimestre. Pour le moment, les responsables, qui tiennent à l’addition initiale, ont du mal à assimiler la table de soustraction…

Le coronavirus a bousculé l’humanité dans toutes ses composantes, qu’il a mis sens dessus dessous.  Toutes les activités ont été impactées de plein fouet. Sauf une seule, celle des écoles privées officiant au Maroc ! Symbole de cette résistance admirable, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) ; pas déstabilisée pour un sou, décidée à rester droit dans ses bottes face aux revendications des usagers.

Pas question pour les établissements chapeautés par  ce réseau de changer quoi que ce soit à leurs habitudes, surtout celles qui touchent au tiroir-caisse. En effet, les responsables ont opposé pour le moment une fin de non-recevoir aux doléances des associations des parents d’élèves, à la lumière des conséquences du Covid-19 sur  le processus d’apprentissage de leur progéniture mais aussi sur leur situation financière en tant que chefs de famille. Dans un courrier en date du 11 avril, ces associations indiquent avoir  plaidé auprès de « l’AEFE et les personnalités en charge» de ce dossier pour une « remise sur les frais de scolarité du 3ème trimestre ». Cette réduction, ajoutent les signataires de la lettre, doit être à la mesure des frais économisés jugés «non négligeables» sur les postes anesthésiés par le Covid-19 depuis la fermeture des écoles. Les mêmes réclament le remboursement d’un certain nombre de frais payés par anticipation comme ceux  de la cantine, les avances sur les voyages scolaires et autres dépenses liées aux activités parascolaires. Cela fait de belles sommes à restituer aux parents. Pourquoi en effet payer, comme l’exigent les directions des écoles, la totalité des frais du 3ème trimestre alors que les paramètres éducatifs ont été profondément bouleversés, l’apprentissage conventionnel  et de proximité ayant été remplacé par des cours à distance dont l’efficacité reste en plus très problématique ?  Dans une pétition lancée en ligne, les parents concernés acceptent de faire un sacrifice : partager la poire en deux. Ne payer que 50% des frais de scolarité pour  le dernier trimestre de l’année en cours. Les signataires mettent en avant un certain nombre d’arguments de bon sens. Parmi ceux-ci figure la faiblesse de l’implication des enseignants sur les plateformes digitalisées.

Nouvelle donne

Ce qui pousse les parents à  jouer à leur corps défendant les profs de substitution  à la maison, un métier pour lequel ils ne sont pas formés. Ce qui est une grosse contrainte surtout pour les papas et mamans qui doivent en même temps se coltiner les joies du télétravail. Imaginez un peu l’ambiance domestique pendant que les vrais enseignants sont assis tranquillement derrière leur écran d’ordinateur ! À une réalité complexe à gérer répond en effet une virtualité peu engageante. Sans oublier le surcoût que cette situation fait supporter aux parents en termes de moyens logistiques (ordinateurs, impression et connexion internet). Toute peine mérite salaire, dit le dicton. Mais qui va payer les parents pour leurs sacrifices exceptionnels dans un contexte dont personne en voit le bout du tunnel? Logiquement,  le salaire versé habituellement aux enseignants doit être partagé avec les parents. Dès le 31 mars, les associations des parents d’élèves ont adressé un long courriel à l’ambassadrice de France au Maroc Hélène Le Gal pour la sensibiliser aux problèmes pénalisants engendrés par la nouvelle donne pour les familles. « Le réseau AEFE se doit de montrer sa dimension mondiale, par une solidarité envers les familles avec qui il œuvre, dans une volonté de sauvegarde, de partage et d’équité », plaident-ils. Dans leur cri du cœur, les auteurs réclament aussi la mise en place de mesures à court et à moyen terme. Au rang de ces derniers figure un moratoire sur les programmes d’investissement non-essentiels et non encore mis en route ainsi que la suppression des hausses des frais de scolarité décidées en mars dernier par l’AEFE pour  la rentrée scolaire 2020-2021. Mais ce n’est pas sûr que les responsables assimilent la table de soustraction...


Très cher français

Dans l’article 1 du Code de l’éducation, portant sur les «tarifs en dirhams applicables à compter du 1er septembre 2020», l’AEFE a gratifié d’un beau cadeau les parents dont les enfants sont scolarisés dans  les établissements qu’elle supervise au Maroc.  

Pour les apprenants français, la douloureuse scolaire se présente comme suit :

Maternelle: 36.500 DH contre  34.010 dirhams en 2019/2020 ;

Élémentaire: 32.900 DH contre 30.600 dirhams en 2019/2020 ;

Collège: 36.400 DH contre de 33.890 dirhams en 2019/2020 ;

Lycée : 40.000 DH contre de 37.270 dirhams en 2019/2020.

Fait nouveau, l’AEFE a décidé de mettre sur un pied d’égalité, côté tarifs, les élèves marocains et leurs collègues des autres nationalités:

Maternelle : 46.200 DH au lieu de 43.280 DH pour les Marocains et 54.800 DH pour les étrangers tiers en 2019/2020 ;

Élémentaire: 41.700 DH au lieu de 38.880  DH pour les Marocains et 48.780 DH pour les étrangers tiers en 2019/2020;

Collège : 46.000 DH au lieu de 43.160 DH pour les Marocains et 55.130 DH pour les étrangers tiers en 2019/2020;

Lycée : 51.400 DH au lieu de 48.430 DH pour les Marocains et 62.200 DH pour les étrangers tiers en 2019/2020.

Rien ne justifie a priori ces tarifs exorbitants, sinon la volonté de la France de continuer à faire payer de plus en plus cher l’enseignement de sa langue au Maroc et dans ses anciennes colonies là où elle était supposée faire un effort réel sur les prix pratiqués. Objectif : promouvoir une francophonie en perte de vitesse dans le monde face à la domination d’autres langues principalement l’anglais.  


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