Profitant du contexte exceptionnel créé par le coronavirus, Moncef Belkhayat s’est empressé de réduire les salaires des collaborateurs ...

Profitant du contexte exceptionnel créé par le coronavirus, Moncef Belkhayat s’est empressé de réduire les salaires des collaborateurs du groupe de presse dont il est le patron. Décryptage.  

Moncef Belkhayat ne badine pas avec l’argent. Surtout lorsqu’il peut en économiser y compris au détriment de ses collaborateurs ! Bon pied, bonne oseille, Khoukoum Moncef vient de le démontrer avec déshonneur et fracas, sans porter ni masque ni gants. Egal à lui-même, ne craignant pas le scandale, il assume haut et fort sa décision très décriée d’imposer des coupes drastiques dans les salaires des journalistes du groupe Horizon Press. Un homme qui tranche !

Pour ceux qui ne le savaient pas, le Moncef est devenu président directeur général de Horizon Press où il détient 51% du capital. Ce statut, il le doit à une fusion-surprise en décembre 2019 de son entreprise Cross Word  qui contrôlait jusque là quelques sites d’informations en ligne dont le site Lesinfos.ma avec Saham Fund, éditrice du quotidien Les Inspirations Eco appartenant à Moulay Hafid Elalamy. Au terme de ce qui ressemble à un échange de bons procédés qui ne dit pas son nom, l’actionnariat du ministre-businessman dans le nouvel ensemble tombe à 34% alors qu’il était l’actionnaire de référence de Horizon Press éditrice du quotidien économique les Inspirations Eco.

Qui se ressemble s’assemble, dit l’adage. Les deux hommes qui dénotent dans le paysage par leurs méthodes de faire du business  ont  en commun le goût immodéré pour la thune et c’est naturellement qu’ils se sont rapprochés. Alléluia !

Prenant prétexte de la suspension de la parution des journaux papier prise le 22 mars par le gouvernement pour cause du coronavirus et l’amenuisement des recettes publicitaires qui s’en est suivi,  le grand Moncef, qui a également placé ses billes dans le secteur de la publicité, s’est donc retroussé les manches. Objectif : mettre en œuvre dès le 16 avril-soit un mois à peine après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire au Maroc- d’un  plan  stratégique et de haute noblesse : réduire la fiche de paie de la centaine de journalistes et techniciens de l’entreprise. Appréciez la rapidité de l’action. Le patron de presse par effraction s’empresse de faire l’actualité à défaut de pouvoir être à la hauteur des événements !

Endossant son costume de profiteur de crise, fidèle en cela à sa réputation sulfureuse, il dégaine plus vite que la contamination au Covid-19 un argument-juridique qu’il tourne à son avantage, celui du code du travail !  Objectif déclaré:  arracher à ses victimes une renégociation de leur contrat.  Près de 80% des employés acceptent à contrecœur d’abandonner une partie de leur salaire:   50%  pour ceux qui gagnent plus de 7.000 DH et  30 à 20% pour le personnel qui touche moins.    

«Il (Moncef Belkhayat) a profité du contexte difficile de la pandémie pour nous mettre le couteau sous la gorge», se plaint un jeune rédacteur. « Belkhayat qui a montré à la première occasion son  vrai visage a exploité le fait qu’on ne peut pas trouver de boulot ailleurs dans la conjoncture actuelle pour nous imposer une réduction salariale dure et injuste »,  affirme un technicien web. C’est par un courrier signé par le directeur du groupe de presse Adil Besri que le personnel apprend, surpris, la décision prise par le président en conformité avec l’article 185 du Code de travail. Un article qui confère à l’employeur le droit de «se protéger des crises périodiques passagères» et de «réduire la durée normale du travail pour une période continue ou interrompue ne dépassant pas 60 jours par an ». Pour les salariés pris en grippe par les agissements de Belkhayat, le temps de travail passe du coup à 4 heures par jour à partir du 25 avril et s’étirera jusqu’au 24 juin. Or, une entreprise de presse est appréciée moins au nombre d’heures travaillées qu’à l’aune de la qualité de rendement de son équipe. Cette vision n’est pas manifestement celle de celui qui considère les journalistes non pas comme des intellectuels mais comme des ouvriers corvéables à souhait avec des salaires taillables à merci.

Affaire plombée

D’ailleurs, tous ne se sont pas soumis au diktat de Khoukoum Moncef. Un groupe de récalcitrants, quelque 20% du personnel,  se sont révoltés en dénonçant auprès de l’inspection du travail  une « décision illégale » prise sans concertation avec les « représentants » des salariés, affiliés au Syndicat national de la Presse marocaine (SNPM). Saisi de ce fait divers médiatique qui enflamme aussitôt la toile, le syndicat fustige une décision injustifiée dans une lettre au ton assez ferme datée du 10 avril reproduite par le site Yabiladi : « L’histoire retiendra  que vous êtes les premiers à prendre de telles mesures arbitraires, sans fondement juridique au moment où d’autres groupes médiatiques moins importants en termes de ressources sont restés inébranlables en cette période particulière». Eh oui, il faut bien que Moncef, muni de sa plume et de son masque, écrive sa petite histoire… « Moncef Belkhayat a agi en opportuniste qui cherche à tirer profit du climat de crise général  créée par le coronavirus », dénonce un journaliste  papier du groupe. Un autre  rappelle que la décision de baisser les salaires qu’il a prise n’a pas lieu d’être, arguant de la subvention perçue par les Inspirations Eco au titre du soutien public aux médias et du report de paiement des cotisations sociales  ainsi que des économies substantielles, estimées à 500.000 DH par mois, réalisées par l’entreprise sur la  suspension de la version des publications papier en raison de l’épidémie. Il paraît que la conjoncture créée par la pandémie c’est du pain béni pour Moncef Belkhayat. Elle lui fournit le prétexte idéal pour réduire les charges jugées exorbitantes d’un journal déficitaire-bien avant la crise du coronavirus- dont il a hérité suite au rapprochement opéré avec  Moulay Hafid. Ne sachant pas comment se débarrasser d’une affaire plombée sans que cela ne massacre davantage son image de ministre très peu apprécié dans le landernau, ce dernier aurait-il sous-traité à travers cette fusion  le sale boulot à son ami Moncef connu pour être immunisé définitivement  contre la honte ? Avec le recul, la démarche anti-journalistique de Belkhayat éclaire d’un nouveau jour ce qui ressemble plus à un tour de passe-passe qu’à un véritable projet de presse. « S’il faut tuer ce journal, je le tuerai. Je vais aller avec leur bras de fer  (les récalcitrants) jusqu’à la nuit des temps», lance-t-il en colère à Yabiladi. Tuer le journal ! Le mot est lâché. Le masque est tombé. Au secours, Moncef s’est découvert un métier redoutable : Tueur à pages !

ENCADRE

Moncef, Moulahom et le masque

Pendant que la crise due au coronavirus frappe de plein fouet de nombreuses activités, le business de Moncef de Belkhayat, lui, s’en nourrit comme les vampires du sang humain. Principal bénéficiaire, son affaire de transport du nom de Dislog spécialisée dans la distribution des biens de grande consommation. Moncef Belkhayat, qui a été rattrapé récemment  par son passé de ministre de la Jeunesse et des Sports sur plusieurs affaires en relation entres autres avec son jeu douteux avec le grec Intralot, vient de faire tomber un autre produit dans son escarcelle logistique : les masques introuvables dits alternatifs de Moulay Hafid Elalamy, son associé dans la presse ! Comme quoi, le monde du business entre copains est petit. Circulez, il y a bien des choses à voir…

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