Abdellah Chankou
29.10.2020 2:28

Les mesures restrictives prises à l’échelle du grand Casablanca dès le mois d’août se sont avérées inopérantes. Elles n’ont pas en effet freiné, comme cela était espéré, la propagation du virus qui a bien au contraire poursuivi sa progression spectaculaire. Avec une croissance quotidienne du nombre des contaminations où la première région du pays se taille la part du lion, plus de 2.000 cas par jour dont près de la moitié rien que dans la préfecture de Casablanca. Un vrai casse-tête qui n’augure rien de bon.

Malgré ce constat qui montre clairement l’échec de la stratégie des mesures restrictives, le gouvernement a cru nécessaire et sans même procéder à la moindre évaluation, de les durcir dès lundi 26 octobre. Désormais : couvre-feu à partir de 21 heures jusqu’à 6 heures du matin, autorisation des seuls déplacements à caractère professionnel et pour des raisons de santé, fermeture des parcs et des  terrains de proximité, interdiction des services de bus et de tramway au-delà du 21 heures, fermeture des cafés et restaurants à 20 heures… En plus de Casablanca, ce tour de vis administratif, annoncé via un communiqué gouvernemental, diffusé vendredi 19 octobre, concerne les provinces de Nouaceur, Mediouna, Mohammedia, Berrechid et Benslimane. Un tour de vis administratif car ce durcissement ne garantit aucune efficacité sur le terrain à savoir l’arrêt de la dégradation de la situation épidémiologique en cassant la chaîne de transmission du virus. Le virus est là et il semble de plus en plus difficile, voire illusoire, d’en arrêter la circulation avec toutes les mesures restrictives au monde.  

Il est donc urgent que les autorités changent de fusil d’épaule et mettent en place un plan concret : le confinement des populations vulnérables dans la ville de Casablanca (malades chroniques et personnes âgées). Le reste des citoyens, jouissant d’une bonne santé, pouvant le cas échéant se soigner chez eux en cas de contamination comme c’est déjà le cas depuis plusieurs semaines.  

Pas besoin d’être expert en épidémiologie ou virologie pour comprendre la nécessité absolue d’un retrait des personnes à risque de la circulation chaotique dans le grand Casablanca.

L’isolement de cette catégorie vulnérable qu’il est criminel de laisser sortir dans une métropole de tous les risques permettra d’atteindre un objectif fondamental dans la lutte contre le Covid-19 à l’échelle de toute la planète : la réduction de la pression sur les lits de réanimation dont le Maroc est sous-équipé de manière chronique, moins de 2.000 dans tout le pays tout en évitant qu’ils ne soient débordés face à un afflux trop important de malades.  

C’est le seul moyen - et il est essentiel - de freiner réellement la progression des nouvelles admissions dans les services de réanimation de patients qui contractent des formes sévères. Le moment est venu de prendre cette mesure tant que le taux d’occupation des lits de réanimation à l’échelle nationale tourne autour de 32%. L’imprévoyance serait d’attendre que le système de santé national, déjà très mal en point, soit débordé sous la pression d’un afflux massif de cas graves pour réagir. Ce serait alors trop tard. Le personnel soignant n’aurait même pas la possibilité de faire le choix douloureux- comme ce fut le cas en Italie en mars dernier- des patients à traiter en priorité… Le drame serait de ne pouvoir soigner personne…  

Pas besoin d’être expert en épidémiologie ou virologie pour comprendre la nécessité absolue d’un retrait des personnes à risque de la circulation chaotique dans le grand Casablanca. Surtout que cette métropole a franchi depuis plusieurs jours le seuil des 60 % d’occupation des lits disponibles à l’échelle de la région. Les sujets vulnérables ainsi protégés, pas besoin de soumettre le pays à une batterie de mesures restrictives contreproductives qui impactent uniquement l’activité économique - sans pour autant réduire la dynamique du virus qui reste forte - tout en poussant les citoyens  dans le maquis administratif - où aucune règle de distanciation sociale n’est respectée- des autorisations de se déplacer et de voyager qu’il faut obtenir auprès du pachalik de leur lieu de résidence…  

Le gouvernement doit regarder la réalité en face et arrêter de se lamenter sur le non-respect des gestes barrières (port du masque et distanciation sociale). Ce laisser-aller - si tant est que l’observation de ces précautions agisse réellement sur la dynamique de ce virus très mystérieux - est inhérent à la réalité sociale complexe de ce monstre urbain qu’est Casablanca où tout concourt (concentration démographique, souks désordonnés, marchés pleins à craquer, logements insalubres, transports en commun bondés…) à la promiscuité et à la difficulté du respect de la distance de sécurité.

Parier sur un changement des comportements dans ce domaine revient à attendre Godot et perdre du temps au risque d’aggraver davantage une situation déjà alarmante. Persister dans cette voie, qui est en fait une impasse, est covid de sens…

Les plus lus
CONFUS DE CANARDL’Algérie, l’orgueil mal placé et le gâchis

L’orgueil mal placé, farci à l’inconséquence, est en train de faire courir l’Algérie à sa perte...

Abdellah Chankou
2.12.2020 0:29
CONFUS DE CANARDLes nouveaux prédateurs

La crise sanitaire a révélé au grand jour, témoignages poignants et séquences...

Abdellah Chankou
25.11.2020 0:25
CONFUS DE CANARDLe Maroc 65 ans après...

Le 18 novembre 1955, le Maroc recouvrait son indépendance après...

Abdellah Chankou
18.11.2020 1:05
CONFUS DE CANARDBiden, le retour de l’Amérique

L’Amérique raisonnable est de retour, au grand soulagement des Américains et du reste de la planète...

Abdellah Chankou
12.11.2020 2:19