CANETON FOUINEUR

Mohamed Moubdii interrogé par la BNPJ sur sa gestion passée de la commune urbaine de Fkih Ben Salah

Un ex-ministre dans la tourmente
Jamil Manar
2/12/2020 0:18
Mohamed Moubdii dans de mauvais draps.

Mohamed Moubdii est bien parti pour répondre devant la justice de ses actes jugés délictueux révélés par...

Mohamed Moubdii est bien parti pour répondre devant la justice de ses actes jugés délictueux révélés par des rapports accablants de la Cour des comptes et de l’inspection du ministère de l’Intérieur... Du spectacle judiciaire en perspective.  

Mohamed Moubdii, 66 ans, est dans tous états. En proie à une grosse inquiétude, il a du mal à fermer l’œil de la nuit. N’a plus d’appétit comme avant ni pour la bouffe ni pour l’argent. Et pour cause. L’ex-ministre haraki de la Fonction publique et de la Réforme de l’Administration dans le gouvernement Benkirane risque fort bien d’être mis en examen et poursuivi en justice après son audition à deux reprises par une équipe de la BNPJ à Casablanca. L’affaire est sérieuse. Il a été interrogé sur des faits pouvant constituer un délit pénal en relation avec sa gestion passée de la commune urbaine de sa ville natale de Fkih Ben Saleh dont il était président entre 2003 et 2015. L’interrogatoire dont il a fait l’objet fait suite à un rapport de la Cour des comptes rendu public le 6 janvier 2020 sur les irrégularités ayant entaché l’attribution d’un certain nombre de marchés publics et confirmées plus tard par une mission d’inspection diligentée par le ministère de l’Intérieur. La machine judiciaire s’est mise aussitôt en branle après la plainte déposée par l’Association marocaine de protection des biens publics auprès du procureur du roi près la cour d’appel de Casablanca qui a transmis à son tour le dossier au parquet général. C’est que les manquements relevés ont été jugés suffisamment graves pour déclencher des poursuites judiciaires. Les marchés sujets à caution, qui dégagent des relents de népotisme et de surfacturation, portent essentiellement sur des programmes de mise à niveau urbaine (réfection des boulevards et rues, éclairage public, places publiques, ramassage des ordures ménagères, lotissements).

Autant de projets qui ont mobilisé des budgets assez substantiels. En passant au peigne un certain nombre d’appels d’offres lancés entre 2003 et 2015, les inspecteurs ont observé parmi ces derniers un nombre anormalement élevé ayant été annulés ou déclarés infructueux sans raison valable. Plus grave, la ville de Fkih Ben Salah est aux prises avec une foultitude de dysfonctionnements dans les domaines vitaux du transport urbain et des infrastructures malgré l’importance des ressources allouées pour sa mise à niveau urbaine. Visiblement, le président indélicat a profité de l’argent public pour se livrer à une série de malversations que les enquêteurs ont pointées et pour lesquelles il doit répondre aujourd’hui devant la justice. Et dire que Mohamed Moubdii, un transfuge du PND, était en charge, lorsqu’il était ministre, de la moralisation de la vie publique et de la lutte contre la corruption ! Ceux qui le connaissent n’ont pas été étonnés de le voir rattrapé par son passé d’édile communal. Pour s’offrir une immunité qu’il croyait éternelle, il a mobilisé tous les moyens pour devenir ministre.  Reste à savoir à quel prix ! L’intéressé n’aurait pas son bac mais il s’en moque, prétendant disposer d’un diplôme décroché en France avec mention « très bien ». Il faut dire que l’homme, qui a un côté rusé, est notoirement casserolé puisque son nom était régulièrement cité alors qu’il était encore ministre dans des magouilles locales.  Une Marocaine vivant à l’étranger, du nom de Mina Nader, avait accusé l’ex-ministre d’avoir acheté sur la base de faux documents une station-service à Fkih Ben Saleh appartenant à des héritiers pour un montant de 30 millions de DH.

Exploits

« Pour ma part, je n’ai jamais approuvé cette vente, encore moins signé l’acte de cession », s’était-elle écriée. Balivernes, rétorquera le mis en cause qui s’était posé en victime d’un complot ourdi par ses adversaires politiques locaux, arguant que les contrats en sa possession sont authentiques. Alors que cette affaire pour le moins surprenante n’a pas encore été tirée au clair par la justice qu’il sera de nouveau la star d’un autre scandale en rapport avec la 12ème édition du festival « Mille et Un Chevaux» organisée du 8 au 12 avril 2014 par la municipalité. Plusieurs figures de la chanson populaire marocaine comme le groupe Fnaïre, le chanteur Hajib et quelques troupes folkloriques qui ont participé à l’animation de cet événement ont eu la mauvaise surprise de leur vie : les chèques qui leur ont été remis par l’association organisatrice du festival, en guise de paiement de leurs prestations, étaient en bois! Scandale. Et c’est le grand Moubdii qui sera de nouveau mis au banc des accusés puisqu’il s’était chargé lui-même de la négociation du montant des cachets avec les artistes. Abonné aux pages faits divers politiques, l’ex-ministre MP n’en a cure, se contentant de hausser les épaules en accusant à chaque fois ses détracteurs d’être à l’origine de ces « fausses » révélations le concernant. Récemment, des documents ont fait le tour de la Toile qui montrent une nouvelle compétence du personnage : promoteur immobilier qui achète et revend des terrains à Fkih Ben Saleh dans une parfaite prise illégale d’intérêt et de délit d’initié. Devant cette cascade d’affaires très peu flatteuses pour sa réputation qui ont éclaté alors qu’il officiait au gouvernement, il est resté bizarrement serein. Sacré Moubdii. Ses exploits ne s’arrêtent pas là qu’il est fortement soupçonné d’avoir exercé au-delà des frontières nationales, en France précisément via son fils aîné. Celui-ci a été mis en cause dans une sombre histoire d’achat pour plusieurs millions de DH d’un appartement haut standing de 184 m2 dans un quartier huppé de la ville de Nancy. Ce qui est troublant dans cette affaire c’est que la transaction immobilière a été conclue en 2013 alors que le fils Moubdii venait à peine de terminer ses études et que son père était toujours membre du gouvernement. Un achat au nom du père ?

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