Y a-t-il un médecin dans la salle ?

Noureddine Tallal
28/4/2021 0:32
Y a-t-il un médecin dans la salle ?

«Et qu’est-ce qu’il fera, le petit, quant il sera grand ? » - Je serai médecin comme papa » ! Docteur en médecine,...

«Et qu’est-ce qu’il fera, le petit, quant il sera grand ? » - Je serai médecin comme papa » !  Docteur en médecine, un rêve que tous les petits Marocains ne peuvent pas se permettre de caresser ! Voilà une profession qui a toujours fait fantasmer les enfants, et surtout leurs parents qui rêvent de ce qu’il y a de meilleur pour leur progéniture, à défaut d’avoir pu y accéder eux-mêmes… Une profession qui fut, de longues années durant, réservée à une certaine élite sociale… Une profession où les intrus étaient rares, et qui se transmettait de père en fils ou presque… À l’instar de toutes ces activités indépendantes considérées comme nobles, et surtout… Particulièrement lucratives ! Dans les années 80 encore, l’écrasante majorité des médecins exerçant dans notre pays était d’origine aisée, pour ne pas dire d’une origine ethnique bien identifiée... Lhaj Miloud n’entend pas, par ces propos, jeter la pierre à une élite aristocratique qui porta haut les couleurs du Royaume, des siècles durant… Mais il veut simplement pointer du doigt un système hermétique où il est difficile de se faire sa place au soleil lorsque l’on a le malheur de ne pas être « bien né »… Et Lhaj Miloud, qui est un enfant du peuple, avait rêvé lui aussi, dans son enfance, de suivre un cursus de médecine… Avant de se raviser, un peu à contre cœur… Il faut dire qu’il n’était pas sûr de tenir la distance avec des études longues comme un jour sans pain, et une sélection impitoyable… Les enfants des classes populaires, comme lui, se devaient d’intégrer rapidement le marché du travail, pour relayer le père, prématurément usé par un labeur ingrat et mal rémunéré…

Les études de médecine ont donc toujours été caractérisées par une sélection draconienne, doublée d’un manque criard d’infrastructures, puisque, de longues années durant, le pays n’a compté que deux malheureuses facultés de médecine, respectivement dans les capitales économique et administrative… D’où une pénurie quasiment organisée, avec le résultat que l’on connaît ! Le Maroc ne compte actuellement que 27 266 médecins, dont 53 % opèrent dans le secteur privé, avec un ratio de 7,1 médecins pour 10 000 habitants, bien loin du standard international de 15,3 médecins, fixé par l’OMS. Plus grave encore, deux régions, celles de Casablanca-Settat et Rabat-Kénitra, concentrent plus de la moitié de l’effectif des praticiens privés, et 39 % de celui des médecins publics !

Quelque 32 387 médecins manquent à l’appel, pour permettre de couvrir les besoins du pays… Et les autorités s’y sont pris avec bien du retard pour essayer de combler le déficit en blouses blanches… Rappelons qu’il faut 8 ans pour former un généraliste, et 5 ans de plus pour le transformer en spécialiste !  Autant vous dire que la situation est critique, surtout en prévision de la généralisation de la protection sociale destinée à terme à couvrir 22 millions de personnes, actuellement dépourvues d’assurance maladie ! Aux grands maux, les grands moyens donc ! Le gouvernement a décidé d’ouvrir le secteur de la santé aux compétences étrangères et à l’investissement étranger… Seule solution, selon lui, en attendant que nos nouvelles facultés soient capables de produire les 3 000 nouveaux médecins que le ministère s’est fixé de former annuellement ! Sachant que le pays n’arrive pour l’heure à former que 2 300 médecins annuellement contre les 3 000 prévus, le déficit continuera de se creuser, aggravé par les départs en retraite ainsi que le phénomène d’immigration vers l’étranger... Plus de 8 000 médecins marocains nés dans le Royaume exercent actuellement dans l’Hexagone. Les praticiens nés au Maroc représentent ainsi en France la deuxième communauté de médecins nés à l’étranger !

Aujourd’hui, la situation a atteint un niveau critique, et la pandémie l’a mise à nue… Les médecins que nous formons actuellement, et qui ne pourront pas être opérationnels avant plusieurs années ne sont même pas susceptibles de remplacer les départs en retraite. Le gouvernement a donc décidé de prendre le taureau par les cornes avec une mesure radicale consistant à autoriser les médecins étrangers à pouvoir exercer au Maroc… Parole de Mohamed Benchaâboun, ministre des Finances et non pas de la Santé Publique, puisque là comme ailleurs, l’argent est le nerf de la guerre ! Décision annoncée lors de son allocution devant le Souverain dans le cadre du lancement de la généralisation du système de la couverture sociale, le 14 avril 2021, au Palais royal de Fès. La pratique existait certes déjà, mais à une échelle réduite, et l’on a vu, à titre d’exemple, la province de Tata accueillir, dès 2018, une vingtaine de médecins sénégalais… Des précurseurs, nos amis « tataiens » !

La voilà donc, la solution miracle ! Le Maroc compte résoudre l’équation de son déficit cruel en médecins et personnel médical, et faire face aux futurs besoins induits par la mise en œuvre de la couverture médicale généralisée par un simple tour de passe-passe… Comment ? En prenant de mesures concrètes et efficaces pour augmenter le nombre de médecins formés ? En s’interrogeant sur les raisons de l’hémorragie que subit le pays avec le départ, chaque année, de centaines de médecins vers des cieux plus cléments ? Pas du tout, ce serait trop simple !

En opérant, à son tour, un prélèvement sur d’autres pays encore bien moins lotis que lui... Tout simplement ! C’est ainsi que vous verrez de plus en plus de médecins sénégalais ou issus d’autres pays africains s’installer au Maroc pendant que les nôtres voleront vers l’Hexagone… Puisque la France nous « pique » nos médecins, on ira débaucher ceux de pays encore moins bien lotis que nous ! À chacun son immigration choisie ! Et l’hémorragie continue…

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