Comme en 2023, le gouvernement, sécheresse et cherté des aliments pour bétail obligent, est contraint au cours de 2024  d’importer des bovins et même des ovins destinés à l’abattage. Pour les mêmes raisons  que l’année précédente : tenter d'équilibrer le marché  national  et  de réduire les prix au détail , qui ont de nouveau repris leur envol dans les boucheries,  via une levée  des barrières douanières et même une subvention des importateurs.  
A l’approche du Ramadan mois de tous les excès alimentaires,  le pouvoir d’achat de la population est donc bien parti pour subir une nouvelle érosion du fait du renchérissement  continu du coût de la vie induit par une série de facteurs endogènes et exogènes.
Mais  force est de constater que le maintien du processus des importations de tout ce qui touche à l’élevage (viandes rouges, lait en poudre et aliments pour bétail) est un fardeau supplémentaire pour les finances publiques. Face à cette grosse saignée , une question se pose : Faut-il continuer à garder sous perfusion une filière gravement atteinte  qui est en train de foutre le camp ? Preuve, même dans les campagnes, les prix des viandes rouges ne sont pas donnés !  La chair du caprin, largement consommée par les ruraux,  coûte actuellement  entre 100 et 120 DH le kilo contre 55 DH il y a trois ans. C’est dire la  crise sans précédent du cheptel qui frappe le pays.  
Est-il raisonnable de continuer à tout acheter en devise en engraissant au passage le lobby des importateurs pour que les tarifs des viandes rouges n’atteignent pas un certain seuil ? Ne faudrait-il pas plutôt élaborer un programme de soutien direct aux éleveurs locaux au lieu de subventionner à fonds perdus  dans son aspect consommation  un secteur confronté à des problèmes structurels ? Si  les Marocains en général raffolent des viandes rouges qu’ils mangent  de différentes façons (tagine, grillades et méchoui), ils  sont loin de figurer dans le top ten de la consommation mondiale dominée par les pays développés. Selon les données 2023 de la FAO, c'est à Hong Kong  que la viande est la plus mangée (137 kilos par habitant), devant les États-Unis (124,1 kg), l'Australie (121,6) et l'Argentine (109,4).

Est-il raisonnable de continuer à tout acheter en devise en engraissant au passage le lobby des importateurs pour que les tarifs des viandes rouges n’atteignent pas un certain seuil ?

La Mongolie, l'Espagne et la Serbie suivent avec une consommation qui dépasse les 100 kg de viande par personne et par an. Mais est-il nécessaire de soutenir  des prix à la consommation d’un produit qui n’est pas aussi stratégique que le pain et le gaz butane  surtout que les alternatives aux viandes rouges, prisées notamment pour les protéines qu’elles contiennent, existent au Maroc?  Il s’agit du poisson  dont le pays, fort de côtes réputées  très poissonneuses, dispose en  quantités  abondantes. Parmi ces ressources halieutiques figure  le petit pélagique, notamment la sardine  riche en protéines ( une sardine de taille moyenne pèse environ 85 grammes compte une vingtaine de grammes de protéines). L’aliment de substitution est là, accessible, bon marché et excellent pour la santé. Il faut juste prendre le taureaux par les cornes.
Malgré ses multiples  bienfaits du fait de sa bonne teneur en oméga-3  favorisant un bon fonctionnement du système immunitaire et de la réduction du mauvais cholestérol et des risques cardiovasculaires, ce petit poisson n’est plébiscité que par les couches défavorisées en raison surtout de  la modicité de son prix,  oscillant entre 15 et 20 DH le kilo. Or, c’est sur les périodes de vaches maigres, comme celle que traverse le pays,  que s’appuient les bons décideurs politiques pour amorcer un changement dans les habitudes alimentaires de la population.  Au Maroc, la crise des viandes rouges est propice au lancement d’une campagne d’éducation et de sensibilisation de vaste portée à l’importance de la sardine tout en œuvrant pour en baisser encore le prix jugé élevé par les ménages à faible revenu.  Il suffit juste de tenir un langage de vérité  aux citoyens en leur expliquant que les pouvoirs publics ne peuvent plus soutenir les prix du bovin et qu’ils doivent se tourner vers d’autres alternatives disponibles.
Maintenant que le registre social unifié est devenu réalité, le gouvernement serait mieux avisé de jouer le ciblage des aides y compris pour le gaz butane en mettant au point un  mécanisme (de bons par exemple) permettant à la population-cible d’acheter sa bonbonne au prix subventionné au lieu du système de hausse progressif appliqué à tout le monde, aux démunis comme aux riches. Ce qui est injuste. Des subventions mieux ajustées  permettent de dégager des ressources pour des dépenses publiques favorables à la création de richesses et à la promotion de l’équité sociale.

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