Abdellah Chankou
16.7.2020 13:34

«Le 10ème président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmajid Tebboune, effectuera le 15 août 2020 au Maroc, sa première visite officielle à l’étranger», lit-on dans une dépêche de l’APS, datée du lundi 6 juillet. Avant que cette information ne soit suivie par une cascade de volte-face pour le moins troublantes. Il y eut d’abord, le démenti, samedi 11 juillet, du patron de l’agence de presse algérienne, connue pour son hostilité assidue envers le Royaume et ses institutions ! Attendre 5 jours pour qualifier cette nouvelle de fake news a de quoi laisser perplexe… Une nouvelle qui tomba dans le sillage de l’interview accordée, samedi 4 juillet, par le président algérien à la chaîne France 24 où il a déclaré : «Nous n’avons aucun problème avec les Marocains» et «nous sommes ouverts à toute initiative susceptible de normaliser nos relations avec nos frères marocains».

Puis viendra  la mise au point du même interviewé sous forme d’un entretien accordé,  lundi 13 juillet, au journal français l’Opinion où il affirme que le soutien apporté par l’Algérie aux mouvements de libération est «presque dogmatique». Que faut-il conclure de cette belle cacophonie algérienne ? Que M. Tebboune est une marionnette qui s’est fait remonter les bretelles, à l’issue de son interview à France 24, jugée conciliante envers le Maroc,  par ceux qui l’ont adoubé président, l’obligeant à manger son chapeau en défendant sur un autre support la ligne anti marocaine classique.

Les responsables marocains avaient l’habitude de jubiler à la moindre déclaration d’un dirigeant algérien allant dans le sens d’une volonté d’apaisement, avant que celle-ci ne s’avère être qu’une manœuvre aux objectifs inavoués. A Rabat qui a manifestement décidé de ne se laisser plus abuser par son ennemi le plus fidèle, on s’est gardé cette fois-ci de se réjouir à l’avance de l’annonce du  projet de visite de M. Tebboune au Maroc. Pour certains observateurs, celui-ci a tout l’air,  après le démenti officiel, d’un ballon d’essai qui n’a pas rencontré  auprès des officiels marocains l’enthousiasme attendu  du côté algérien. D’où le démenti de l’APS et le rétropédalage de Tebboune.    

Les autorités marocaines ont raison de faire preuve de circonspection, vaccinées qu’elles sont contre la duplicité chronique d’un voisin erratique dont les actes à répétition, respirant l’hostilité et la mauvaise foi permanentes, contredisent les règles de bon voisinage et de bienséance diplomatique. Que  le chef de l’État algérien, investi en décembre 2019, ait réellement décidé avec l’accord de ses mentors en treillis de réserver sa première visite à l’étranger au Royaume, cela signifierait qu’Alger a fini par se convaincre de la nécessité de mettre à plat l’ensemble des différends, principalement celui du Sahara marocain. Ce qui n’est pas acquis puisque l’Algérie a trouvé entre-temps un autre  artifice : Conditionner son acceptation de la main tendue du Maroc à  son accord de dissocier la question du Sahara des autres dossiers (normalisation politique, coopération économique, réouverture de la frontière terrestre). Les dirigeants algériens croient pouvoir encore tromper le voisin marocain avec leur marché de dupes flagrant visant à les faire passer leur pays pour un acteur neutre dans le  conflit du Sahara.  

Sous l’effet de contraintes exogènes, l’Algérie actuelle donne l’image d’un pays dos au mur, en perte d’influence, voire aux abois, fragilisé de plus en plus par la chute continue du prix du baril mais aussi par la perte de son leadership historique sur le gaz naturel.

Or ce litige, tout le monde le sait, est une fabrication algérienne, qui remonte à la période d’Abdelaziz Bouteflika ministre des Affaires étrangères. C’est ce conflit factice qui est à l’origine de l’empoisonnement depuis 1975 des relations bilatérales et du climat régional. Par le truchement du Polisario, l’Algérie a tout tenté, entrepris, en déployant généreusement sa diplomatie du chéquier là où il y a des soutiens à acheter, des pays à retourner pour en faire un problème de décolonisation là où il ne s’agit en fait que d’une bande de mercenaires, enfantée et soutenu par l’appareil militaro-sécuritaire algérien. Cette entité chimérique n’est au fond qu’une opération de déstabilisation du Royaume, une guerre d’usure contre son économie, habillée en action «de soutien à la cause sahraoui  et au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination». Un moment abusée par ce discours, la communauté internationale dans sa majorité a fini par comprendre que le Maroc était chez lui au  Sahara et que le Polisario n’est qu’une marionnette entre les mains des généraux  algériens.

En continuant à soutenir cette chimère alors qu’elle s’est vue retirer au fil des années la reconnaissance de nombreux pays, l’Algérie a fait preuve d’une incroyable fuite en avant, refusant de voir la réalité en face, quitte à persister dans la voie de l’erreur et de la déraison. Les enjeux et les intérêts géostratégiques ont changé. Le Mur de Berlin est tombé et l’Union soviétique a volé en éclats.

La mondialisation a vu le jour, changeant les rapports de force économiques, de nouveaux ensembles régionaux se sont constitués et la Chine a émergé comme une nouvelle puissance mondiale. Que de bouleversements se sont produits sur fond de formation de nouvelles alliances. Mais l’Algérie est restée fidèle à son délire anti marocain au nom «du doit des peuples à l’existence et à la liberté», merveilleusement figée dans un anachronisme unique dans les annales internationales.

Fermée à toute solution de bon sens, celle de «ni vainqueur, ni vaincu», proposée généreusement par le Maroc, à travers le plan d’autonomie pour le Sahara. A trop s’entêter à vouloir mettre le Maroc sous sa botte, l’Algérie s’est dangereusement isolée, sacrifiant au passage les intérêts de son peuple et ceux d’un Maghreb fort et uni. Pour, à l’arrivée un résultat nul, voire contre-productif. Quel gâchis ! Celui-ci aurait pu être évité si le palais d’El Mouradia n’avait pas rejeté les nombreuses mains tendues de S.M. le Roi Mohammed VI pour ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays et donner une chance à la naissance du Maghreb des peuples.

Sous l’effet de contraintes exogènes, l’Algérie actuelle donne l’image d’un pays dos au mur,  en perte d’influence, voire  aux abois, fragilisé de plus en plus par la chute continue du prix du baril mais aussi par la perte de son leadership historique sur  le gaz naturel dont elle n’est plus le principal fournisseur sur nombre de marchés, à commencer par l’Espagne devenue cliente des Etats-Unis.  

Quand les recettes de la manne pétrolo-gazière s’amenuisent, la capacité de nuisance se réduit  naturellement. Cette disette financière est à corréler certainement avec la volonté exprimée par M. Tebboune de normaliser avec son voisin et que la junte militaire aux commandes n’est pas encore prête à cautionner. Visiblement, les galonnés d’Alger, qui se soucient des intérêts du peuple algérien comme de leurs premiers brodequins, ont juré de pomper les mamelles de la rente pétrolière et de l’économie parallèle. Jusqu’à la dernière goutte…

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