CANETON FOUINEUR

Les enseignants contractuels à nouveau victimes de brutalités policières

Une politique frappante
Jamil Manar
25/3/2021 1:23
Abdelouafi Laftit, ministre de l'Intérieur.

Il ne fait pas bon être enseignant au Maroc ! Et si en plus, il se permet de battre le pavé pour réclamer ses droits,...

Il ne fait pas bon être enseignant au Maroc ! Et si en plus, il se permet de battre  le pavé pour réclamer ses droits, il est traité comme un vulgaire délinquant. Drôle d’époque.

Nouvelle tension dans le secteur de l’enseignement national en raison du retour au-devant de  la scène du  problème des enseignants contractuels. Pour faire entendre leur voix et obtenir ce qu’ils considèrent comme un droit, en l’occurrence leur intégration dans le statut de la fonction publique, les intéressés ont organisé mardi 16 mars à Rabat une marche de protestation. Sauf que les choses se sont mal passées pour eux, un drôle de comité d’accueil les attendait aux abords du Parlement pour disperser leur marche à coups de matraque. Les forces de l’ordre ont en effet violemment  réprimé leur rassemblement  comme en 2019 et 2020, lorsqu’ils ont battu le pavé pour dénoncer leurs conditions de travail. Les récentes images de brutalités policières ; tout comme les précédentes, ont choqué plus d’un. Ce qui a poussé plusieurs élèves dans de nombreuses villes du pays à témoigner leur solidarité avec les enseignants violentés. Quelle politique frappante !

Le dossier des enseignants contractuels qui sont plus de 50.000 recrutés en CDD en 2016  pour pallier le manque d’instituteurs après de nombreux départs à la retraite et atténuer le problème de la surcharge des classes, continue donc à empoisonner la relation entre le corps enseignant et le ministère de tutelle, en l’absence  d’une réponse satisfaisante à leurs revendications. « À l’époque, il a fallu agir vite et recruter des professeurs en urgence. C’est pourquoi mon prédécesseur (Mohamed Hassad, NDLR) a eu recours à la contractualisation, avait déclaré en 2019 le ministre de l’éducation nationale, Saaïd Amzazi. C’était la solution la plus efficace. Nous avons lancé un concours au sein des académies régionales et, en quatre ans, nous avons recruté 55 000 professeurs titulaires d’une licence, auxquels s’ajoutent 15000 qui sont actuellement en formation. C’est une grande prouesse ! » Prouesse côté improvisation et colmatage des brèches dans l’urgence. Car le problème de recrutement des enseignants sous contrat n’a pas emporté l’adhésion des concernés même si on peut leur opposer le fait qu’ils doivent assumer ce qu’ils ont pleinement accepté.  

« Personne ne les a obligés à être des contractuels, on ne leur a mis pas le couteau sous la gorge pour signer », fait remarquer un cadre du ministère de tutelle. Un responsable du syndicat national d’enseignement (SNE) affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT) ne l’entend pas de cette oreille. « Comme ils n’avaient pas tellement le choix, ces jeunes  enseignants ont été obligés de signer ces contrats », explique-t-il tout en dénonçant une opération de précarisation du personnel enseignant. D’ailleurs, les contestataires ont été enrôlés sous la bannière de la  « Coordination nationale  Rabat des enseignants à qui l’on a imposé la contractualisation». Une manière de signifier qu’ils ont été victimes d’un diktat et qu’ils refusent d’être sacrifiés au nom de ce qu’ils considèrent comme une pseudo réforme du système éducatif national. « Un CDD veut dire que l’on est pas à l’abri d’un licenciement », s’inquiète un jeune professeur qui réclame le statut de fonctionnaire avec les droits qui vont avec, notamment le droit à la retraite. Le fonctionnariat ! Bien de jeunes diplômés font des pieds et des mains pour  être casés dans la fonction publique synonyme pour eux de sécurité de l’emploi et d’absence d’exigence professionnelle. Résultat : l’administration marocaine est toujours peuplée de bras cassés et c’est pour instaurer un système basé sur le mérite et  le rendement que les pouvoirs publics se sont avisés d’adopter le recrutement sous contrat. Mais ce dispositif, présenté comme avantageux, ne sert-il pas au fond à cacher les turpitudes d’un secteur éducatif irréformable ?

Tableau de déshonneur

On casse bien du prof dans ce pays ! On les bouscule, on les matraque comme s’ils étaient de vulgaires délinquants. À croire que  le premier vers du poème de Ahmed Chawki  « Respecte l’enseignant, l’enseignant a failli être un prophète» est devenu caduc sous nos cieux… Pauvres enseignants ! On voudrait bien réhabiliter cette profession essentielle qui engage l’avenir du pays et mettre fin à la crise de vocation qui la pénalise que l’on en s’y prendrait pas autrement ! Ce n’est pas en chargeant des enseignants qui se mobilisent pour faire aboutir leur dossier revendicatif que le Maroc réussira  à réformer son système éducatif plombé par une série de problèmes chroniques. Depuis le gouvernement Benkirane,  le Maroc mène une politique frappante, notamment à l’égard de la corporation des enseignants.  Cette stratégie du bâton a commencé avec les étudiants en médecine qui ont subi en octobre 2015- une première dans l’histoire du Maroc- une charge policière à l’intérieur même de l’enceinte de la faculté de médecine de Rabat, conséquence de leur contestation des dispositions du fameux brouillon Louardi sur le service sanitaire obligatoire que le ministre, toute honte bue, a été obligé, devant la détermination des protestataires, à retirer après un bras de fer de trois mois environ. Depuis, il est devenu difficile pour le corps enseignant d’organiser des marches de protestation sans s’exposer aux brutalités policières. Vous avez dit tableau de déshonneur ?


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