Abdellah Chankou
6.11.2022 12:04

La guerre russe en Ukraine qui se prolonge porte-elle en elles les germes d’une accélération de l’implosion de  l’Union européenne ? Les signes de cette dislocation potentielle, à l’image de l’ex-URSS, sont de plus en plus visibles. Il a suffi que le tsar russe coupe les robinets à l’UE pour que les économies de ses membres  soient profondément déstabilisées comme jamais. Ce qui montre que les livraisons russes de ce produit hautement stratégique étaient un facteur essentiel de prospérité de l’UE et de compétitivité de ses secteurs industriels notamment l’Allemagne qui a tout misé sur le gaz de Poutine. Quel retournement spectaculaire de conjoncture et surtout  d’Histoire !

Après avoir affiché un front uni contre la Russie dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine en votant des paquets successifs de sanctions économiques, l’Europe des 27 a aujourd’hui du mal à garder sa cohésion. Les fissures se multiplient sur fond de divergences de fond.

Résultat : elle parle de moins en moins d’une seule voix face aux divisions qui s’accumulent, montent crescendo, s’accentuent et inquiètent le camp des pro-européens tout en apportant de l’eau au moulin des eurosceptiques. En clair, la météo géopolitique dans cette partie du monde est porteuse de menaces grandissantes. Pour s’être laissée entraîner par l’attitude belliciste de Washington sans trop mesurer les conséquences désastreuses de cet alignement aveugle sur sa propre stabilité politique et économique, l’UE s’est retrouvée au cœur d’une grosse tempête qui commence à tout détruire sur son passage. A commencer par ce climat de concorde plus ou moins fragile qu’elle a jusqu’ici réussi, malgré les antagonismes, à instaurer entre ses membres.  

Après avoir affiché un front uni contre la Russie dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine en votant des paquets successifs de sanctions économiques, l’Europe des 27 a aujourd’hui du mal à garder sa cohésion.

Dernier épisode de tension en date, la brouille entre l’Allemagne et la France, considérées comme la locomotive de l’UE,  sur une série de sujets stratégiques où le gaz occupe une place prépondérante, vient  assombrir davantage l’horizon des 27. Quand le moteur fait des ratés, n’y a-t-il pas lieu à craindre pour l’ensemble de la machine tant la solidarité européenne est mise à mal par la tentation forte du cavalier seul de l’Allemagne qui représente le dynamo de l’Europe ? Le chancelier Olaf Scholz a fait débloquer en effet dans le dos de Bruxelles un plan de soutien massif de 100 milliards d’euros  pour  sauver le tissu industriel de son pays d’une faillite menaçante  à cause de l’envolée des prix du gaz et gommer le effets de l’inflation galopante sur les prix pour la population. Ce qui n’était pas du goût de la France de Macron qui attendait  des dirigeants allemands de jouer collectif comme l’avait fait Angela Merkel dans la gestion de la pandémie. Ce qui a permis au Vieux continent, le plus durement frappé par la crise sanitaire, de vaincre le coronavirus au prix du recours massif à la planche à billets via  le rachat de la dette des États par la Banque centrale européenne.

Du côté des peuples de l’Union, la situation ne se présente guère sous de meilleurs auspices. Les ressources de la patience populaire semblent avoir été épuisées après la mobilisation des premiers jours pour accueillir les réfugiés ukrainiens. Place désormais à l’exaspération. Face à la vie chère qui érode leur pouvoir d’achat au-delà du supportable, les citoyens européens commencent depuis quelques semaines à donner de la voix et à battre le pavé en France, en Espagne mais aussi au Portugal. Un vent de révolte a soufflé dans les opinions publiques européennes après que ces dernières ont remarqué que les sanctions économiques anti-Poutine se sont plutôt retournées contre le citoyen-consommateur en faisant tout flamber. Avec comme conséquence une inflation de 10% en moyenne dans la zone euro qui frappe de plein fouet les classes moyennes et défavorisées pendant que la Russie de Poutine semble ne pas être affectée par les paquets de mesures de rétorsion votées par Bruxelles.

En envahissant l’Ukraine, Vladimir Poutine cherche-il à détruire l’Europe  comme  le répètent à l'envi depuis le début des hostilités certains observateurs ukrainiens relayés par les médias européens ? Une chose est sûre : les 27 ont été entraînés malgré eux dans une guerre d’usure économique dont l’onde de choc a été mondialisée. L’Ukraine que l’UE a choisi de soutenir en matière d’armement beaucoup moins que les Américains plutôt que d’entrer directement dans le conflit prend de plus l’allure d’un immense purgatoire. L’UE s’est construite dans la prospérité, l’abondance et la paix. Saura-t-elle résister aux épreuves de force et de feu imposées par le maître du Kremlin ?

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