A l’occasion de son grand oral de la nouvelle année devant la Chambre des conseillers, qui s’inscrit dans le cadre des dossiers de politique générale, Aziz Akhannouch s’est exprimé, le 4 janvier, sur un sujet fondamental qu’il connaît trop bien : le développement rural. D’entrée de jeu, le Premier ministre fait une mise au point qui constitue le fil d’Ariane de sa stratégie gouvernementale : « D’un point de vue intégré, le développement du monde rural ne consiste pas en la mise en place d’une école ici ou d’un centre de soins là, loin des routes et des circuits praticables ». Le nouvel exécutif - et il faut s’en féliciter - entend rompre avec cette vision réductrice du Maroc des campagnes qui a prévalu jusqu’ici, aussi bien dans les discours partisans que dans les politiques publiques. Pour obtenir les suffrages des ruraux, les différents candidats aux élections leur promettent un point d’eau, un dispensaire ou dans le meilleur des cas une route. Point de programme de développement digne de ce nom, susceptible de sortir le monde rural de son sous-développement structurel et de son déficit chronique en infrastructures de base. Il a fallu attendre l’avènement du Plan Maroc Vert en 2008 pour changer réellement de paradigme, et mettre le curseur sur le problème majeur des populations rurales : l’absence d’une source de revenu stable qui leur permet de subvenir aux besoins les plus élémentaires.

Piloté par Aziz Akhannouch avec la bienveillance royale, le PMV, dans sa partie agriculture solidaire, a réussi le pari difficile de faire accéder, à coups de subventions et d’accompagnement, les citoyens économiquement fragiles à des activités génératrices de  revenus via la valorisation de plusieurs produits de terroir par le truchement notamment des coopératives qui ont fleuri aux quatre coins du Maroc rural comme des primevères au printemps. Sans conteste, le PMV a réveillé des vocations, écrémé des réussites, permis à la femme rurale d’être financièrement autonome, et mis les enjeux de développement du monde rural au cœur des politiques publiques. Sur ce plan, la performance est tangible, au point que ce plan est devenu un modèle exportable puisqu’il a suscité l’intérêt de nombre de dirigeants africains. Sur le socle de ce cercle vertueux qu’est le PMV, sur lequel  Génération Green - programme bénéficiant de la sollicitude royale qui  vise à faire émerger une classe moyenne rurale -, il est possible, à condition de s’en donner les moyens, d’atteindre l’objectif escompté par tous : la réduction des disparités sociales et spatiales qui plombent la ruralité en l’empêchant d’être un vecteur de prospérité et d’équilibre. Le monde rural c’est 90% du territoire, 40 % de la population et 20% du PIB. Ce n’est pas normal que la dynamique de développement à l’échelle nationale continue à se faire au détriment de la campagne.

Le monde rural c’est 90% du territoire, 40 % de la population et 20% du PIB. Ce n’est pas normal que la dynamique de développement à l’échelle nationale continue à se faire au détriment de la campagne.

Une réalité amère que les responsables redécouvrent à chaque hiver et qui tourne au calvaire pour le Maroc profond meurtri, à cause du froid glacial généré par la neige. Ce qui ajoute à la souffrance d’une partie de la population notamment des zones montagneuses qui se retrouve coupée du reste du pays. Tout concourt pour rendre son quotidien, déjà très difficile en temps normal, encore plus douloureux. Ni routes praticables, ni bois pour se chauffer et souvent pas de quoi se sustenter pour de nombreuses familles. Ces oubliés de la croissance, dont le calvaire aurait pu être atténué si les pouvoirs publics avaient pensé les faire bénéficier de logements de plain-pied pendant la saison du froid, sont assiégés et piégés en haute altitude  dans des conditions effroyables. Impossible de se rendre au souk ni à l’école qui sont généralement loin du douar où la survie se fige dans des séquences qui ont quelque chose de moyenâgeux. Beaucoup perdent dans la rudesse de ces conditions météo leurs troupeaux qui constituent leur unique richesse dans un environnement des plus hostiles.

Heureusement que le souverain fait mobiliser chaque année les Forces armées royales pour apporter l’aide et les secours nécessaires pour les victimes des intempéries et des vagues de froid. Mais pourquoi recourir  constamment quand il s’agit du monde rural à des solutions provisoires comme les  hôpitaux de campagne ou des campagnes de distribution de couvertures avec quelques victuailles là où les décideurs politiques  sont censés agir pour désenclaver, faire passer des routes dignes de ce nom, construire des hôpitaux en dur, créer des équipements éducatifs, contribuer à la valorisation des potentialités territoriales, et promouvoir des activités susceptibles de fixer les populations rurales?

« Le développement rural est une politique publique intégrée qui nécessite une coordination et une convergence entre les différents intervenants, gouvernement, élus locaux, société civile, sur la base de visions et d’approches multidimensionnelles », a expliqué devant les conseillers Aziz Akhannouch, qui a mis ainsi le doigt sur le principal frein qui fait que le milieu rural a du mal, malgré l’importance des moyens financiers mobilisés par l’État, à amorcer une ouverture au progrès et à sortir de son enclavement. Il y a assurément un énorme déficit de synergies, beaucoup de déperditions et même d’antagonismes qui empêchent la convergence des efforts. Mais jusqu'à quand la détresse et le dénuement des habitants des contrées rurales vont-ils laisser froids les responsables ?

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