Les impôts indirects et droits de douane ont pulvérisé un nouveau record : 38,3 milliards de DH à fin avril 2022, soit une hausse de 11% par rapport à la même période de l’année dernière. De quoi faire pâlir de jalousie les autres administrations qui participent à l’alimentation du budget général de l’État… Si le patron des gabelous, Nabyl Lakhdar, et ses équipes ont raison d’en tirer des motifs de fierté légitime, il convient de savoir que ce n’est pas seulement, comme certains ont tendance à le penser, l’assèchement de la contrebande en provenance de Sebta et Melilla - les produits agroalimentaires made in Spain accèdent toujours au marché national mais de manière légale - qui explique ces excellents résultats. D’autres facteurs entrent en ligne de compte, principalement la hausse continue des importations, conjuguée depuis le début de la guerre en Ukraine, à l’envolée des prix des hydrocarbures et des céréales, qui continuent d’ailleurs à creuser le déficit commercial dans des proportions abyssales.

Le Maroc, c’est connu, importe plus qu’il n’exporte, ce qui ne permet guère de faire sortir la balance commerciale de son déficit structurel. Se creusant d’année en année, ce déséquilibre profite évidemment aux pays exportateurs, notamment ceux avec lesquels le Maroc a conclu des accords de libre-échange. Seule solution pour renverser la vapeur, étoffer l’offre exportable nationale de telle sorte à réduire le volume des biens importés.

En ces temps de pression très forte sur le budget général de l’État en raison de l’explosion de diverses charges liées notamment à la compensation et à la subvention des transporteurs,  la hausse soutenue des recettes de la douane, qui ont dépassé la barre symbolique des 100 milliards de DH en 2018, est certes une excellente nouvelle pour le gouvernement. Mais derrière cette belle performance financière se profile une réalité très peu flatteuse : la faiblesse de l’industrialisation du Maroc, voire sa désindustrialisation qui s’est accélérée avec l’avènement de la mondialisation arrogante. Autrement dit, l’arbre de la bonne santé financière de l’administration des douanes cache en même temps l’indigence du tissu productif national et son absence de compétitivité qui ont fait qu’il est devenu plus rentable d’être agent importateur qu’industriel. Or, le déficit commercial sur le long terme où s’est installé le Maroc constitue un enjeu économique majeur sur deux plans : D’abord, en matière d’emploi ; en ce sens que les millions de containers, remplis de produits manufacturés ailleurs, qui entrent chaque année par le port de Casablanca, représentent autant de postes de travail en moins sur le sol national, surtout pour des articles moins sophistiqués que l’on peut usiner localement. Autrement dit, le Maroc se prive ainsi d’un levier important pour réduire le chômage des jeunes qui ne cesse de monter en flèche.

Soyons de bons stratèges et faisons de Forsa, dernier programme gouvernemental en date qui finance et accompagne les jeunes porteurs de projets, un acte fort de souveraineté industrielle sur quelques articles d’importation !

Au-delà des biens d’équipement à usage industriel ou agricole et les produits énergétiques et leurs dérivés, le Maroc a la possibilité de fabriquer sur son sol tous ces articles et autres babioles essentiellement domestiques en plastique, en verre ou en bois qui ne requièrent pas une technicité particulière. Et Dieu sait qu’il y en a une flopée … A-t-on par exemple besoin d’importer des manches à balai et les verreries de table de Chine et autres articles de bonneterie et les tapis de prière de Turquie ?

Outre l’enjeu de l’emploi, cette industrialisation importée comporte un enjeu stratégique qui réside dans la forte dépendance du Maroc de l’extérieur pour ses divers approvisionnements dont de nombreux facteurs renchérissent aujourd’hui les prix.

A l’heure où  la souveraineté industrielle a fait son entrée dans les discours politiques, ici comme ailleurs, dans la foulée de la crise sanitaire et tout  ce qu’elle a charrié comme prises de conscience mondiale quant à la nécessité de privilégier le produire-local en encourageant les relocalisations, il est essentiel que ce   concept en vogue soit mis en musique par les responsables marocains. A commencer par le titulaire du portefeuille du commerce et de l’Industrie, qui peut se concrétiser en commençant par jeter un coup d’œil sur la nomenclature des produits importés. Il ne manquera certainement pas de tomber à la renverse en se livrant à cet exercice qui lui fera réaliser que le Maroc ne fabrique pas grand-chose, que les Marocains sont juste des tubes digestifs et des consommateurs des créations des autres. Le génie marocain réputé pour sa créativité en prend un sacré coup.

Objectif de cet exercice, lister tous les produits que le Maroc peut fabriquer sur son territoire de Tanger à Lagouira et se donner les moyens de faire orienter en synergie avec les autres départements concernés l’investissement national vers les secteurs concernés. L’industrialisation ce n’est pas seulement les mégas projets dans l’automobile et l’aéronautique. Elle démarre par des projets tout aussi essentiels dans divers pans de la petite industrie dont le Maroc importe les produits au lieu d’en favoriser l’émergence locale. Un véritable plan d’émergence industrielle, créateur de richesse et d’emplois, commence par là.  

Soyons de bons stratèges et faisons de Forsa, dernier programme gouvernemental en date qui finance et accompagne les jeunes porteurs de projets, un acte fort de souveraineté industrielle sur quelques articles d’importation ! Savez-vous, par exemple, que l’économie sociale solidaire nationale, tournée essentiellement vers la valorisation des produits du terroir, est lourdement handicapée par les prix excessifs de l’emballage (bouteilles et pots en verre ou en PET, papier kraft…) qui vient pour la plupart de l’étranger… ?  Les tarifs pratiqués sont tels que les contenants, pas souvent disponibles, sont souvent plus chers que le contenu. Ce qui ne permet pas aux acteurs de cette filière d’être compétitifs alors que les produits de notre beau terroir sont d’une qualité reconnue.      

« Nous ne sommes plus les naïfs de la mondialisation », avait clamé M. Mezzour, le ministre en charge du secteur, lors d’un forum de presse en janvier dernier. Magnifique prise de conscience. Mais il faut évidemment aller au-delà des mots : prendre le taureau des importations massives par les cornes pour installer un cercle vertueux dans le commerce extérieur national.

Les plus lus
CONFUS DE CANARDLa justice au cœur de la tempête

La justice traverse une période de crise qui risque de saper durablement sa crédibilité. En cause des fuites d’enregistrements largement partagées sur les réseaux sociaux, qui portent atteinte à son image et à celle des magistrats...

Abdellah Chankou
28.7.2022 11:50
CONFUS DE CANARDLittoral en péril

Selon un sondage du Conseil économique, social et environnemental (CESE), quelque 85% des Marocains ne sont pas contents de la manière dont le littoral de leur pays est aménagé. Une insatisfaction qu’ils ont exprimée via un sondage...

Abdellah Chankou
7.7.2022 2:07
CONFUS DE CANARDDéclin scolaire en mode accéléré

Le made by Morocco existe! Le Canard l’a rencontré au détour de quelques microtrottoirs diffusés sur les réseaux sociaux, où certains candidats livrent leurs réactions à chaud à la sortie de l’examen. Rien d’instructif. Ni de constructif.

Abdellah Chankou
30.6.2022 3:43
CONFUS DE CANARDL’Afrique doit monter en graine...

La Russie et l’Ukraine représentent 30 % des exportations mondiales du blé. C’est pour cette raison le que conflit russo-ukrainien menace la sécurité alimentaire d’une frange importante de la population du globe…

Abdellah Chankou
23.6.2022 0:09