Jamil Manar
18/11/2021 0:06
Le militant écologiste Mohamed Benata au bord de la Moulouya, près de la ville de Saïdia, au Maroc, le 2 novembre 2021. FADEL SENNA / AFP

Relativement bien épargné par les catastrophes naturelles spectaculaires, le Maroc, touché jusqu’ici par le retard des pluies...

Relativement bien épargné par les catastrophes naturelles spectaculaires, le Maroc, touché jusqu’ici par le retard des pluies et l’avancée du désert, est confronté aujourd’hui à l’assèchement de ses oueds...

La COP 26 de Glasgow n’a rien à envier aux précédentes. Elle s’est achevée dimanche 14 novembre sur un bilan plus que mitigé avec une déclaration finale sous forme d’un catalogue de bonnes intentions. En plus d’être non contraignants, les engagements pris en faveur de la réduction des émissions de carbone,  par les grands pollueurs de la planète, au lieu d’être  mis en œuvre immédiatement,  ont été repoussés à des échéances lointaines, 2060 et 2070 !  Il est urgent d’attendre ! D’ici là que de forêts peuvent cramer et d’événements extrêmes se produire avec leur lot de drames  en raison du réchauffement climatique qu’il faut bien plus que des promesses en l’air pollué pour contenir à des niveaux raisonnables. Les ravages des massacres multiformes de la planète ne relèvent pas d’une vue de l’esprit ou de scénarios virtuels. Ils sont devenus une réalité que les hommes aux quatre coins du monde vivent ou subissent violemment dans leur chair. Relativement bien épargné par les catastrophes naturelles spectaculaires, le Maroc qui se veut un bon élève de la transition écologique et du développement durable, n’en est pas moins affecté par le dérèglement climatique qui se manifeste essentiellement au niveau du retard des pluies et l’avancée du désert. Un phénomène inquiétant vient s’ajouter à la liste des dégâts environnementaux : l’assèchement des fleuves. La sonnette d’alarme a été tirée récemment par le militant écologiste Mohamed Benata sur l’état déplorable de Moulouya, l’un des plus grands fleuves du pays, qui, du fait de son assèchement, ne se déverse plus dans la Méditerranée. Faute d’être irrigués par ce fleuve long de 600 km qui prend naissance à la jonction du massif du Moyen Atlas et du Haut Atlas, dans la région d’Almssid dans la province de Midelt, les terres agricoles situées sur les rives du fleuve se meurent. Ce qui pénalise les cultivateurs qui vivaient de père en fils de la générosité des eaux de l’oued. La faiblesse du débit du Moulouya menace également la biodiversité d’un site qui représente une étape incontournable pour les oiseaux migrateurs venus d’Europe.

En cause, une forte pression du fait d’une politique de pompage de ses ressources en eau. Mais aussi une rareté des précipitations provoquées par les changements climatiques. D’où le stress hydrique qui commence à frapper le Maroc en faisant peser sur le pays la menace d’une crise majeure. Selon un rapport du ministère de l’Agriculture, l’aridité est amenée à croître progressivement au Maroc jusqu’en 2050 en raison de la baisse attendue de la pluviométrie (-11 %) et de l’augmentation de la température (+1,3°C). Avec 730m3/an et par habitant, le Royaume arrive en dessous du seuil de rareté fixé par l’ONU à 1.000 m3. Et la situation risque de ne guère être brillante à l’horizon 2030 en raison surtout d’une urbanisation de plus en plus importante, sans oublier l’agriculture et le tourisme connus pour être gourmands en eau.

Les ressources hydriques nationales sont tombées à moins de 650 m3 par habitant et par an contre 2500 m3 en 1960. A l’horizon 2030, soit dans moins d’une décennie, les prévisions font état d’une chute à 500 m3.  Or, les signes avant-coureurs de ce scénario-catastrophe sont déjà là : le retard des pluies et leur rareté, accompagné par des vagues de chaleur anormales. Ce phénomène est préjudiciable pour l’agriculture qui pèse encore lourd dans le PIB national. D’où la nécessité d’une politique ferme de lutte contre le gaspillage couplée à une meilleure tarification de l’eau. Ce dispositif devrait être complété par des équipements d’assainissement des eaux usées en vue de leur réutilisation. Selon la Banque mondiale, le manque d’eau c’est une perte de 6 à 14% du PIB en moyenne dans les pays touchés. Et si la pression sur les ressources se poursuivait, 45% du PIB mondial et 40% de la production céréalière mondiale seront compromis d’ici 2050.

Les changements climatiques menacent directement la capacité de produire des très petits fellahs marocains exploitant des surfaces inférieures à 5 ha, très peu mécanisées ou irriguées si bien que toute variation de pluviométrie peut compromettre l’intégralité des récoltes. C’est le cas notamment du Maroc où entre 75 et 80 % des exploitations sont de moins de 5 ha alors que dans l’Est et le Sud 80 % de la population vit de l’agriculture.

A l’échelle planétaire, 3 emplois sur 4 dépendent d’un approvisionnement fiable en eau. Les conséquences sociales nées de la multiplication des crises en relation avec l’eau pourraient, elles, être catastrophiques. Face à l’insécurité hydrique qui se profile à l’horizon, le gouvernement est invité sans tarder à repenser la consommation d’eau dans ses dimensions à la fois domestique, agricole et industrielle. Objectif : adapter les politiques publiques aux changements climatiques qui ne sont plus une vue de l’esprit. Une question qui coule de source se pose à cet effet : Certes, le Maroc s’est distingué par sa politique visionnaire des barrages initiée par feu Hassan II et poursuivie par S.M le Roi Mohammed VI, mais est-il possible que le Royaume, que plusieurs études internationales  ont placé dans le club des zones à risque « élevé » de manque d’eau, continue à vivre  comme si l’eau était une donnée immanente et inépuisable ?

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