Abdellah Chankou
9.5.2020 19:21

Dans toutes les tribunes médiatiques  étrangères, articles de presse et émissions radios, plateaux télé et enregistrements sur le Net, le Maroc est cité en exemple- y compris dans les supports qui lui sont traditionnellement hostiles- pour sa gestion de la pandémie du Covid-19.

Tant d’éloges à l’endroit de notre pays a de quoi flatter l’amour-propre des Marocains qui n’ont pas d’ailleurs boudé leur plaisir, donnant  libre cours à leur autosatisfaction en partageant sur les réseaux sociaux ce torrent de commentaires dithyrambiques. Ces derniers ont ceci de particulier qu’ils ne relèvent pas des publi-reportages habituels payants, encartés dans certaines publications étrangères hautes en couleur visant à présenter le Royaume sous son meilleur jour à grand renfort de superlatifs et d’articles laudateurs. Cette fois, l’objectivité l’a emporté, tant le Maroc a imposé et en a imposé jusque sous les lambris de la république française, à l’assemblée nationale où il a eu droit à son heure de gloire. Le point d’orgue de cette admiration aura été l’intervention très remarquée  le mardi 28 avril du président de la France insoumise (LFI), le fougueux Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas résisté à l’envie de saluer l’exception marocaine.  Pointant les ratés macroniens de la gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus, il a lancé en direction des députés : « Oui le Maroc, mon pays natal (…) mérite votre admiration ».

Les éloges continuent à pleuvoir de partout, mettant en relief le fait que le Maroc, ce pays  du sud,  aux moyens limités,  s’en sort mieux que bien des pays développés dont fait partie la France. N’en jetez plus. L’on voit clairement que le Maroc est devenu un enjeu de la politique intérieure française que même certains ténors de l’extrême droite lepéniste n’ont pas  hésité à instrumentaliser pour appuyer leurs thèses anti européennes et régler au passage leurs comptes avec les gouvernants français.          

Au-delà de ces arrière-pensées politiciennes somme toute de bonne guerre, le fait est que cette reconnaissance internationale oblige d’autant plus le Royaume qu’il a été placé sur un pied d’égalité avec l’Allemagne au sujet du traitement de la crise sanitaire.  Mettre une nation du Tiers-Monde au même niveau que ce pays-locomotive de l’Europe, réputé pour sa rigueur gestionnaire et la qualité de son industrie, est certes flatteur. Mais ce brevet de bonne conduite décerné au Maroc est de ceux qui incitent à capitaliser sur les acquis et les réussites, plutôt que de s’endormir sur ses lauriers en se gargarisant des éloges d’autrui. En quête depuis quelque temps d’un nouveau modèle de développement, le Maroc a tout gagner en s’inspirant de la réussite allemande et, pourquoi pas de quelques autres exemples performants.

Ce réveil national doit pouvoir vivre et se poursuivre le jour d’après pour qu’émerge un Royaume nouveau qui compte principalement sur ses neurones

locaux sous-estimées jusqu’ici.

Voilà qui devrait normalement pousser les  élites  décisionnaires du royaume,  qui ont du mal à se défaire de leur déterminisme historique lié à la colonisation française,  de changer leur fusil d’épaule et explorer de nouvelles voies de développement et de partenariat. Surtout que la France, qui a cessé d’être un modèle pour les Français eux-mêmes, adore se comparer à l’Allemagne dont la performance dans le domaine industriel notamment suscite d’habitude l’admiration des responsables hexagonaux. C’est désormais sur le front sanitaire que le pays de Merkel  avantagé par la souplesse de son organisation régionale des Landers a montré son efficacité par rapport au pays de Macron plombé, lui,  par une bureaucratie très tatillonne. Là réside la différence.  

C’est dans des moments difficiles que les nations se révèlent à elles-mêmes. Le problème du coronavirus et la manière  dont il a été géré grâce à la réactivité et la perspicacité royales ont fourni aux Marocains l’occasion inespérée de prendre leur destin en main. L’esprit d’initiative et de créativité admirable dont ils ont faire preuve à cette occasion (fabrication des masques de protection et  des respirateurs artificiels entre autres) montre si besoin qu’ils ont assez de potentiel pour parier sérieusement sur une véritable industrialisation du pays. Ce réveil national doit pouvoir vivre et se poursuivre le jour d’après pour qu’émerge un Royaume nouveau qui compte principalement sur ses neurones locaux sous-estimées jusqu’ici. Objectif : produire certains biens industriels portant l’indication made in Morocco au lieu de se complaire dans la posture de l’importateur résigné de tout et de n’importe quoi fabriqué par les autres. Le made in Morocco peut s’exprimer dans un premier temps par des appareils peu sophistiqués comme les équipements électroménagers et du matériel roulant (motos)  destinés au marché local et aux pays africains.

Une belle fenêtre de tir s’offre aujourd’hui aux décideurs marocains. S’il veut s’extraire de la dépendance étrangère dans le domaine industriel, le Maroc n’a d’autre choix que d’inventer et de se réinventer à la fois en se donnant les moyens d’accéder à la technologie qui se vend et s'achète aujourd'hui. Ce saut qualitatif ne peut se faire qu’avec la garantie d’un État fort et stratège qui reste un acteur essentiel dans l’émergence d’un Maroc inventif, sûr de lui-même et qui fait confiance à son intelligence locale. Vu sous cet angle, le coronavirus a un coût, mais il n’a pas de prix.

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