Curieusement, la grande absente de l’assouplissement des mesures du confinement improvisées est l’urgence économique et sociale. Tout se passe comme si le gouvernement islamiste n’était concerné ni par les dégâts colossaux provoqués par le covid-19 dans le tissu productif national notamment les PME et les TPE ni par l’élaboration d’un plan de reprise rapide, avec les mesures d’accompagnement nécessaires, des secteurs les plus touchés. Le tourisme et ses différents prestataires, ainsi que l’événementiel dans toutes ses branches ont payé un lourd tribut à la pandémie. Victimes d’un arrêt total d’activité car générateurs de contact humain, ces filières ont besoin de visibilité et surtout de soutien pour reprendre leur envol et envisager de nouveau l’avenir dans la confiance et la sérénité.    

L’omniprésence du Coronavirus et de sa courbe quotidienne des contaminations dans l’actualité du pays a occulté également la détresse de milliers de Marocains aussi bien des villes que des campagnes qui gagnent leur vie au jour le jour  grâce au système D. Ceux-là se sont retrouvés du jour au lendemain sans revenu du fait  du confinement général qui a ralenti drastiquement l’économie nationale.

Or, sur le front social, la situation commence à devenir intenable pour les populations financièrement vulnérables et la grogne qui transpire n’augure rien de bon. Certains vidéos commencent à circuler sur internet tournés par des rois de la  survie où ils crient leur désespoir, demandant aux autorités de libérer le pays. «Je préfère être emporté par le coronavirus que de mourir de faim moi et ma famille », lance un jeune homme taillé en athlète qui avait l’habitude avant  le coronavirus de vivre de petits boulots occasionnels. Le témoignage  poignant de ce père de famille au bout du rouleau reflète l’état d’esprit de plusieurs bataillons de Marocains qui ne possèdent que le numéro de la carte d’identité nationale.

Sur le front social, la situation commence à devenir intenable pour les populations financièrement vulnérables et la grogne qui transpire n’augure rien de bon.

Ni inscrits à la CNSS ni patentés, dépourvus de couverture sociale, gravitant autour de nombreux secteurs, ils survivent grâce aux circuits informels sans rien demander à l’Etat qui, il faut le reconnaître, a admirablement assumé ses responsabilités en consentant une aide directe de 1.000 DH par mois à quelque 4,5 millions de ménages démunis depuis le début du confinement en mars jusqu’à fin juin. Sans oublier l’indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 DH accordé par la CNSS aux salariés en arrêt de travail total ou partiel. Elémentaire et alimentaire, la subvention des pouvoirs publics a permis surtout à ses bénéficiaires de traverser le confinement sans crever de faim. Anesthésiés momentanément par ce bel élan solidaire, les problèmes sociaux nés du covid-19 ne vont pas s’étioler avec la disparition du virus. Ce qui fait craindre des tensions dès la rentrée prochaine. Les syndicats affûtent déjà leurs armes, prêts à en découdre avec le gouvernement appelé à recoudre un tissu socio-économique déchiré…  

Le grand défi à cet égard est de resolvabiliser ces millions de Marocains à revenus modestes (petits commerçants, auto-entrepreneurs, journaliers…) dont les banques ont reporté les échéances de divers crédits (immobiliers, à la consommation…). Objectif : permettre à cette catégorie socialement vulnérable, condamnée à l’oisiveté pendant le confinement de retrouver du pouvoir d’achat et d’honorer ses créances. Ne pas tendre la main à ces gens-là c’est les condamner à plus d’appauvrissement qui conduira à l’exacerbation des inégalités sociales déjà criardes dans le Maroc d’avant.

On verra si le Maroc, qui suscité l’admiration en sacrifiant la santé de son économie au profit de celle de sa population, saura faire preuve du même volontarisme pour soigner ses patients sociaux que sont les accidentés du coronavirus. Les islamistes au pouvoir, forts dans le caritatif politique générateur de voix électorales, ont-ils un protocole efficace à faire valoir ?

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