Abdellah Chankou
6.3.2020 0:00

En matière de sensibilisation à l’économie et son importance, le Maroc a toujours été un mauvais élève. La quasi absence des campagnes de conscientisation par rapport aux valeurs liées à l’eau a fini par banaliser son gaspillage à grande échelle à travers des gestes dispendieux devenus presque mécaniques comme laisser couler le robinet pour laver quelques assiettes. On consomme aussi beaucoup d’eau pour se laver. Et souvent plus que nécessaire et plus que de raison. Que ce soit sous la douche ou dans les hammams, cette denrée précieuse, tellement à portée de main que le Marocain en général pense à tort qu’elle est inépuisable, subit tous les jours un véritable massacre. Or,  les astuces pour économiser l’eau existent mais ces Eco gestes et la modération qui en dé-coulent   ne font pas partie du lexique national alors même que le Maroc est confronté depuis quelques années au stress hydrique du fait du déficit pluviométrique et du retard des précipitations engendrés par les chamboulements climatiques. Il a fallu que la situation devienne alarmante, le taux actuel de remplissage des barrages étant faible, pour que les pouvoirs publics, désormais pris par surprise et dos au mur, se décident à prendre des mesures drastiques là où il fallait mettre en œuvre des stratégies anticipatrices susceptibles de faire émerger des dynamiques citoyennes pour permettre à chacun d’agir à son échelle.  Il est urgent de changer de comportement, surtout que l’eau pourrait commencer à manquer dans certaines zones du pays dès cette saison estivale connue pour être propice à la surconsommation. Une perspective très peu réjouissante pour un pays pas habitué aux politiques de restrictions de l’usage de l’eau qui peuvent toucher particulièrement le monde rural. 


La pastèque appelée communément le melon d’eau connue pour être très gourmande en eau n’est pas adaptée aux zones arides et semi-arides où poussent traditionnellement les palmiers et certains arbres qui résistent à la sécheresse. 


La région de Souss-Massa, dont une grande partie des ressources hydriques est engloutie par une agriculture intensive tournée essentiellement vers l’export,  connaît une situation critique en raison de la faiblesse de la pluviométrie.  À la date du 28 février, le barrage Ibn Tachfine, par exemple, a enregistré un taux de remplissage de 13 %, soit 40 millions de mètres cubes, très loin de sa capacité totale qui est de 296 millions. Ce qui a poussé le ministère de l’Intérieur à annoncer des mesures de rationnement pour la ville d’Agadir et certaines zones du sud comme Foum Zguid, province de Tata. Ici, le coupable principal a pour nom la pastèque dont les pouvoirs publics ont très curieusement laissé prospérer la culture sur plusieurs hectares dans cette localité et les zones avoisinantes telles que Zagora. Ce qui est une hérésie agricole étant donné que la pastèque appelée communément le melon d’eau connue pour être très gourmande en eau n’est pas adaptée aux zones arides et semi-arides où poussent traditionnellement les palmiers et certains arbres qui résistent à la sécheresse. Malgré les protestations des habitants pénalisés par cette culture étrange venue d’ailleurs qui leur vole en quelque sorte leur eau tout en exerçant une forte pression sur la nappe phréatique, rien n’a été entrepris pour en interdire par la loi sa production sur les terres du désert ! 

Face à l’insécurité hydrique qui se profile à l’horizon, le gouvernement est invité sans tarder à repenser la consommation d’eau dans ses dimensions à la fois domestique, agricole et industrielle. Objectif : adapter les politiques publiques aux changements climatiques qui ne sont plus une vue de l’esprit. Une question qui coule de source se pose à cet effet : Certes, le Maroc s’est distingué par sa politique visionnaire des barrages initiée par feu Hassan II et poursuivie par S.M. le Roi Mohammed VI,  mais est-il possible pour le Royaume, que plusieurs études internationales  ont placé dans le club des zones à risque « élevé» de manque d’eau en 2030, continue à vivre  comme si l’eau était une donnée immanente et inépuisable ? avec une disponibilité d’eau  actuelle inférieure à 1 000 m3/habitant/an, il n’est plus permis pour le Maroc de rester les bras croisés. Selon la Banque Mondiale, le manque d’eau c’est une perte de 6 à 14% du PIB en moyenne dans les pays touchés. Et si la pression sur les ressources se poursuivait, 45% du PIB mondial et 40% de la production céréalière mondiale seront compromises d’ici 2050. À l’échelle planétaire, 3 emplois sur 4 dépendent d’un approvisionnement fiable en eau. Les conséquences sociales nées de la multiplication des crises en relation avec l’eau pourraient, elles, être catastrophiques.

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