Abdellah Chankou
16.6.2022 0:46

En ce début de l’été qui s’annonce sous le signe de la reprise touristique après deux années de ravages covidéens, une certaine inquiétude commence à s’emparer petit à petit des esprits. La raison ? Le rebond du Covid enregistré depuis quelques semaines après plusieurs mois d’un reflux très significatif qui a encouragé les citoyens à renouer avec la vie normale d’avant. Souvent, il est vrai, sans masque ni gestes barrières, vécues plus comme une contrainte que comme des mesures de protection.  

Certes, la barre du millier de cas d’infections par jour a été franchie, vendredi 10 juin, alors que cette tendance haussière est appelée à se poursuivre pour des raisons objectives (réouverture des frontières, retour des touristes, déplacements des populations…). Mais sous cette reprise épidémique pointe une nouvelle rassurante : la quasi-absence de décès et des formes graves qui mettaient sous pression les services de réanimation lors des vagues précédentes mortelles. Cela veut dire que les nouveaux covidés arrivent à se soigner sans besoin d’être hospitalisés, signe que le virus a viré à une forme de grippe saisonnière guérissable à domicile. Effet certainement de la bonne couverture vaccinale réalisée par le Maroc grâce à la clairvoyance royale et à la mobilisation des services des ministères de l’Intérieur et de la Santé. En un mot comme en mille, la situation épidémiologique dans sa globalité est beaucoup moins préoccupante qu’avant la mise au point des vaccins. Donc pas de panique ? Que nenni ! En réalité et malgré les avancées sur ce front sanitaire, un certain climat d’inquiétude n’a jamais cessé d’être insidieusement entretenu via le fameux bulletin quotidien Covid diffusé par le ministère de la Santé. Que celui-ci a mis bizarrement un point d’honneur à maintenir depuis que le Maroc a déclaré son premier cas le 2 mars 2020.Tout se passe comme si Khalid Aït Taleb et ses services craignent que le virus ne disparaisse définitivement des esprits et que les Marocains reviennent une fois pour toutes à la normalité d’avant.  

On croyait que Khalid Aït Taleb en sa qualité de premier responsable du secteur allait passer à autre chose, vu qu’il a beaucoup mieux à faire surtout après la révolution sociale enclenchée par le souverain, à la faveur de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

Trop inhabituelle pour ne pas être suspecte, cette fringale de communication maintenue spécifiquement sur les indicateurs du Covid semble remplir une autre fonction relevant du non-dit qui irait au-delà de la volonté de transparence. La maladie dans la vision Aït talebienne a bon dos et sert de cache-misère aux mille et un maux de la santé au Maroc avec ses hôpitaux profondément malades et la fuite vers d’autres cieux plus cléments du personnel soignant. Le Covid permet de ne parler que du Covid et d’escamoter au passage les autres fléaux sanitaires autrement plus mortels. On croyait que Khalid Aït Taleb en sa qualité de premier responsable du secteur allait passer à autre chose, vu qu’il a beaucoup mieux à faire surtout après la révolution sociale enclenchée par le souverain, à la faveur de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Celle-ci n’étant pas une fin en soi-loin s’en faut-, le défi majeur pour le ministère de tutelle étant évidemment d’accompagner cette grande décision royale en initiant une réforme en profondeur du système de santé qui croule dans son versant public sous mille et un maux. Sur ce chantier fondamental, qui représente le cœur de sa mission, force est de constater que le professeur hissé au rang de ministre par deux fois est curieusement en retrait. Pas le moindre enthousiasme à signaler de ce côté-là. Alors, il faut que l’on sache : Le Maroc possède-t-il un ministre de la Santé ou un ministre du Covid ?

Un début d’inquiétude a gagné récemment les professionnels du tourisme national après qu’un bateau de croisière allemand, « Mein Schiff Herz », appartenant au géant des voyages TUI, a été empêché, mardi 7 juin, d’accoster au port de Tanger. Avec à son bord un millier de touristes qui ont pour la plupart déjà réservé des excursions dans la région nord. Motif du refoulement : 5 cas de Covid signalés parmi les passagers par le capitaine aux autorités portuaires tangéroises. Il n’en fallait pas plus pour que la décision tombe comme un couperet. Personne ne débarque ! Refoulement du navire hautement dangereux ( !). Le navire a aussitôt mis le cap vers Cadix en Espagne où les touristes sur lesquels le Maroc a royalement craché ont pu débarquer sans coup férir. N’aurait-il pas fallu agir autrement que par le refoulement pur et dur en offrant sur place à Tanger un confinement aux personnes contaminées, et laisser les autres croisiéristes sains profiter de leurs excursions à terre, sachant que ces touristes renvoyés représentent un manque à gagner considérable pour l’économie touristique régionale ? Manifestement, Khalid Aït Taleb, dont les services sont à l’origine de cette mesure administrative dépourvue d’intelligence, s’en moque comme de sa première blouse. Une mesure prise en dehors de toute évaluation objective du risque sanitaire par rapport au bénéfice économique du permis d’accostage ou non du navire allemand ! Premier département concerné, le ministère du Tourisme n’a pas son mot à dire, obligé de subir le diktat du ministère du coronavirus. Est-ce à dire que tout bateau, y compris celui transportant les MRE dans le cadre de l’Opération Marhaba, aura le même traitement en cas d’apparition de cas Covid à bord ?!  Faut-il déduire de cette décision pour le moins troublante que l’entrée au Maroc sans entraves est conditionnée pour les moyens de transport de masse (bateaux et avions) par l’inexistence d’aucun cas de contamination dans les rangs des voyageurs ? Aucune précision n’a été fournie à ce sujet par le département de la Santé qui, on l’aura compris, préfère la politique du bannissement générale à la stratégie de la gestion des cas d’infection sur le terrain.

Le refoulement du paquebot allemand sans autre forme de procès a eu comme effet de raviver la crainte des professionnels de voir encore ce ministère renouer avec ses réflexes de fermeture brutale des frontières nationales. Autrement dit, l’hospitalité marocaine n’est pas sortie de l’auberge, vivant toujours sous la menace d’une épée de Damoclès nommée Aït Taleb !

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