Comme au début des années 90, lors de la première crise du Golfe qui avait ravagé l’industrie mondiale des voyages, les professionnels du tourisme marocains ont les yeux de Chimène pour le touriste local. Trois décennies plus tard, c’est le même scénario qui se répète avec cette fois-ci la pandémie du Covid-19 qui a vidé le Maroc de ses touristes internationaux dans des proportions dramatiques.

Opérateurs du secteur et autorités de tutelle ne jurent désormais que par le tourisme domestique pour espérer sauver une saison estivale très mal engagée, voire compromise. En cas de crevaison et de panne, avoir dans son coffre le cinquième roue du carrosse peut toujours s’avérer utile ! Sauf que rien n’a été préparé depuis 30 ans en matière d’offre touristique qui soit conforme au profil et aux attentes des familles marocaines. Les hôtels étant surtout adaptés au tourisme international de séjour (TIS), il fallait normalement penser à mettre au point des formules d’hébergement adaptées aux vacanciers du cru en tenant compte de leurs spécificités culturelles. Et ces formules sont sans conteste les appart’hôtels avec salon, chambre pour les parents et une deuxième pour les enfants, dotés de toutes les commodités nécessaires (kitchenette et ustensiles de cuisine, coin vaisselle,  linge…). En somme, tout ce dont a besoin une famille marocaine-type pour se sentir dans son élément pour passer sur ses terres des vacances de qualité et pas chères. Ces meublés du tourisme destinées à la location existent à Agadir, Marrakech ou Tanger mais ils restent très marginaux dans le paysage touristique national toujours dominé par les  hôtels et les riads qui sont hors de prix pour le touriste local issu de la classe moyenne. Quant au citoyen lambda payé au smig et rivé en bas de l’échelle,  jouer au touriste dans son propre pays pendant quelques semaines de l’année, relève encore d’un luxe inaccessible…

L’absence du tourisme intérieur dans les multiples visions bancales du secteur est d’autant plus incompréhensible que le pays regorge

d'attraits riches et multiples.

Qu’à cela ne tienne ! Le Marocain disposant d’un peu de moyens accepte d’être un pis-aller, ce bouche-trou consentant, en attendant le retour du vacancier étranger. Chiche ! Mais où est le produit  qui répond avec un bon rapport qualité-prix aussi bien à ses goûts qu’à son budget? Autrement dit, la demande est là. Le potentiel aussi. Mais pas l’offre ! C’est quand même extraordinaire, non ? De qui se moque-on ? Ce qui n’a pas empêché la ministre du Tourisme, dont  les prédécesseurs se sont toujours accommodés de cette situation, de s’infliger des réunions sérieuses et néanmoins tardives avec les professionnels. L’objectif est noble : inciter le Marocain dans un élan patriotique à consommer touristiquement local pour atténuer les effets de la crise sanitaire sur les métiers du tourisme national. Pour sa part, l’ONMT a poussé le sens de l’initiative jusqu’à nous gratifier d’une enquête sur les goûts touristiques des Marocains et les villes où ils préfèrent partir en villégiature les mois de juillet et août prochains!

L’indigence de l’offre, y compris pour les touristes étrangers, est aggravée souvent par les sévices du service que les opérateurs touristiques dans leur grande majorité continuent à confondre avec l’accueil (L’accueil du premier jour est excellent mais après c’est la galère). Posez la question aux Marocains issus de la classe moyenne ou aisée qui ont séjourné dans les hôtels du pays et vous serez édifiés sur le retour de l’expérience client. Il y a de quoi tomber de sa chaise et ne pas s’étonner que de plus en plus de Marocains attirés par un rapport-qualité prix défiant toute concurrence, optent pour des vacances à l’étranger notamment en Espagne et Turquie…

L’absence du tourisme intérieur dans les multiples visions bancales du secteur est d’autant plus incompréhensible que le pays regorge d’attraits riches et multiples (deux belles façades maritimes, arrière-pays enchanteur, paysages fabuleux, désert, neige, montagnes, lacs et rivières…) à faire pâlir de jalousie les pays les moins gâtés par la nature. Est-il compliqué de créer par exemple une seule station balnéaire dédiée au touriste du cru avec un résidentiel  aux normes et toutes les commodités autour (supermarchés, snacks, restaurants, paillottes, cafés, magasins, etc…) ? Autrement dit, un  îlot de délassement où il fait bon séjourner en famille aux antipodes du massacre historique de la côte tétouanaise avec ses villas en front de mer et de la prédation immobilière, sous couvert de complexes touristiques, à l’œuvre dans plusieurs bouts de l’océan atlantique… Nul n’est touriste en son pays !

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