CANETON FOUINEUR

Blocage à la direction du médicament et de la pharmacie

Une structure et des maux...
Ahmed Zoubaïr
25/3/2021 1:21
Bouchra Meddah, cheffe de la direction du médicament et de la pharmacie.

Depuis fin février, un mystérieux blocage paralyse le travail de la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP)...

Depuis fin février, un mystérieux blocage paralyse le travail de la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP) dont la directrice nommée récemment a pour mission de moderniser cette structure stratégique et surtout d’en assainir les pratiques.

Mais qu’est-ce qui passe encore à la Direction du médicament et de la pharmacie (DMP) ? Depuis fin février, cette direction, très sollicitée depuis l’apparition de la pandémie du coronavirus (masques, médicaments anti-covid, vaccins et autres gel hydroalcooliques…) est aux abonnés absents, paralysée à cause d’une mystérieuse panne  de son système d’information ! Pour ceux qui connaissent les dessous des cartes, ce blocage est dû au limogeage de deux responsables jugés coupables de lenteur dans le traitement d’un dossier d’importation de dispositifs médicaux d’un opérateur en biomédical dont le patron influent a pu avoir leurs têtes…

À force de scandales qui la secouent régulièrement et entachent sa réputation, la DMP est devenue synonyme de haut lieu d’opacité sur fond de valse de ses patrons qui ont du mal à rester en place et à imprimer leur marque à la fonction. Le dernier directeur en date est une femme, Bouchra Meddah, dont la nomination a été officialisée en conseil du gouvernement du 27 août dernier après avoir occupé cette fonction par intérim suite au limogeage brutal de Taoufik Jamal en novembre 2019 par le ministre de tutelle Khalid Aït Taleb. Celui-ci avait expliqué sa décision par une « insubordination » de l’intéressé (qui avait remplacé à ce poste le célèbre Omar Bouazza limogé par l’ex ministre Anas Doukkali et qui faisait la pluie et le beau à la DMP) tout en reconnaissant devant les députés un certain nombre de défaillances au sein de la DMP : « la DMP a connu des dysfonctionnements dans sa gestion. Il y a une opération d'inspection qui est en cours, et des rapports en cours d'élaboration. Cependant, son limogeage n'est pas dû à ces dysfonctionnements car nous n'avons pas encore reçu les rapports ».

Pratiques malsaines

Justement où sont passés les rapports ? Pourquoi les résultats n’ont-ils pas été publiés et transférés à la justice ? Certainement enterrés comme le furent toutes les enquêtes menées par l’inspection générale du ministère au sujet des fraudes avérées aux marchés publics lancés sous le mandat de l’ex-ministre PPS El Houssaine Louardi. Cette valse des directeurs de la DMP est tout sauf saine et normale. Elle cache bien plus que des dysfonctionnements. Des pratiques malsaines entretenues par de relations incestueuses entre les responsables de la DMP et les laboratoires pharmaceutique dont un coin de voile a été levé par l’ancien directeur de l’association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), Abdelmajid Belaïch, sur les ondes de Lux Radio. Celui-ci a soutenu en présence de l’accusé, qui n’était autre que le patron d’alors de la DMP, Omar Bouazza, lors d’une émission consacrée à la politique du médicament, que ce dernier avait demandé aux laboratoires pharmaceutiques opérant au Maroc de financer à hauteur de 3 millions de DH la 3ème édition des assises nationales du médicament et des produits de la Santé qui a eu lieu du 23 au 24 février 2019 à Skhirat.  Scandale qui révèle au grand jour un conflit d’intérêt patent entre le régulateur qu’est la DMP et les laboratoires pharmaceutiques. D’un point de vue éthique, ces deux parties, censées être indépendantes l’une de l’autre, n’ont pas à entretenir des relations d’intérêt dans un secteur hautement sensible ayant trait à la santé du citoyen.  

Or, le régulateur, un outil technico-administratif stratégique, est malade. Souffrant de nombreux handicaps qui paralysent son action. Tournant au ralenti en sous-effectifs, en mal d’inspecteurs compétents et surtout rigoureux, il n’est pas assez outillé pour mener à bien sa mission sur le terrain, à savoir le suivi des fameux AMM (Autorisations de mise sur le marché) accordés aux laboratoires et le contrôle effectif de la qualité des médicaments ou faire éviter au pays des pénuries de médicaments constatées régulièrement dans les pharmacies… Faute de pouvoir s’acquitter de ses différentes missions sensibles et stratégiques, le DMP se rattrape sur les circulaires qui pèchent souvent, selon certains professionnels, par leur caractère inadapté. C’est le cas de la circulaire exigeant des sociétés du biomédical de se conformer à la norme ISO 13485 censée garantir la traçabilité des dispositifs médicaux. Or, compte tenu de la réalité de ce secteur, seules quelques gosses structures ont les moyens de se faire certifier. Ce qui équivaut à éliminer du circuit de nombreuses petites enseignes qui peuvent pas de se plier aux règles édictées.

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