Annus horribilis

Abdeslam Seddiki
30/12/2020 13:55
Annus horribilis

Le monde s’apprête à célébrer la nouvelle année 2021. Celle qui s’achève peut être classée parmi les années noires des deux derniers...

Le monde s’apprête à célébrer la  nouvelle année 2021. Celle qui s’achève peutêtre classée parmi les années noires des deux derniers siècles. Son bilan estnégatif aussi bien sur le plan social qu’économique. Et le processus est loinde prendre fin. Est-ce à dire que c’est une  année à oublier ? Non, ce n’est paspossible, l’histoire n’est pas effaçable. Elle est gravée dans le disque dur. La vie n’est pastoujours ce fleuve qui coule tranquillement. Nonobstant ce que nous avonsenduré, individuellement et collectivement, cette année 2020 a été riche enenseignements.

La crise sanitaire a frappé durement. Sans distinction de sexe, de catégorie sociale ou de pays. Aucun État aussi puissant soit-il, n'a trouvé la parade pour la contenir. Ironie du sort, pour une fois les États riches comme les États pauvres ont lutté à « armes égales », du moins pendant la première phase : ils ont tous au recours à la pratique du confinement qui renvoie aux méthodes utilisées au Moyen Âge. Cela incite à plus d’humilité et de modestie. Des puissances mondiales qui ont réalisé des prouesses technologiques, ont conquis l’espace et enregistré des avancées majeures dans les domaines numériques, se sont trouvées en manque de produits basiques pour se protéger du virus, en l’occurrence le masque et le gel hydroalcoolique. On s’est retrouvé face à une véritable « anomalie »pour emprunter le titre du Goncourt 2020 de Hervé Le Tellier.

Les données arrêtées au 27 décembre donnent  quelques frayeurs : la pandémie du Covid-19a causé au niveau mondial près de 1 800 000 décès  et plus de 81 millions de contaminés. LeMaroc, à lui seul, déplore 7 240 décès et enregistre 432 000 contaminés. Ces chiffres auraient pu être beaucoup plus graves n’eussent été les mesures draconiennes prises au niveau des différents pays allant jusqu’au confinement total et la fermeture des frontières. La plupart des pays, dont le Maroc, ont dès le début de la pandémie favorisé la protection des vies humaines au détriment de l’économie. Ayant appris progressivement à vivre avec le Virus, nous avons cherché un équilibre entre la préservation des vies humaines et la reprise de l’activité. Cependant, cet équilibre s'est révélé fragile et a donné lieu à des réajustements réguliers suscitant parfois des incompréhensions, voire des oppositions.

Durant cette période exceptionnelle, nous nous sommes renouvelés, avons fait preuve d’imagination pour apporter des éléments de réponse à des problématiques inédites. En ce sens, nous avons assisté à l’émergence d’une nouvelle « normalité » : confinement, chômage partiel, télétravail,biens communs, prêts garantis par l’Etat, plans de relance envahissent notre quotidien… Le corollaire en est l'évaporation de certains dogmes : déficit budgétaire,seuil d'endettement, niveau d'intervention de l'État. À tel point que nul neremet en cause ce changement de paradigme y compris dans les milieux ultralibéraux qui prônaient jadis le moins d'État, la vérité des prix, ettraçaient des lignes rouges à ne pas dépasser en matière d'équilibres macroéconomiques. Finalement, l'année 2020 aura au moins prouvé que Socrate avait raison quand il affirmait il y a déjà plus de deux mille ans : «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu'ils ne savent pas».

Fort heureusement, l’année se termine sous de meilleursauspices : l’espoir est  permis avecla mise en œuvre des vaccins anti-covid. Notre pays sera parmi les premiers àprocéder au vaccin des citoyens âgés de plus de 18 ans, soit une populationde  25 millions. Un signe de soulagement. Sur le plan politique, le Maroc a vécu un mois de décembre historique. Des acquis remarquables ont été enregistrés enfaveur de notre question nationale, suite notamment à la reconnaissance par les États-Unis denotre entière souveraineté sur l’ensemble de nos provinces sahariennes. Cette victoire vient couronner la constancede la mobilisation du peuple marocain et l’engagement indéfectible du Roi pourl’intégrité territoriale. Cette dynamique devrait nous permettre d’engranger dans un avenir proche d’autres victoires et converger enfin vers une solution définitive de cedifférend artificiel. Ce faisant, nous pourrons concentrer tous nos efforts sur le  développement du pays en vue de l’amélioration  du niveau de vie de tous les Marocains.

L’année qui s’ouvre sera donc décisive. Elle doit être tournée vers la relance certes, mais plus encore vers les réformes pour résoudre les problèmes que nous avons laissés s’accumuler. En s’inspirant de cette maxime de Göran Personn, Premier ministre social-démocrate qui modernisa le modèle suédois dans les années 1990 : « Il ne faut jamais laisser perdre la chance d’une grande crise ». Les attentes pour 2021 sont là et s’imposent à nousdans l’espoir que le vaccin permette de vaincre le coronavirus. Le rebondattendu de l’économie doit profiter en premier lieu à celles et ceux quiétaient en première ligne dans la lutte contre la pandémie et aux couchessociales qui ont le plus pâti de la crise. Le « Maroc d’après »  dont on ne cesse de parler doit se concrétiseravec l’organisation des prochaines élections  qui devraient avoir lieu courant 2021 et déboucher, espérons-le, sur unevéritable alternance menée par un front démocratique de progrès qui soit à mêmede porter le nouveau modèle de développement, en phase avec la Constitution de 2011.

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