CANETON FOUINEUR

Un bouillonnant avocat dans la tourmente

Ziane côté cour...
Jamil Manar
21/1/2021 1:24
Mohamed Ziane. Une disgrâce mal vécue...

En rupture de ban après avoir été proche du pouvoir, le truculent avocat a fait récemment des sorties spectaculaires qui lui ont...

En rupture de ban après avoir été proche du pouvoir, le truculent avocat a fait récemment des sorties spectaculaires qui lui ont fait atteindre un point de non-retour. Portrait d’un desperado politique...

Ses détracteurs trouvent aujourd’hui, à la faveur de ses démêlés avec les autorités, qu’il souffre de démence qui peut survenir avec l’âge. Mais Mohamed Ziane est un agitateur-né. Et cela ne date pas d’hier. Sous le Maroc ancien, il était déjà une star du barreau et de l’hémicycle. Où il sait mettre le feu à l’ambiance. Avec un art consommé de la provocation. A sa façon. En vociférant, excité et hystérique, jusqu’à la bave contre celui qui se met en travers de sa route et ose le piquer à vif. Sur ce terrain, maître Ziane, homme du sérail et avocat du pouvoir tombé depuis en disgrâce, n’a pas vraiment changé. Dans le style ; mélange d’impulsion et de témérité, qui est le sien, il est unique. Et imbattable.

Sous les trémolos dans la voix et derrière les effets de manche, on devine un écorché vif non dépourvu d’un côté Don quichotte.  Un caractère entier aussi qui défend sabre au clair ses convictions même si cela doit lui valoir quelques inimitiés. Et les idées de Mohamed Ziane sont d’abord libérales. Idées qu’il avait défendues dans les années 90 du temps où il était député sous la bannière de l’UC contre une certaine gauche, sa bête noire, incarnée notamment par l’USFP dont il pourfendait l’idéologie à coups d’interviews dans la presse indépendante de l’époque incarnée par Maroc Hebdo. Il était un bon client qui faisait d’autant plus vendre du papier comme on dit dans le jargon qu’il se distinguait par un franc-parler rare dans le microcosme politique national et dont le Maroc de feu Hassan II n’avait pas coutume. Un franc-parler qui lui faisait dire des vérités y compris sur son propre compte. C’est ainsi qu’il révéla un jour que Driss Basri- « il est mon ami mais c’est un roublard »- a falsifié le scrutin législatif pour le faire député de Rabat. A l’époque, seul un personnage truculent comme Ziane peut se permettre une telle révélation, sans s’attirer les foudres du régime qui s’accommodait des sorties fracassantes de ce drôle d’oiseau. Jusqu’à ce que le pouvoir, exaspéré par ses frasques à répétition notamment contre l’opposition, juge qu’il était temps de l’exfiltrer. Le ministre des Droits de l’homme qu’il était devenu en 1994 sera victime d’un limogeage brutal deux ans plus tard présenté dans le communiqué qui a annoncé la nouvelle comme un « vœu d’être démis de ses fonctions », exprimé par l’intéressé.

Fuite en avant

Ainsi fonctionnait ou dysfonctionnait Me Ziane. En s’en prenant à la gauche qu’il accusait bille en tête d’avoir cherché à renverser la monarchie, il jouait le rôle de la voix On de son mentor dans un Maroc où les partis dits de l’administration ne tarderont pas à perdre de leur superbe.

L’avènement de l’alternance sonne le glas de ces formations et de ses symboles dont fait partie Mohamed Ziane. L’ex-bâtonnier de Rabat en conçoit une certaine aigreur et, ayant le sentiment d’être abandonné après de longs et loyaux services, bascule progressivement dans l’opposition en vouant aux gémonies ce qu’il avait adoré hier. D’avocat de l’État marocain (procès de l’ex-leader de la CDT Noubir Amaoui dans les années 90 poursuivi par le gouvernement Filali qu’il avait traité de « bande de voleurs »), il glisse lentement vers la défense des causes très médiatisées où les pouvoirs publics se sont constitués partie civile comme l’affaire du journaliste Taoufik Bouachrine ou le procès de Zafzafi et consorts. Les sorties médiatiques de Me Ziane, qui adore courir derrière les feux de la rampe, tiennent moins des plaidoiries d’avocat que des attaques frontales contre les institutions, juge un confrère de l’intéressé sous le couvert de l’anonymat. « Ziane est un homme aigri qui pour n’avoir pas su se retirer en se faisant oublier est en train de mal finir », croit savoir un député qui l’a fréquenté sous la coupole.

Mohamed Ziane ne l’entend pas de cette oreille, qui croit, lui, être victime d’une persécution politique. Ce délire de persécution, selon ses adversaires, s’est aggravé chez lui depuis que son fils a été condamné en octobre 2020 avec d’autres coaccusés à une peine de 3 ans ferme, assortie d’une amende de 30.000 DH, dans une affaire mystérieuse de livraison à une clinique de Marrakech d’une cargaison de faux masques anti-covid. Le père de l’inculpé en est convaincu. C’est lui qu’on voudrait atteindre à travers l’emprisonnement de son fils, victime à ses yeux d’une affaire montée de toutes pièces.

Tout à sa fuite en avant, Mohamed Ziane pousse le bouchon trop loin et appelle dans un communiqué diffusé en novembre 2020 par son parti à « dissoudre la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) » et de « répartir ses employés sur les autres services de sécurité ». Par cette sortie pour le moins étonnante, le turbulent avocat régissait à la diffusion par ChoufTV d’images attentatoires à son honneur.  De là à y voir la main des services de sécurité, il n’y a qu’un pas que Me Ziane, impulsif qu’il est, a allègrement franchi… La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre puisque le ministère de l’Intérieur a annoncé le 12 janvier sa décision «d’activer la poursuite judiciaire à son encontre à travers le dépôt d’une plainte devant le parquet près le tribunal de première instance de Rabat » suite à son appel à la dissolution des services de sécurité intérieure. En attendant l’ouverture du procès, les membres du PLM ont décidé de convoquer les 20 et 21 janvier un congrès extraordinaire. Objectif : éjecter de la chefferie celui qu’ils accusent d’utiliser le parti dans ses règlements de comptes personnels. Il ne faut pas compter sur ce politicien blasé poussé à bout pour faire amende honorable, quitte à passer de statut de défenseur à celui de défoncé. A la guerre comme à la guerre ! Sacré Ziane !

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