CANETON FOUINEUR

Le soutien à la production culturelle tourne au psychodrame

Une piètre séquence
Jamil Manar
8/10/2020 15:03
Othman El Ferdaous, ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports.

La culture au Maroc a toujours été le parent pauvre des politiques publiques. C’est pour cette raison que les...

La culture au Maroc a toujours été le parent pauvre des politiques publiques. C’est pour cette raison que les professionnels de ce secteur, excepté les plus débrouillards d’entre eux, sont pauvres et meurent souvent dans la misère...

Le soutien d’un montant de 37 millions de DH accordé par le ministère de la Culture à certains artistes est parti d’un malentendu.  Le ministre de tutelle, le jeune Othman El Ferdaous, s’est fait mal comprendre par ceux qui sont montés aussitôt au créneau pour lui intenter un mauvais procès. Les subsides publics en question ont été débloqués sur la base des résultats d’un appel à projets pour l’année 2020 au titre du programme annuel de soutien du secteur artistique et n’ont aucune relation avec une quelconque aide aux artistes pour cause de pandémie comme cela été compris par la foule des contestataires. Ceci étant précisé, pour ce qui est critères qui ont été retenus pour soutenir telle ou telle initiative artistique, et si les projets soutenus le méritent ou pas, il y a certainement à boire et à manger. Reste que cette histoire a donné lieu à une grosse polémique aussi bien dans les rangs de ceux qui en ont été exclus que chez les internautes.

Halqa

Il est vrai qu’il est très difficile dans l’absolu de satisfaire tout le monde surtout lorsqu’il s’agit d’argent ou de boufaille des mariages…il se trouve toujours des esprits exigeants ou tordus qui y trouveront à redire et même de cracher  dans la soupe. Les artistes qui se croyaient injustement exclus de la générosité publique alors qu’il ne s’agit pas de soutien lié à la crise sanitaire ont crié au scandale pendant que la justice 2.0 estimait que l’argent public devrait profiter d’abord au personnel soignant en première ligne sur la lutte contre le Covid. Chacun y est allé de son couplet et de sa récrimination sans que l’on sache au final qui a tort ou qui a raison dans cette histoire où ni l’art ni la manière n’y sont. Si l’on écoute l’avis de la chanteuse Latifa Raafat, qui a posté une vidéo indignée sur le sujet, l’aide devrait prioritairement aller aux virtuoses de la taarija, darbouka et autres dkaykiya qui animent les cérémonies de mariage et de circoncision dont l’interdiction pour cause de Covid a privé depuis le mois de mars de leur travail et donc de leurs revenus. Mme Raafat a sauté sur cette affaire pour se faire, à moindres frais, l’avocate des « pauvres artistes », elle, qui n’a pas besoin de l’obole ministérielle pour vivre ou se produire. La chanteuse qui s’est enrichie au contact de publics restreints dans des soirées privées a exigé récemment un cachet de plus de 2 millions de DH pour associer son image à une publicité pour une marque de literie nationale. Othman El Ferdaous, qui n’a pas le profil de la fonction ministérielle qui lui est dévolue, aurait dû consulter le répertoire riche des « khobzistes de l’art » de celle qui se considère modestement comme une « grande » chanteuse pour élaborer sa liste des artistes éligibles à l’aide.

Dans le lot des grands précarisés du corona, elle a oublié les professionnels de la halqa, les charmeurs de serpents, les différents jongleurs et autres conteurs de bonnes aventures qui peuplent Jemaâ El Fna. Ces  animateurs du plein air, pleins de gouaille et de talent auraient pu avec un peu de chance un destin plus brillant à la Raafat. Mais c’est connu, l’art au Maroc ne fait pas manger son homme et pour que les choses changent de telle sorte que la culture devienne un secteur économique à part entière, attractif et rentable, il faut beaucoup plus qu’un petit et ponctuel soutien étatique à la production…  

Vivant de la générosité de ses visiteurs locaux et étrangers, les animateurs de cette place inscrite depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO n’ont plus de revenus faute de touristes. Ne méritent-ils pas une petite attention gouvernementale surtout qu’ils vivent au jour le jour et n’ont ni mutuelle ni retraite ?  Les professionnels de la halqa bénéficiaient via leur association d’une aide symbolique de 2.000 DH chacun, débloquée par la mairie de Marrakech du temps de Omar Jazouli. Allocation que sa successeuse, la PAM Fatima Zahra Mansouri, a supprimée pour l’on ne sait quelle raison et que son remplaçant, le PJD Mohamed Larbi Belcaïd, empêtré dans une affaire judiciaire en relation avec les fonds de la COP 22, n’a rien fait pour restaurer.

Au-delà de la reconnaissance de leur travail dans l’animation de la ville, le geste de l’ancien maire visait à motiver les bénéficiaires pour assurer la transmission du métier qui commençait à se perdre. Les créateurs de spectacle à Jemaâ El Fna, symbole et âme de Marrakech, méritent tous les soutiens, à commencer par celui des professionnels du tourisme local (hôteliers et restaurateurs). Une petite contribution annuelle de ces derniers à un fonds de solidarité (qui reste à créer) permettrait à ces animateurs incontournables en mal de reconnaissance et très sous rétribués, en regard de leurs talents, d’être encouragés à persévérer dans leur activité à haute valeur ajoutée consistant à apporter plaisir et enchantement aux touristes. Une partie de l’attractivité de la perle du Sud et la prospérité de ses établissements touristiques ne vient-elle pas de cette place magique et de ses « travailleurs » assidus ?

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