CANETON FOUINEUR

Arrestation d’un député UC impliqué dans diverses affaires d’escroquerie

Sghir Babor arrive à mauvais port
13/1/2022 1:56
Sghir Babor dans de mauvais draps.

Escroqueries aux chèques sans provision, aux crédits bancaires et bien d’autres filouteries savamment montées, Sghir Babor a longtemps...

Escroqueries aux chèques sans provision, aux crédits bancaires et bien d’autres filouteries savamment montées, Sghir Babor a longtemps cru pouvoir échapper à la justice. Naïvement.  

C’est une arrestation intervenue samedi 8 janvier qui fait trembler bien du monde dans le secteur bancaire et certains milieux sensibles. Inventant à chaque fois de faux prétextes pour ne pas répondre aux convocations de la police judiciaire, Sghir Babor a été finalement cravaté.  Il est celui par qui la chute de ses complices peut arriver au cas où il aurait décidé de passer à table et révéler leurs noms et leur rôle dans sa vaste entreprise de filoutage qui a embrassé divers secteurs.

La future tête d’affiche judiciaire est un novice en politique dans laquelle il vient de mettre un pied en décrochant, à l’issue des dernières législatives, un siège de député de Settat sous la bannière de l’UC de Mohamed Sajid alors qu’il n’a jamais milité au sein de ce parti. C’est fabuleux, non ?  Novice en politique mais doué côté magouilles et escroquerie, son principal métier où il a montré un talent indéniable.

Jouant des contradictions du système et de sa porosité, Sghir Babor a mobilisé des moyens colossaux dans l’espoir de décrocher l’immunité parlementaire qui lui permettrait d’échapper à la justice. Comme quoi, l’argent associé aux connivences fait des miracles, et fait accéder à l’hémicycle des profils pour le moins pittoresques. Mais l’ère de l’impunité est révolue pour des personnages de son acabit qui se croient définitivement à l’abri des poursuites judiciaires.

C’est fort de ce sentiment d’impunité et de ses réseaux de complicités qu’il s’est permis de sévir comme ce n’est pas permis. Celui qui se présentait comme un homme d’affaires prospère est en fait un professionnel de l’imposture qui a monté moult artifices pour s’enrichir de manière indue. En plus de son émission de chèques sans provisions aux montants assez colossaux qui lui ont valu des plaintes en série auprès de la justice et déclenché des mandats de recherche à son encontre, il est accusé d’avoir fait plusieurs victimes dans le monde des affaires.

D’abord la Samir qu’il aurait  délesté en tant que distributeur de produits pétroliers et gaziers de quelque 300 millions de DH en fraudant, via une société fictive, la filiale du raffineur en faillite, la Société de distribution de Carburants et Combustibles (SDCC), créé par l’ex-directeur général saoudien Mohamed Baamer. Le nom de Babor a émergé du dossier complexe de la faillite frauduleuse de la Samir mais curieusement il n’a jamais été inquiété, bénéficiant visiblement de protections solides.

Le Babor s’est spécialisé dans la création de sociétés bidon dans divers secteurs qu’il enregistre  au nom de proches et qu’il utilise pour décrocher des prêts se comptant en plusieurs dizaines de millions de DH auprès de plusieurs banques de la place. Les banques tombent dans le panneau en alimentant pendant les premiers jours les comptes bancaires de sommes colossales, pensant que leurs titulaires sont riches et solvables. Seule l’enquête en cours déterminera si l’escroc présumé a bénéficié toutefois de complicités de la part des cadres bancaires chargés du crédit.

Impunité

Le député déchu est dépeint comme un génie du banditisme qui a poussé l’imagination jusqu’à monter une espèce d’entreprise de factoring en relation avec les contentieux judiciaires financièrement intéressants. Contre la promesse de les aider à gagner leurs procès, il déleste les plaignants d’un paiement anticipé en leur faisant miroiter sa maîtrise de l’appareil judiciaire, de ses acteurs et de ses arcanes. Ainsi Babor, un mélange de culot, de bagout et de bonhomie, arrivait-il à rouler ses interlocuteurs qui dans le cambouis qui dans la farine.

Un homme doit également trembler en prenant sa mise hors d'état de nuire: Abdelaziz Rabbah. Figurez-vous que Sghir Babor figure parmi les heureux bénéficiaires des licences de distribution de produits pétroliers et  gaziers qu’il a délivrés à droite et à gauche depuis sa nomination au ministère de l’Énergie et des Mines en 2017 ? L’ex-ministre islamiste qui avait visiblement des fréquentations très intéressantes risque d’être éclaboussé par le scandale Babor.

L’ex-maire de Kenitra, connu pour être très liquide et tactile, pourrait être amené à répondre à une question cruciale : pour   quelle valeur ajoutée et au bénéfice de qui s’est-il employé à inonder le secteur d’enseignes de la distribution des produits pétroliers et gaziers ?

Quant à Sghir Babor, il a tout loisir de méditer sur ce qui l’attend. Après avoir carburé aux micmacs en roulant beaucoup de monde en croyant que tout s’achète y compris l’immunité et l’impunité,  le voilà qui tombe, obligé de répondre de ses actes délictueux. Pensant pouvoir continuer à naviguer continuellement dans les eaux troubles de la friponnerie, Babor a fini par arriver à mauvais port.

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